SOURCE: Annales du comité Flamand de France Tome 9 1867
P183-329
Notice
sur
LA COMMUNE DE P1TGAM

AU WEST-QUARTIER DE FLANDRE
Par A. BONVARLET.

INTRODUCTION.

Selon M. J.-J. Carlier, " Pitgam est, de toutes les " localités de notre territoire flamand, celle qui a conservé sur son sol le plus de souvenirs de l'état des choses qui l'avait précédemment régi pendant tant de siècles (1). Effectivement, on y trouve une Burg straete, une Casteel-straetken, une Poortersbrugghe-straete, une Keur-straete. Ce sont autant de souvenirs du burg féodal, du castel seigneurial, des magistrats communaux et des franchises municipales d'autrefois (2).
Ces quelques lignes, qui disent tant en si peu de mots, m'ont paru devoir figurer en tête de mes recherches comme introduction ou comme épigraphe. Le savant auteur de tant de publications où l'érudition revêt la forme la plus ingénieuse, voudra bien excuser l'emprunt que je lui fais : pourrais-je placer mes recherches sous un patronage plus autorisé que le sien ?

1 Annales du Comité flamand, t.II, p. 267.
2 Ibidem.


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Le travail que j'entreprends ici, par suite de l'abondance de certains détails et de l'absence presque totale de renseignements sur des faits d'un autre ordre, ne saurait former un tout complet; c'est ce qui m'a déterminé à le scinder en cinq divisions où j'ai cherché à grouper de mon mieux tout ce que je suis parvenu à recueillir sur chacune d'elles. Ces divisions se trouveront rangées dans l'ordre suivant : 1° Notes et recherches historiques sur la paroisse de Pitgam et sur les familles qui furent titulaires de la seigneurie ; 2° la seigneurie de Pitgam et le comté d'Esterno; 3° recherches sur la seigneurie d'Helsfelt; 4° Pitgam au point de vue ecclésiastique; 5° l'église de Pitgam. - La contradiction régnant à chaque pas entre les innombrables auteurs que j'ai consultés, j'ai dû souvent donner à mon essai la forme, toujours regrettable, d'une dissertation; je crois utile d'en avertir le lecteur, tout en le prévenant que j'ai tenu autant que possible à renvoyer aux notes et excursus (1) les pièces citées à l'appui, ainsi que les faits qui n'ont qu'un rapport indirect avec le sujet.

1 Sous le titre de "Notes et excursus ", on trouvera effleurées un certain nombre de questions qui se rattachent à l'organisation de la Flandre comme nation ou qui touchent à des points imparfaitement connus de l'histoire généalogique des Pays-Bas, l.a nature même de mon travail ne me permet pas de discuter à fond des problèmes historiques assez importants d'ailleurs pour exiger, avec de sérieuses études préliminaires que je n'ai point failes, des développements étendus que l'on pourrait regarder comme des horsd'œuvre.

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I.
NOTES ET RECHERCHES HISTORIQUES SUR LA PAROISSE DE PITGAM
AINSI QUE SUR LES FAMILLES QUI FURENT TITULAIRES DE LA SEIGNEURIE.
Le village de Pitgam, situé, comme tous ses voisins, dans cette partie du territoire flamand qui fut occupée par les Ménapiens (1) et qui, du VIIIe au XIe siècle, fut connue sous le nom de Mempiscus (2), est, bien certainement, l'un des plus anciens de la contrée. Il est situé à petite distance de la Steen-straete (voie romaine) qui allait de Cassel à la mer dans la direction de Mardick ou des deux Synthe (Grande et Petite), en passant par diverses localités, telles que Ledringhem (Leodringœ mansiones) où l'on a trouvé récemment des monnaies gauloises en or, Spycker (Spicarium?). etc. Il est, à la vérité, placé au nord du Loo-weg, qui forme la limite méridionale du territoire des Wateringues, mais comme ce chemin étant, suivant toute apparence, antérieur à la conquête romaine (3), il y a lieu de penser que Pitgam, dont le sol est en partie élevé, constitua, ainsi que je viens de le dire, un des premiers centres populeux de cette partie du pays.
St Folquin, évêque de Thérouane, le parcourut souvent dans ses courses apostoliques à travers le Mempiscus , soit qu'il se rendit dans les monastères de Wormhout, d'Eecke et de Sithiu, soit qu'il visitât les pasteurs épars sur la lisière maritime de son diocèse.

1 Voir à l'appendice 1.
3 Voir à l'appendice II.
3 C'est l'avis de M. Pigault de Beaupré, ingénieur des ponts et chaussées, auteur d'un excellent travail sur les voies romaines de la Flandre maritime. Voir " Mémoires " de la Société dunkerquoise, t. VI, p. 88.)


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IL venait peut-être de Pitgam lorsqu'étant à l'abbaye de Wormhout, il apprit en 843 le rapt de la fierte de St-Omer (1), et lorsqu'il vint mourir à Ekelsbeke en 855 (2). La tradition locale, dont il faut toujours tenir un certain compte en pareille circonstance, vient confirmer mes présomptions. Elle rapporte que, presque immédiatement après la mort du Bienheureux, il fut à Pitgam l'objet d'un culte spécial (3) : dévotion qui s'est perpétuée d'âge en âge, puisque la coutume particulière du lieu (4) plaçait la fête du Saint parmi les jours fériés où il était d'usage que l'on ne prononçât aucun arrêt ; qu'une neuvaine se célèbre encore tous les ans en l'honneur du grand évêque de la Morinie (5), patron de l'église (6); que l'on y vient invoquer Saint Folquin contre la fièvre, et que les femmes s'y recommandent à lui dans certaines nécessités de la vie (7). La croyance populaire ajoute que souvent le Saint fit abreuver son cheval à une source limpide et intarissable située sur le territoire de la paroisse et qu'il se reposa auprès de la fontaine. La piété naïve des habitants attribue en outre aux eaux de celle-ci la vertu de guérir de

1 " Chartularium Sithiense ", édition Guérard, préface, p. XXXVIII. - " Generale Legende der Heyligen ", door Petrus Ribadineira ende Heribertus Ros-Weydus, Antwerpen Mdclxxxvi,2e band, blzd. 600, in-fol.
2 Sans chercher à indiquer ici, ce qui serait superflu, tous les hagiographes qui placent à Ekelsbeke la mort de St Folquin, j'en citerai néanmoins quelques-uns : " Chartularium Sithiense" jam memoratum, fol. 95 ; Ribadineira ende Ros-Weydus, als vooren; Baillet, " Vie des Saints", t. iv, col. 217 du mois de décembre, etc., etc.
3 Annales du Comité flamand, t. I, p. 193.
4 Voir à l'appendice III.
"5 Annales du Comité flamand, t. I, p. 221.
6 o Cameracum christianum ", page 435; "Costvmen der Stede, Casselrye ende Vassalryen van Berghen Sinte Winnocx ", Ghendt, 1617, in-4", blzd. 236; Annales, luco citato.
7 Annales du Comité flamand, ut supra.


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de la fièvre, et les a amenés à ériger dans le voisinage un oratoire également consacré à l'apôtre de la contrée (1).
L'origine du nom de Pitgam semble au premier abord d'une explication assez laborieuse ; néanmoins quoique, d'après un dicton célèbre, on accuse les étymologistes de tendre à prouver qu'alfana vient d'equus, je crois être à même de tenter la solution définitive de la question. Ce vocable s'est, du reste, altéré de bonne heure et n'est pas arrivé jusqu'à nous dans sa forme primitive ; en voici un certain nombre de variantes :
Au xie siècle, dans Meierus (2) et dans Malbrancq (3), on trouve Petinghem, alors que la chronique - contemporaine - d'Ebrard, citée par Alexandre Hermand (4), écrit Petenham. Au siècle suivant, en 1113, une Bulle du Pape Paschal II porte Piticham (5). En 1115, Tidecham placé dans une charte de Bauduin-à-la-Hâche, en faveur de l'abbaye de Bourbourg, ne saurait, la topographie du pays l'exige impérieusement, être traduit que par Pitgam (6). On lit de nouveau Piticham en 1119,

1 "Bulletin " de la Commission historique du département du Nord, t. VI, p. 238 ; " Annuaire " du département du Nord pour 1835 , p. 6* ; M. E. Mannier, o Etudes ", p. 30; M. L. De Baecker, " Flamands de France ", p. 30. - Des reliques, que l'on croit appartenir au Bienheureux, sont conservées dans l'église. Un arrière-fief, tenu du château de Pitgam et situé au S.-E. de la place, était, en 1515, connu sous le nom de cense de St-Folquin, " Volckius hofstede " (voir au § II, le rapport servi par Jean de Hun à la cour féodale du Perron de Bergues).
2 Meierus, " Annales Flandriœ ", Antverpiae, 1561, f° 28 ,v°, ad annum 1072.
3 " De Morinis et Morinorum rebus ", t. H, p. 811.
4 " Mémoires" de la Société des antiquaires de la Morinie, t. IV, p. 75 (notice sur Watten). Mon regretté confrère au Comité flamand, Victor Derode, n'a signalé Pitgam pour la première fois qu'en 1121 (cf. Annales, t. v, p. 177). 5 Cartulaire de Watten, cité dans le " Bulletin " de la Commission historique du département du Nord, t. VI, p. 238.
6 Voir à l'appendice IV.


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dans le cartulaire du monastère de Bourbourg (1), et Sanderus rencontre Pitecam en 1159 (2). Megham, forme dénaturée par une faute d'impression, se voit chez Malbrancq (3), à la date de 1168, dans des lettres de Milon , évêque de Thérouane; Pithcam est indiqué aux années 1184, 1185, 1188 et 1189, dans le cartulaire de Watten (4), alors que M. J.-J. Carlier m'écrit avoir trouvé Pithem en 1187 (5); que le cartulaire précité porte Pithgam en 1190 (6), et que celui de l'abbaye de Bourbourg enregistre Petecham en 1193 (7).

Au XIIIe siècle, en 1239, Miraeus imprime Petgam et Pergam (8) dans un diplôme de l'abbaye de St-Bertin. Le cartulaire de Watten en 1242 et en 1250 contient de nouveau Pithgam (9), et, à la date de 1261, il nous offre le type moderne Pitgam (10), que l'on retrouve au XIVe siècle dans un document officiel (11), et qui est reproduit dans le pouillé du diocèse de Thérouane, recueil précieux rédigé à diverses dates et par des mains différentes(12).
Dans les temps plus modernes, la forme, désormais

1 Bulle du Pape Calixte II ; cf. aussi Minons, t. IV, p. 8.
2 " Flandria illustrata i, t. III, p. 97.
3 " De Morinis et Morinorum rebus ", t. II, p. 280.
4 Voir le travail de M. E. de Coussemaker, dans les ANNALES du Comité flamand, t. v, p. 324 et 325.
5 Voir à l'appendice V.
6 Annales du Comité flamand, t. v, p. 325.
7 M. E. Mannier, " Etudes ", p. 29.
8 T. i, p 756, de l'édition de Foppens, son continuateur, la seule dont je fasse usage ici. Pergam n'est à mes yeux qu'une faute d'impression.
9 Annales du Comité flamand, t. v, p. 326.
10 Idem, p. 333 ;- " Bulletin "de la Commission historique du département du Nord, t. VI, p. 238.
11 Cf. "les Flamands à la bataille de Cassel ", par M. E. Mannier, Paris, 1863, p. 48 On pourrait multiplier ces exemples en ce qui concerne le xve siècle.
12 J'aurai occasion de revenir sur ce document.


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arrêtée de ce nom, ne varia guère plus; toutefois, Marchantius (1) me permet encore de noter Pitgamum, vêtement latin adapté à des épaules saxonnes, et je vois que De Meestere, l'annaliste de l'évèché d'Ypres, se sert de Peteghem dans sa chronique de l'abbaye d'Eversham (2), alors qu'un demi-siècle auparavant l'on écrivait Pringham et Pittghem, dans un important document que les «Opera diplomatica» de Miraeus nous ont conservé (3).
L'orthographe primitive doit avoir été Petingahem, dont mon confrère et ami M. Mahieu, de St-Pierre-lès-Calais, si versé dans l'étude des anciens idiômes germaniques et Scandinaves, déterminera facilement la valeur exacte lors de la publication, depuis longtemps promise, de son grand travail sur les noms de lieux. En attendant le résultat de ses investigations définitives, je veux exposer les opinions fort divergentes que j'ai rencontrées, et, aidé en partie de ses obligeants conseils, je vais essayer de rechercher brièvement la véritable acception de Petingahem.
Feu Willems, de regrettable mémoire, à propos de plusieurs localités situées dans la Flandre-Orientale, y voit des demeures, hem ou ham, groupées autour d'un puits,puteus (put, en flamand; pit, pitt, en anglo-saxon; pet, pett, en thiois). M. L. De Baecker (4)

1 « Flandriœ commentariorum libri un, » Anvers, 1596, p. 67 ; Gramajus, presque contemporain de Marchantius, emploie une périphrase : Pitteghemensis toparchia (« Autiquitates Flandriœ», 1708, p. 152).
2 Vide « Chronicon monasterii Evershamensls, » inipensis Academiœ Brugensis editum, Brugis MDCCCLII, f°27.
3 Partition de l'évèché d'Ypres en 1559 (apud Mirœum, t. IV, foliis 661 et 668). — Pringham est une faute de copie ou une coquille.
4 « Les Flamands de France », p. 30.

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et M. E. Mannier (1) sont d'autant plus disposés à adopter cette origine en ce qui concerne Pitgam, que la réputation du puits de St Folquin est établie dans le pays depuis un temps immémorial. Ces raisons ne me satisfont pas complètement : comme les tribus d'Israël, comme les clans de l'Ecosse et de l'Irlande, avec lesquels elles eurent peut-être plus d'un point de ressemblance, malgré la diversité des races, les agglomérations saxonnes composées généralement, dans le principe, d'une seule famille, prirent habituellement le nom de leur chef ou de leur patriarche, en y joignant avec la finale hem, ham ou zeele, selon le plus ou moins d'importance de la villa, une suffixe déterminée et uniforme qu'un peu de bonne volonté fera toujours retrouver (2). Ainsi, par exemple, Dagmaringahem, ancien nom de Drincham, autre commune de l'arrondissement de Dunkerque, n'est pas autre chose que le hem ou ham (heim, en allemand moderne), c'est-à-dire la demeure, des Dagmaringer ou des fils de Dagmar (3). En Frise, beaucoup de noms patronymiques de notre époque : Lottinga, Schuringa, Huusinga,Cammenga,etc., etc., n'ont pas d'autre génération orthographique (4).
Le savant chanoine De Smet, qui n'a point eu à s'occuper de l'étymologie de Pitgam, mais qui consacre quelques lignes à celle de Peteghem-lès-Deynse et de Peteghem-lès-Audenaerde (5), après avoir à bon droit

1 « Etudes étymologiques », etc., p. 30.
2 Voir à l'appendice VI.
3 Voir à l'appendice VII.
4 Voir à l'appendice VIII.
5 «Recueil de mémoires et de notices historiques », t. I, p. 203 el 213; Gand, 1864.


page191 éloigné le fabuleux Lucius Paetus admis par Sanderus, me semblerait plus près de la vérité : il ferait dériver Peteghem — et par conséquent sans doute aussi Pitgam — de Peter, Pierre (1), forme flamande ou thioise du mot Petrus. Mais ce n'est pas mon sentiment, par le motif tout simple que les agglomérations populeuses de Pitgam et de Peteghem doivent remonter à une époque où les noms d'origine étrangère, comme Petrus, n'avaient point encore obtenu le droit de cité parmi nos tribus saxonnes. Je crois devoir en rechercher la trace dans le vocable saxon Peto, que l'on retrouve employé aujourd'hui comme nom de famille en Angleterre, et dont une forme abrégée, mais bien connue, Peit ou Peyt, figure à une époque néfaste de nos annales (2). On obtient ainsi pour Pitgam, comme pour Peteghem et même aussi pour Pitthem (Flandre-Occidentale, Belgique), si l'on tient compte de l'élision, la demeure, le clan, le hem, des Petinger ou des fils de Peto.
A l'époque où notre pays commença à sortir des limbes de la période karolingienne et où l'individualité de nos souverains flamands s'affirma par la victoire de Robert-le-Frison à Cassel, Pitgam appartenait déjà aux châtelains de St-Omer (3). Dès cette époque, et, de même que dans une infinité de lieux de la Flandre maritime (4), il existait dans la paroisse un burg féodal, que j'aurai

1 Voir à l'appendice IX.
2 Voir à l'appendice X.
3 Mss. de Vernimmen de Vinckhof. — Je ne crois pas pouvoir appliquer à Pitgam Ingelbert de Petingem, qui, selon la « Biographie des hommes remarquables de la Flandre-Occidentale », t. IV, p. 48 , figure comme témoin, en 1128, dans des lettres duB. Jean de Warneton, évêque de Thérouane.
4 Voir à l'appendice XI.


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de nouveau l'occasion de signaler plus loin ; au centre d'une enceinte fermée de palissades, de haies vives et peut-être de grès ferrugineux empruntés à la colline de Cassel, ou de calcaire blanc apporté des environs de St-Omer, apparaissait une éminence de terre arrondie, faite de main d'homme, et sur laquelle se dressait sans doute leburg proprement dit. « Cette sorte d'élévation « s'appelait motte (1) et présentait la figure d'un cône « tronqué. Le donjon, tour carrée, bâtie en bois ou en pierre, était distribué en plusieurs étages et assez élevé pour permettre de découvrir une étendue considérable de terrain » (2). A cette époque éloignée, les circonscriptions territoriales n'avaient pas un grand caractère de fixité, et il me serait impossible de dire quelle fut, du XIe au XIVe siècle, la mouvance de la terre de Pitgam, comme aussi de rechercher si la paroisse— que je trouve avoir plus tard contenu un grand nombre de fiefs distincts — était originairement et en totalité la propriété de la puissante maison de St-Omer.
On sait cependant que si, dès 1324 (3), la seigneurie de Pitgam était féodalement soumise à la cour du Perron de Bergues(4), primitivement la châtellenie de St-Omer s'étendait largement en deçà du Neuf-Fossé. Si Pitgam était une des terres assez improprement appelées « paroisses vassales » de la châtellenie de Bergues (5), la paroisse et seigneurie de Zuydcoote (6) était

1 En flamand, walle et, plus correctement, moote.
2 Voir à l'appendice XII.
8 Voir plus loin dans le texte et à l'appendice XXIX.
4 Voir à l'appendice XIII
5 Voir à l'appendice XIV.
6 Cf. « Particulière costumen van Zuydcoote », rubrica I, lte artikel
.

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sous la mouvance du château de St-Omer, alors que les paroisses d'Ekelsbeke et de Ledringhem étaient tenues en un seul hommage (1) de la cour féodale du comté de Fauquembergues , en Artois , et se trouvaient ainsi former des arrière-fiefs du château de St-Omer. Ces trois terres étaient, comme Pitgam , revêtues du titre inexact de « vassales » de la châtellenie de Bergues.
La séparation de l'Artois , conséquence prévue du mariage d'Isabelle de Hainaut avec Philippe-Auguste amena nécessairement de grands changements dans la situation des châtelains de St-Omer. Ces puissants feudataires de nos princes flamands, devinrent les hommes du comte d'Artois en ce qui concernait la partie de leur office située au delà du Neuf-Fossé, tandis qu'ils continuèrent à être vassaux des comtes de Flandre pour le territoire soumis à leur juridiction en deçà de ce cours d'eau. Les actes qui réglèrent cette situation complexe durent être nombreux, puisqu'ils comprirent toute la période entre Philippe d'Alsace et Gui de Dampierre; toutefois, ils ne sont pas, que je sache, arrivés jusqu'à nous. Ce ne fut, sans doute, que sous le règne de ce dernier prince, — doué, comme l'on sait, d'un certain esprit d'organisation —, lors de la cession que Gautier de Reninghe, sire de Moerbeke, et châtelain de St-Omer pour la Flandre, fit de sa châtellenie au souverain flamand (2), que l'on dut prendre des mesures définitives pour répartir dans les châtellenies de Bergues, de Cassel et vraisemblablement dans celle de Bourbourg,

1 Voir à l'appendice XI
2 Voir à l'appendice XVI
.

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(dans celle de Bailleul, peut-être, aussi,) la fraction précitée de la châtellenie de St-Omer.
Quoi qu'il en soit de ces circonstances qui échappent à mes investigations, je trouve que Pitgam partagea longtemps et d'une manière suivie le sort de la partie artésienne de cette châtellenie. Cependant, malgré les nombreux documents que j'ai puisés dans les cartulaires, malgré les éléments que j'ai trouvés dans les chroniques, et malgré les notes que j'ai prises tant dans les travaux de J.-A. Buchon, Dom Devienne, Hector Piers, etc., que dans ceux de MM. l'abbé Robert, Deschamps de Pas et de feu Alexandre Hermand, je ne me sens pas encore arrivé à un résultat complètement satisfaisant.
Devant revenir ailleurs et avec plus de développements sur les seigneurs de Pitgam de la famille de St-Omer (1), je n'entrerai pas ici dans les détails que ce sujet comporte, et je me bornerai à donner quelques renseignements succincts.
Lepremier seigneur de Pitgam dont l'existence soit pour moi authentiquement constatée est Guillaume, IVe du nom , châtelain de St-Omer. Dans plusieurs actes, qui datent de 1184 à 1190, et qui nous ont été conservés par le cartulaire de Watten (2), ce seigneur fit à Pitgam acte d'autorité ou de souveraineté. Guillaume IV, qui avait épousé Ide d'Avesnes et qui comptait en Orient une nombreuse et très puissante parenté, fut fidèle aux traditions de sa famille (3). Il prit la croix peu de temps après la confection du plus récent de ses

1 Voir à l'appendice XVII.
2 Cf. Annales du Comité flamand, t. v, p. 824 et 325.
3 Voir à l'appendic» XVIII.


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diplômes, et mourut au siège de Ptolémaïs où il avait accompagné Philippe d'Alsace, et où succomba également son beau-frère Jacques d'Avesnes, le bon chevalier, ami du roi Richard d'Angleterre (1).
Le châtelain laissa plusieurs fils je ne vois pas que l'aîné, qui, sous le nom de Guillaume V, lui succéda dans la chàtellenie de St-Omer (2), ait jamais possédé la seigneurie de Pitgam. Ce fief semble avoir été l'apanage du puîné, également appelé Guillaume, qui, vers 1246 (3), succéda dans l'office de châtelain à Guillaume V, mort sans enfants (4), et qui est qualifié miles strenuus par Bauduin d'Avesnes.
C'était dans tous les cas, même avant qu'il eût été appelé à la chàtellenie de St-Omer, un homme considérable , puisqu'avec son frère aîné, Guillaume V, il avait figuré en 1234 (v. s.) parmi les seigneurs de Flandre qui, à Asnières, avaient juré la paix entre les Avesnes et les Dampierre (3). En 1236, il s'était intitulé seigneur de Pitgam et de Berquin, dans une charte par lui octroyée au monastère de Watten (6). En 1239,

1 Pour ne pas multiplier les preuves à l'appui, je renvoie ici le lecteur à mon travail — encore inédit — sur la famille de St-Omer.
2 Cf. entre autres feu Alex. Hermand et M. L. Deschamps de Pas, dans leur « Histoire sigillaire de la ville de St-Omer ».
3 Voir à l'appendice XIX.
4 Voir à l'appendice XX.
5 La 6e férie de l'octave après l'Epiphanie. — Cf. « Inventaire analytique et chronologique des Archives de la chambre des comptes de Lille », t. 1, p. 247, Lille, 1865; je crois que ce document doit également se trouver analysé dans les « Monuments anciens » du comte Jos. de St-Genois, t. 1, 2e partie. M. Goethals extrait de l'ouvrage de ce dernier auteur le sommaire d'une autre charte dans laquelle le seigneur de Pitgam comparaît la même année et pour le même motif (cf. « Dictionnaire héraldique », t. II, verbo Glymes, branche de Florennes, aux notes sur la famille de Rumigny).
6 Annales du Comité flamand, t. v, p. 326
.

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il avait figuré de nouveau avec la qualification de seigneur de Pitgam, mais avec la mention de frère unique du châtelain de St-Omer, dans un «chirographe» de l'abbaye de St-Bertin (1); en 1242, dans une charte en faveur de la prévôté de Watten (2), il avait de nouveau joint à son nom la double qualité de seigneur de Pitgam et de Berquin, que je retrouve sur un diplôme dans lequel, au mois d'août 1244, il avait confirmé une donation faite au monastère de Clairmarais par Guillaume V (3). Enfin, en 1245, il avait comparu à un acte relatif à la succession de Flandre (4). On possède une certaine quantité d'empreintes des sceaux dont il fit usage comme seigneur de Pitgam ou comme châtelain de St-Omer (5).
Guillaume VI mourut en 1247 ou en 1248 (6). Bauduin d'Avesnes nous dit qu'il était sans hoir et que tous ses biens passèrent à sa sœur Béatrix, femme de Philippe d'Aire, parce que tous ses autres frères plus âgés étaient morts(7). Je suis très disposé à ne pas prendre cette assertion dans un sens trop littéral, à admettre que ce châtelain eut de la postérité, et à croire que ses enfants, également morts avant lui, ne purent

1 Miraeus, 1.i, p. 756, de l'édition de Foppens.
2 Annales du Comité flamand, t. v, ut supra.
3 « Monuments anciens », t. 1, 2e partie; « Inventaire analytique et chronologique », loco citato; M. J-J. Carlier, Annales du Comité flamand, t.II, p. 267 ; « l'Abbaye de Clairmarais », par M. H. de Laplane, t.1, p. 293, qui, tous, puisent aux mêmes sources.
4 Voir à- l'appendice XXI.
5 Voir à l'appendice XXII.
6 Vers 1248, selon l'«Histoire sigillaire» citée, p. 22. Jonghelinus dit 1247, et prête également à Guillaume VI les titres de seigneur de Berkin et Pitcham.
7 Voir à l'appendice XXIII.


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transmettre son héritage à leurs descendants. On se rappellera en effet que la représentation n'existait ni en Flandre, ni en Artois (1), et que, par conséquent, les droits des petits-fils de Guillaume VI à la succession de leur aïeul se trouvèrent, aux termes de la coutume, primés par ceux de leur grande-tante Béatrix. Quoi qu'il en soit de l'état de la question, je trouve qu'en 1252, Colinus de St-Omer, s'intitulant Domicellus de Pitgam, donna à Willelm du Pont, alias van der Brugghe (de Ponte) deux mesures de terre dans le marais de Millam (2), et que neuf ans plus tard le même personnage, se qualifiant alors chevalier, seigneur de Pitgam et de Vrolande, passa une charte en faveur du monastère de Watten (3).
Nicolas de St-Omer eut-il ou non des héritiers directs; c'est ce qu'il m'est impossible de dire. Tout ce que je sais, c'est que la terre de Pitgam dut faire retour par retrait, vente ou héritage, aux châtelains de St-Omer, vers les dernières années du XIIIe siècle, c'est-à-dire peu avant la mort de Guillaume VIII (4).
Ce seigneur, issu de la maison d'Ypres-Reninghe, était fils de Guillaume VII, qui avait pris le nom et les armes de St-Omer, et d'Adelvie de Guines. Il avait épousé Aliénor, fille de Florent de Varennes (5).

1 Voir à l'appendice XXIV.
2 Annales du Comité flamand, t. v, p. 321. — Des actes de relief du commencement du XVIe siècle mentionnent la famille van der Brugghe comme encore existante alors à Pitgam.
3 Voir à l'appendice XXV.
4 Voir à l'appendice XXVI.
5 Dans une charte de 1281, Guillaume VIII l'appelle « Aliénor, ma chière femme » (Archives de St-Omer, boîte CCXLIX, n°1, apud «Histoire monétaire d'Artois»), alors que Bauduin d'Avesnes, qui ignorait sans doute le prénom de cette Dame, se contente de dire « lilia Domini Florentii de Varennes ». Je n'ai pas encore retrouvé d'une façon sûre celle des nombreuses maisons de Varennes dont il est ici question
.

Comme son père, il mourut jeune (1), ne laissant qu'une fille, également nommée Aliénor (2), promise dans son enfance (3) au fils du châtelain de Beaumetz (4), mais mariée plus tard à Rasse de Gavre (5), issu de la maison de Laval, branche de celle de Montmorency.
Quoique, dès 1290, la fille de Guillaume VIII eût pris, sur son scel, la qualification de châtelaine de St-Omer et de Dame de Fauquembergues (6), elle n'en partagea pas moins pendant de longues années encore avec sa mère l'administration de ses importants domaines, puisqu'à la date de 1326, on trouve au répertoire des archives d'Arras l'analyse d'un diplôme portant ces mots : « Les dames héritières et douaigières de Fauquembergues » (7). Quant à Pitgam, il semble avoir été plus spécialement affecté au douaire d'Aliénor de Varennes, qui, en 1324, en concéda la jouissance à sa fille(8).

1 Sur Guillaume VIII, voir entre autres ouvrages, l'« Histoire monétaire d'Artois». Ce châtelain, majeur, c'est-à-dire âgé de vingt-et-un ans vers 1273, serait mort dès 1290, selon l'«Histoire sigillaire de la ville de StOmer», alors que Jonghelinus le fait, évidemment à tort, vivre jusqu'en 1297.
2 Bauduin d'Avesnes dont le témoignage est ici important puisqu'il s'agit de choses tout à fait contemporaines, dit fort explicitement : « Willelmus, patri succedons.... unamn genuit filiam».
3 Elle devait être bien jeune en effet ; car le chroniqueur, mort en 1289, parle de ce mariage projeté comme d'une chose ancienne, « conveutionata fuerat», et que Guillaume VIII n'avait lui-même atteint sa majorité que vers 1273, ainsi que je l'ai rappelé plus haut.
4 Voir à l'appendice XXVII.
5 Voir à l'appendice XXVIII.
6 « Histoire sigillaire de la ville de St-Omer », p. 25.
7 Cf. Alexandre Hermand dans son « Histoire monétaire d'Artois».
8 Voir à l'appendice XXIX.


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Aliénor de St-Omer, appartenant à la plus haute et à la plus puissante noblesse de Flandre et d'Artois, à une famille que ses traditions séculaires — vraies ou fausses — rattachaient aux anciens forestiers de Flandre et à Charlemagne (1), était tout naturellement du parti des Isengrins.
Cette importante fraction de la population du West Quartier , qui avait compté le châtelain Guillaume V (2) parmi ses suppôts les plus énergiques, me semble avoir représenté l'élément frank ou rallié dans nos guerres intestines du moyen-âge, par opposition aux Blaeuvoetins, qui me paraissent être restés fidèles aux traditions saxonnes (3).
Au contraire, les habitants de Pitgam, fidèles aux instincts de leur race et aux souvenirs des ancêtres, se rangèrent en 1328 sous les étendarts de Zegher Janszoone , de Claei Zanekin et de leurs valeureux compagnons. Ils figurèrent à la bataille de Cassel, où trente-neuf d'entre eux , dont les noms nous ont été conservés par un document contemporain et d'une

1 Voir à l'appendice XXX.
2 Cf. entre autres auteurs, Victor Derode, qui nous apprend, Annales du Comité flamand, t. VIII, que « Guillaume, châtelain de St-Omer, poursuivit « les Blaeuvoetins dispersés et les battit en plusieurs rencontres ». — II y a au centième chapitre de Lambert d'Ardres une curieuse insinuation touchant l'origine probable du parti des Blaeuvoetins (voir l'édition de M. le marquis de Godefroy-Mesnilglaise, p. 221, à laquelle je renvoie le lecteur) Michel de Harnes, semble avoir également suivi le parti des Isengrins, ce qui n'offre au reste rien de surprenant, puisqu'on voit dans une charte dont M. Goethals nous donne la traduction (« Mélanges», I, généalogie de la maison de VVavrin, p. 8), que ce seigneur comptait au nombre de ses parents, alliés ou amis, uu certain Mickiel Isenyrin.— Cf. aussi M.Demarquette, «Précis historique sur la maison de Harnes», p. 81.
3 Voir à l'appendice XXXI.


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authenticité incontestable , périrent avec honneur (1).
Après avoir appartenu à la châtelaine Aliénor, la seigneurie de Pitgam passa à la fille de cette dame, Béatrix de Gavre, qui fut également titulaire de la châtellenie de St-Omer. Béatrix avait épousé Robert, dit Moreau, sire de Fiennes et connétable de France, lequel possédait dans le West-Quartier de Flandre, diverses seigneuries importantes : l'office de châtelain de Bourbourg (2); la terre de Ruminghem, qui, située en Artois, était une enclave ou plutôt une dépendance de la châtellenie de Bailleul, etc. Ce seigneur, qui était veuf de Marguerite de Melun, comtesse de Joigny (3), est trop connu dans l'histoire générale du xXIVe siècle, pour que j'aie à revenir sur les travaux spéciaux dont il a été l'objet (4). Il survécut assez longtemps à sa femme, qui ne lui laissa pas de postérité et qui mourut en 1363 (5).
Malgré la faveur dont le sire de Fiennes jouissait auprès du comte de Flandre Louis de Male, qui lui céda en 1366 la haute justice de la terre de Bambeke (6),

1 II est à regretter que, mû par des considérations qu'il ne m'appartient pas d'apprécier, M. E. Mannier, membre de la Société impériale des Antiquaires de France, ait cru pouvoir tronquer l'important document qui sert de base à son ouvrage sur «les Flamands à la bataille de Cassel ». Selon moi, une pièce de cette valeur devait être publiée in extenso.
2 Voir à l'appendice XXXII.
3 Le cartulaire de l'abbaye de St-Wandrille, dressé au XVe siècle et appartenant ci-devant au marquis Le Ver, érudit distingué autant que grand bibliophile,contient des pièces où Marguerile de Melun signe comme témoin et même comme partie; cf. catalogue Le Ver, p. 11.
4 Voyez dans le tome VII des « Mémoires » de la Société des antiquaires de la Morinie, le travail de M. Garnier et le rapport d'Alexandre Hermand.
5 Archives de St-Omer, pièce citée par Alexandre Hermand dans son «Histoire monétaire d'Artois».
6 « Trésor généalogique » de Dom Vielleville, cité par M Garnier dans sa biographie du connétable, ut supra.


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il n'en avait pas moins perdu à la mort de Béatrix la jouissance de la chàtellenie de St-Omer, du comté de Fauquembergues et, sans doute aussi, de Pitgam. Tous ces fiefs étaient passés au cousin de la défunte, Florent de Beaumont, alors très avancé en âge (1). Celui-ci, qui avait pour frère aîné Gérard, châtelain de Beaumont (2), avait comparu dès le lundi avant la Notre-Dame de mars 1317 (v. s. ?), en qualité d'homme de fief du comte de Hainaut et avec le titre de « messire Florent de Beaumont, seigneur de Beaurin (3) » (Bauriu), chevalier, à une sentence du bailli de Hainaut, en faveur de l'abbaye de St-Nicolas-au Bois (4). Il était fils de Bauduin, châtelain de Beaumont , bienfaiteur, en 1283, des abbayes de St Aubert, de Prémy, d'Honnecourt, de Maroilles, etc. (5), et de Mahaut de St-Omer, sœur du châtelain Guillaume VIII.
Florent de Beaumont ne jouit pas longtemps du bel héritage qu'il tenait de Béatrix de Gavre, sa cousine

1 Quoique Florent de Beaumont ne fût pas l'aîné des enfants de Bauduin, châtelain de Beaumont, il devait être né avant la mort du chroniqueur Bauduin d'Avesnes, c'est-à-dire avant 1289 ; il avait donc par conséquent en 1363 plus de soixante-quatorze ans.
2 Voir à l'appendice XXXIII.
3 Voir à l'appendice XXXIV.
4 Dom Caffiaux, «Trésor généalogique », t. 1, p. 718, d'après une pièce des archives de l'abbaye de St-NicoIas-au-Bois. M. Michaux aîné m'écrivait en janvier 1861 que le comte de St-Genois signalait Florent de Beaumont, «seigneur de Beaurieux», en 1327 et en 1338 (« Mon. anc. », p. 219 et 224).
5 Carpentier, t. II, verbo St-Omer. Les manuscrits de Malotau de Villerode, qui me fournissent les mêmes renseignements, ajoutent que Mahaut de St-Omer, femme de Bauduin, châtelain de Beaumont, vivait encore avec son mari en 1318, ce qui ne peut être exact, puisque l'on voit à l'appendice XXXIII que, dès 1301,1e châtelain de Beaumont s'appelait Gérard.


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issue de germaine (1). Envoyé en possession de la châtellenie de St-Omer et du comté de Fauquembergues le 20 janvier 1364 (v. s. ?), il mourut presque immédiatement (2), laissant au moins trois fils (3) de sa femme, Béatrix de Lalaing, Dame de Semeries (canton d'AvesnesNord), morte le 9 mai 1376, fille de Jean de Lalaing et d'Alix, Dame de Semeries (4).
Jean de Beaumont, dit Sanse ou plutôt Samson, l'aîné (5), releva la châtellenie de St-Omer et le comté de Fauquembergues dès le dernier jour de février 1364 (v. s. ?) (6). Je n'ai pas, que je sache, à m'occuper de ce personnage, qui fut l'un des plus grands guerriers de son siècle (7), autrement que pour constater qu'il vivait encore en 1374 (8), — époque à laquelle, en qualité de châtelain de St-Omer, il octroya une charte pour ordonner la restitution à l'abbaye de Clairmarais des cygnes enlevés à ce monastère (9) — et peut-être en 1382 (10).

1 Voir à l'appendice XXXV.
VIII de cet ouvrage, fig. 39, que les Beaumont, châtelains de St-Omer et seigneur de Pitgam, avaient adopté les armes de la maison de St-Omer. Cette circonstance n'avait pas échappé au savant Christyn, ainsi que je l'ai trouvé dans la «Jurisprudence heroïca», 1668, in-fol., p. 16. Les manuscrits de Maloteau de Villerode la signalent également.
3 Voir à l'appendice XXXVI.
4 Voir à l'appendice XXXVII.
5 Voir à l'appendice XXXVIII.
6 Cf. « Histoire sigillaire » citée. — Voir à l'appendice XXXIX.
7 Voir à l'appendice XL.
8 Voir à l'appendice XLI.
9 Jongelinus, loco tilato. J'emprunte les renseignements fournis par cet auteur, au long extrait qu'en donne M. H. de Laplane dans son « Abbaye de Clairmarais», t. 1, p. 306.
10 C'est peut-être lui dont parle à cette date Dom Cafflaux,qui,d'ailleurs, le confond avec son neveu et homonyme Jean II. Cf. « Trésor généalogique », p. 719.
Malotau de Villerode donne à Jean I de Beaumont les titres de « châtelain « de St-Omer et de Beaumont », ce qui est inexact, et de « comte de Fauquembergues » ; il ajoute qu'il mourut sans alliance.


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Le frère de Sanse, Gérard, dit Lancelot, est beaucoup moins connu que lui (1) ; mais comme il eut des enfants dont je vais avoir à parler relativement à Pitgam, il doit nécessairement être mentionné ici.
Jean II de Beaumont, dit aussi de Beaurieu, fils de Lancelot, était seigneur de Pitgam en 1407 (2). Il était en outre, selon Malotau de Villerode, seigneur de « Wattigny, de Roquetoire et d'Herwaing, échanson héréditaire de Hainaut ». Il eut de violents démêlés avec la maison de Rayneval touchant la possession du comté de Fauquembergues (3). Héritier de la réputation militaire de son oncle, ce seigneur fut l'un des chefs de l'armée française à la bataille d'Azincourt, où il périt glorieusement avec le comte de Marie, les sires de Longroy et de Chin, à la tête de l'arrière-garde (4) et, plus heureux que la plupart des héroïques victimes de cette sinistre

1 Voir de nouveau à l'appendice XLI.
2 Voir à l'appendice XLII.
3 Parmi les auteurs qui ont parlé de ces démêlés, citons : Carpentier, t. II, p. 842; Alex. Hermand, dans son « Histoire monétaire d'Artois»; M. l'abbé Robert, dans sa « Notice historique sur Fauquembergues»; etc. Voyez, au surplus, à l'appendice XLIII.
4 M. le comte R. de Belleval, « Azincourt », p. 111 et 112. — L'éminent et si érudit historien de nos grandes guerres du moyen âge, après avoir cité une première fois, p. 142, le comte de .Marle, seigneur de Dunkerque, Bourbourg, etc., parmi les victimes de la mâle journée, le cite de nouveau p. 157, d'aprés M. Piers («Puits artésien », de 1837). — Selon M. de Belleval, les sires de Chin et de Longroy étaient : l'un, Gilles IV de Chin, chevalier banneret, seigneur de Chin et de Busigny (voir aussi « Bulletin » de la Commission historique, t. VII, p. 297. L'épitaphe de ce seigneur est dans Carpentier), chambellan du Roi ; l'autre, Jacques, seigneur de Longroy.


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journée, il reçut la sépulture des mains de sa famille ou de ses varlets (1).
Après la mort de Jean de Beaumont, son frère Gauthier, dit de Beaurieux ou de Beaumont, qui n'est pas signalé par les généalogistes, aurait, suivant un document, présenté le relief de la terre de Fauquembergues (2). Avant de partir pour la guerre, le comte de Fauquembergues n'ayant pas d'enfants de sa femme Valenciennes de la Viefville (3), qui lui survécut de longues années (4), avait reconnu pour héritière de Fauquembergues (5), Pitgam, etc., Jeanne (6) de Beaumont, sa sœur, femme de Louis (7), alias Gautier ou Wautier (8), de Bousies de Vertain, chevalier, seigneur de Villereille (Villereau?, canton du Quesnoy-Est, arrondissement

1 Voir à l'appendice XLIII.
2 Voir à l'appendice XLIV.
3 M. l'abbé Robert, « Notice sur Fauquembergues »; Alexandre Hermand, « Histoire monétaire d'Artois. » — Je n'ai sous la main aucun auteur qui puisse me donner la filiation de cette partie de la généalogie de la Viefville.
4 Alex. Hermand, «Histoire monétaire d'Artois ».
5 Cf. M. l'abbé Robert, « Notice » ut supra.
6 Ni Alex. Hermand (« Histoire monétaire », etc.), ni M. l'abbé Robert ne donnent le prénom de cette Dame ; on le trouve dans Lachesnaye-Desbois, 3e édit., t. III, col. 859 , dans le « Recueil généalogique des Pays-Bas », t.1, p. 222, et dans l'« Annuaire de la noblesse de Belgique », du baron Isid. de Stein d'Altenstein, 1853, p. 60.
7 Ce prénom est indiqué par M. l'abbé Robert et par Alexandre Hermand. Est-il exact? M. le comte de Belleval (dans son « Azincourt », p. 160) parle de Louis de Bousies, seigneur de Bousies, pair du Cambrésies, tué à la bataille d'Azincourt, où il fait également mourir (p. 243) un Louis de Vertaing (également cité à ce titre dans le « Bulletin » de la Commission historique, t. VII, p. 341), dont je suis assez disposé à ne faire qu'un seul et même personnage. Le noble historien a-t-il suffisamment pris garde à la réticence apportée par Carpentier, t. I, p. 316 ?
8 Voir à l'appendice XLV.


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d'Avesnes) et de Familleureux (1), fils de Wautier de Bousies de Vertain, dit Fier-à-Bras, seigneur d'Aubigny, puis de Familleureux, par achat (2), et de Catherine de Wavrin, dite de Waziers, dame d'Aubigny et de la Neufville-en-Porgonval (Bourjonval) (3). Jean de Beaumont mit à sa donation la clause de servir un douaire à Valenciennes de la Viefville (4).
Le fils aîné de Wautier de Bousies de Vertain, et de Jeanne de Beaumont, Jean, atteignit sa majorité vers 1424 (5), époque à laquelle sa mère le mit, sous certaines conditions onéreuses — rappelées dans l'acte de cession (6)—, en possession de Fauquembergues.
Jean de Vertain, que son titre comtal faisait l'un des plus puissants seigneurs d'Artois, en même temps que

1 Lachesnaye-Desbois, qui a la détestable habitude d'estropier les noms propres et plus particulièrement ceux des fiefs, rend tous ceux-ci presque méconnaissables.
2 Voir à l'appendice XLVI.
3 Mal à propos Wavière dansl'«Annuaire » du baron de Stein: Lachesnaye-Desbois écrit Varrière, et, peu content de cette erreur, il y ajoute celle de marier en 1404 une dame riche en 1424 d'un petit-fils de vingt ans. M. F.-V. Goelhals, qui lepremier a su mettre de l'ordre dans la généalogie de Wavrin, m'a permis de rétablir en entier ce nom d'après ses « Mélanges généalogiques » (n° 1, maison de Wavrin, p. 112); le «Recueil généalogique », t. 1, p. 222, l'avait déjà de son côté donné d'une façon à peu près intelligible.
4 Cf. M. l'abbé Robert qui, p. 50, transcrit en partie ce document.
5 Comme on peut le voir dans le testament donné à Douai en 1428, par Catherine de Waziers, cette dame avait alors au moins trois petits-fils, Antoine, Jacotin et Hanotin, qui ne figurent pas sur la généalogie de la maison de Bousies donnée par le « Recueil généalogique » , p. 222. L'extrait que M. Goethals reproduit dans ses «Mélanges », loco citato, ne nous donne pas le nom de famille des trois petits enfants de la Dame d'Aubigny : étaient-ils des Bousies ?
6 Cf. M. l'abbé Robert, p. 49, et Alexandre Hermand, « Histoire monétaire d'Artois »
.

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ses possessions de Hainaut le constituaient un des riches feudataires de cette province , et que sa seigneurie de Pitgam lui donnait rang parmi les chevaliers les plus écoutés de la Flandre maritime, dut à cette position brillante d'être Les difficultés qu'il eut de 1439 environ, jusqu'en 1446, avec ses vassaux de Fauquembergues (2), échappent nécessairement à mon appréciation dans un travail spécialement consacré à Pitgam ; je me bornerai donc à constater qu'au temps de ce seigneur, le dénombrement de notre paroisse flamande fait en 1469, accuse le chiffre d'environ six cents habitants, ce qui, pour l'époque, accuse une assez grande prospérité (3).
Jean de Vertain vécut fort longtemps puisqu'il ne mourut que le 5 mai 1492 (4). N'ayant pas d'enfants de sa femme, Bonne de Flandre (5), fille de Jean, seigneur de Drincham et de Schuervelde (6), et d'Isabeau, alias Alise, de Bernieules (7), il disposa dès 1475 de Fauquembergues en faveur de son neveu, dont je parlerai plus

1 Ayant omis de prendre le nom de l'auteur qui m'a fourni cette assertion, je suis obligé de prier le lecteur de s'en rapporter à ma bonne foi.
2 M. l'abbé Robert, p. 49.
3 Voir à l'appendice XLVII.
4 II aurait été enterré dans l'église Ste-Waudru, à Mons, selon la généalogie des St-Omer dans les manuscrits de Du Chesne.
5 Banne!! dans Lachesnaye-Desbois.
6 Voir à l'appendice XLVIII.
7 Cf. « Fragments généalogiques», t. VI, p. 223, et réédition du « Nobiliaire des Pays-Bas et de Bourgogne », par le baron de Herckenrode, t. 1, p. 687. La famille de Bernieules compte également au nécrologe de la bataille d'Azincourt; voir à ce propos M. R. de Belleval, « Azincourt », p. 145
.

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loin, mais il se réserva l'usufruit de cette terre (1), gardant en outre celles de Pitgam, de Familleureux, etc. (2).
Quoique plusieurs des auteurs que j'ai consultés (3) fassent d'Engilbert de Vertain, frère cadet de Jean I, le successeur de celui-ci dans le comté de Fauquembergues, je crois en avoir parlé assez dans mes notes pour démontrer que cette assertion est inexacte (4) ; toutefois ne sachant pas s'il survécut à son aîné ou si, ce qui paraît plus probable, il le précéda dans la tombe, je ne puis dire s'il posséda la seigneurie de Pitgam (5) avec d'autres domaines distincts de ce qui lui était échu pour sa légitime. Engilbert, qui avait épousé Jeanne de Mortagne, dite d'Espierres ou Despierres (6), eut de son mariage deux enfants au moins : une fille nommée Marguerite (7), alliée à Jacques de Marquette, chevalier, sire de Marquette (canton de Bouchain), de Noyelles-sur-Selles en Ostrevant (même canton), de Pérumont, de Wagnonville (territoire de Douai), qui

1 « Noble et puissant seigneur, monseigneur Jehan de Vertaing, conte « seigneur et usufructuaire dela dite conté de Faulquenberghe », est-il dit dans l'acte passé au château de Fauquembergues, le 12 octobre 1475, (Grand cartulaire de St-Bertin cité par M. l'abbé Robert).
2 Voir à l'appendice XLIX.
3 Lachesnaye-Desbois, le « Recueil généalogique», 1'« Annuaire » du baron de Slein , cités ; la généalogie des St-Omer dans les manuscrits de Du Chesne, etc.
4 En voici néanmoins une nouvelle preuve: l'acte du 12 octobre 1475 donne à Jean II de Vertain les qualifications de « noble et puissant seigneur, monseigneur Jehan de Vertaing, chevalier, seigneur de Beaurieu, conte et seigneur propriétaire de ladite conté de Faulquemberghe ». Cf. M. l'abbé Robert, p. 50.
5 Voir ci-devant à l'appendice XLIX.
6 Voir à l'appendice L.
7 « Recueil généalogique », cité; Lachesnaye-Desbois
.

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releva le 9 juillet 1441 les terres et rentes de Noyelles, et qui vivait encore en 1454 (1); Marguerite n'eut pas de postérité (2). Le fils, Jean de Bousies, dit de Vertain, fut comte de Fauquembergues, sire de Beaurieux (3) et de Pitgam (4), mais il ne laissa que des bâtards (5). Suivant les uns, il aurait épousé Marie de Rabodenges (6), alors que les autres n'en font que sa concubine (7).
Après Jean II de Vertain, qui semble être mort assez jeune, le comté de Fauquembergues aurait, au dire de

1 Marquette, très ancienne famille originaire du village du même nom en Ostrevant et dont parle Carpentier, t. II, p. 768, portait : « d'azur, à un croissant d'argent, accompagné de neuf billettes du même, mises en orle, alias : d'azur, semé de billettes d'argent à un croissant du même en cœur.» Jacques de Marquette était fils de Jean, chevalier, et de Marie de Grées. Voir les « Mémoires généalogiques» du comte de St-Genois, t. 1, p. 167 et 168, qui contiennent en outre, p. 289 à 301, sur Jacques de Marquette et sur son père, ainsi que sur leurs nombreuses possessions, des détails d'autant plus intéressants qu'ils sont extraits de documents authentiques tels que les cartulaires des flefs du Hainaut; cf. aussi Laurent Le Blond, « Quartiers généalogiques », p. 280, 281 de la 2e édition. M. de Belleval, dans son « Azincourt », p. 227, enregistre le nom d'un seigneur de Marquette au nécrologe de cette fatale journée. Une note placée par M. Delcourt, relativement à Jacques de Marquette et à Marguerite de Vertain, dans sa généalogie de la famille de Mahieu), « Annales » de l'Académie d'archéologie de Belgique, t. XXI, p. 443), est littéralement incompréhensible par suite d'une ligne omise.
2 « Recueil généalogique » et « Mémoires généalogiques », ut supra. Cette assertion se trouve d'ailleurs justifiée par le passage dans d'autres familles des biens des maisons de Vertain et de Marquette.
S Voir à l'appendice XLIX ci-dessus.
4 M. l'abbé Robert ; manuscrits de Vernimmen de Vinckhof, loco supra dicto.
5 « Annuaire » du baron Isidore de Stein d'Altenstein et «Recueil généalogique », cités.
6 Voir à l'appendice L1.
7 « Recueil généalogique »
.

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certains auteurs, fait retour à la tante de ce seigneur, Jeanne de Vertain, sœur de Jean I et d'Engilbert *. On la marie à Etienne d'Ittre, chevalier (2) ; en admettant cette assertion comme fondée, il restera toujours à expliquer comment Pitgam et peut-être même Fauquembergues sont passés dans la famille de Hun. Il y a là une difficulté dont j'ai vainement cherché la solution, et pour ne pas entraver plus longtemps la marche de ce récit, déjà fort aride, je crois devoir renvoyer aux notes les divers points sur lesquels peut se concentrer l'attention du lecteur assez bien disposé pour me suivre (3).
Dans tous les cas, Jean I de Hun, qu'un écrivain sérieux et souvent bien informé (4) a cru pouvoir titrer comte de Fauquembergues, qui était seigneur de Villers, de Beaurieux, ancien domaine de la maison de Vertain (5), et, sans doute aussi, de Pitgam , était proche parent de la famille de Bousies, puisqu'avec Jacques d'Ittre, son co-héritier, il avait vendu la terre de Familleureux-sous-Nivelles, leur provenant de Jean de

1 Le même ouvrage, plus Lachesnaye-Desbois et l'« Annuaire» du baron de Stein.
2 Cf. « Recueil généalogique » et « Annuaire», cités ut supra.
Lachesnaye-Desbois, dont la généalogie de la maison de Bousies est loind'être un modèle d'exactitude et de critique,l'appelle: « Etienne de Bousies, «seigneur d'Ittre et de Beaudemont », sans que rien ne vienne justifier son assertion. Le « de Bousies » ne paraît être qu'une superfétation très erronée.
Ittre portait : de-sinople, à un lion d'argent couronné d'or (cf. Carpentier, t. n, p. 710).
3 Voir à l'appendice II.
4 Laurent Le Blond, « Quartiers généalogiques », 2e édition, p. 273 ; voir ce que j'en dis à l'appendice LII.
5 Voyez à l'appendice XXXIV et au texte ci-dessus
.

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Vertain (1). Il avait épousé Claire de Mortagne, Dame de Hundelghem (2), fille de Roland, seigneur dudit lieu, mort en 1482, et de Claire de Loup (3), veuve d'Ancalme de Marchiennes (4). J'ignore la date exacte du décès de Jean I de Hun et de sa femme, ainsi que le lieu de leur sépulture. De leur postérité, je ne connais qu'un fils,Jean II de Hun, chevalier, seigneur de Villers, de Beaurieux, de Pitgam, qui servit le 10 septembre 1515, à la cour du Perron de Bergues, le dénombrement de cette dernière terre (5). Celui-ci, qui mourut le 3 octobre 1538 (6), avait épousé Jeanne du Roisin, décédée avant son mari, le 4 mai 1528. Elle était fille de Jacques, seigneur de Rongy, et de Marie de Launay (7), dame de Cordes. Jean II de Hun fut enterré ainsi que sa femme dans la chapelle des seigneurs de Beaurieux (8). Il paraît avoir présenté dès 1502 le relief de la terre de

1 Carpentier, t. n, p. 710. On peut consulter à cet égard l'appendice LII.
2 Voir à l'appendice LIII.
3 Laurent Le Blond, ut supra; M. F.-V. Goethals, « Dictionnaire héraldique», t. IVv, verbo Roisin.
4 Ancalme est un prénom estropié par L. Le Blond ; il faut sans aucun doute Ansiaume, Anseaume, etc., formes d'Anselme.
5 Devant publier in extenso cet important document dans les notes qui seront consacrées à la seigneurie de Pitgam (§ II du présent travail), je crois devoir y renvoyer le lecteur.
6 La date est incomplète dans l'épitaphe rapportée à l'appendice LIV. J'emprunte ce millésime au « Dictionnaire héraldique» de M. Goethals, t. IV, verbo Roisin, ainsi qu'à 1' « Annuaire de la noblesse de Belgique » de M. le baron de Stein d'Altenstein, 1859, p. 243.
7 Laugné, d'après la pierre tumulaire de Jean III; Launais ou Launay, d'après l'orthographe plus moderne. D'après M. Goethals, loco citato. Marie de Launay, Dame de Cordes, fille de Mathieu et de Marie de Cordes, Dame dudit lieu, portait : émanché d'argent et de sable.
8 Voir à l'appendice LIV.


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Beaurieux (1), et, de son temps, le transport de Flandre (2), renouvelé en 1517, fixa à quarante-trois escalins la part de la, paroisse de Pitgam par chaque cent livres que la châtellenie de Bergues avait à payer dans les impositions générales du pays (3).
Jean II de Hun laissa plusieurs enfants : indépendamment d'une fille puînée, mariée à Jean de Borchoven, chevalier, seigneur de St-Géry et de Limale (4), et dont il y eut postérité, je lui trouve encore au moins une seconde fille et un fils, appelés tous les deux à figurer dans ces recherches.
Le fils, Jean III (5) de Hun, chevalier, seigneur de Villers-Poterie, Jonquère (6), Beaurieux (7), Pitgam,

1 MM. Lebeau et Michaux aîné (« Recueil », cité,p.95) parlent d'un relief présenté en 1502 pour la terre de Beaurieux, consistant en « ung chastel, « basse-court,maison de cense, etc. » « Le château-fort » de Beaurieux, « situé « au milieu du village formait le noyau d'un fief qui relevait en partie de la « terre d'Avesnes ».
2 On appelait ainsi l'assiette de l'impôt foncier ou, selon l'expression moderne, la matrice cadastrale.
3 « Placcaeten », 1e band, blzd. 575, Cent, 1639.
4 Laurent Le Blond, p. 273.— Dans M. J.Gailliard, « Bruges et le Franc», t. II, p. 145, à propos des trente-deux quartiers de Jean de Beer, chevalier, seigneur de Meulebeke, mort en 1608, et de sa seconde femme, Robertine d'Aubermont, il est écrit Polinchove au lieu de Borchovex , et Mortaiyny à la place de Mortagne. Je crois devoir signaler cette erreur à cause des équivoques auxquelles une quasi homonymie pourrait donner lieu dans les circonstances présentes.
5 Les chiffres I, II et III sont arbitraires ; ne connaissant qu'une bien faible partie de la généalogie de la maison de Hun, je ne puis dire si les ascendants directs de mes trois personnages n'ont pas antérieurement porté également le prénom de Jean. Une distinction m'ayant paru nécessaire entre l'aïeul, le père et le fils, je n'ai pas hésité à l'établir.
6 Aujourd'hui Joncret. Cette seigneurie était au comté de Namur, suivant M. de Robaulx de Soumoy, « Annales « de la Société de Namur, t. VIII, p. 193.
7 Le « Nobiliaire des Pays-Bas et de Bourgogne », édition de M. le baron de Herckenrode, t. H, p. 1305, ne lui donne que le titre probablement fautif de seigneur de Beauvoir
.

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Elesmes (1), etc., mourut le 4 octobre 1563, dernier mâle de sa maison, à ce que porte son épitaphe, bien que cette affirmation soit des plus contestables (2). Il fut enterré dans l'église de Beaurieux, et avait épousé Marguerite de Martigny, Dame de la Carnoye , Muchembus (3), Sequedin, etc., dont il n'eut pas de postérité. Cette Dame, qui était fille de Jean de Martigny, seigneur de Hérinsart, et de Bauduine de Lattre, se remaria à Georges d'Eve, seigneur de Malnuy (4) ; mais elle reçut, à ce que je crois, la sépulture auprès de son premier mari (5). Peu avant que Pitgam ne sortit des mains de Jean III de Hun, avait eu lieu la dislocation du diocèse de Thérouane; ce fait dont j'aurai l'occasion de parler au § IV, amena un grand changement dans la topographie ecclésiastique-de la contrée.
Antoinette ou Marie (6) de Hun, fille de Jean II et de Claire de Mortagne, héritière féodale de son frère Jean III,

1 Voir à l'appendice LV.
2 Voir à l'appendice LVI.
3 Alias Muzembois, « Nobiliaire des Pays-Bas et de Bourgogne», édition Herckenrode, t. II, p. 1193. — Les mss. généalogiques de Le Fort, conservés aux archives de l'Etat à Liège, contiennent, deuxième série, t. II, « p. 151), « les conclusions prises par J. le Bailly, à la cour de Malines, dans le procès pendant au grand conseil du Roi entre les héritiers de Marguerite de Martignies, au sujet de certaines terres, 1565 ». La troisième série contient également quelques bribes sur a maison de Martigny. (Cf. M. St.Bormans, « Tables », t.II, p. 72, et t. III, p. 88.)
4 « Nobiliaire des Pays-Bas et de Bourgogne », édition citée, p. 1305.
5 Voir à l'appendice LVII.
6 Antoinette, selon le « Nobiliaire des Pays-Bas et de Bourgogne », édit. Herckenrode, p. 1305. Gramaye, « Historia namurcensis », édition de 1708, p. 74, et Galliot, son copiste («Histoire de Namur », t. iv, p. 33), la nomment Marie.


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devint à ce titre Dame de Pitgam(1), de Beaurieux a, etc. Elle mourut vers la fin du XVIe siècle, et elle reçut la sépulture dans l'église de cette dernière paroisse où l'on voit encore aujourd'hui sa tombe parmi celles de la famille de Hun (3), au milieu de la chapelle seigneuriale. Suivant des actes de 1561, 1566 et 1569 (4), elle était déjà mariée à Philibert de Martigny (5), chevalier (6), seigneur de Hérinsart (aujourd'hui Rinsart) , Erquelines (7), qui, à cause d'elle, avait pris le titre de seigneur de Beaurieux (8), de Villers-Poterie (9), au comté de Namur, etc.
Ce seigneur était frère de la femme de Jean III de Hun et il était par conséquent issu comme elle, de Jean de Martigny, seigneur de Hérinsart, et de Bauduine de Lattre (10). Il ne semble pas avoir joui du domaine de Pitgam, car, ayant rendu aux Français la ville de Marienbourg en 1554, il avait été obligé de s'expatrier (11°. Il mourut chargé d'opprobre (12) laissant au moins deux fils (13).

1 Manuscrits de Vernimmen de Vinckhof.
2 «Recueil » de notices et articles divers sur la contrée formant l'arrondissement d'Avesnes, p. 74.
3 Ibidem; «Annales» de la Société archéologique de Namur, t. VIII, p. 193.
4 « Nobiliaire des Pays-Bas », loco citato.
5 Voir à l'appendice LVII1.
6 Suivant l'inscription tombale de sa femme, au rapport du président Lebeau et de M. Michaux aîné, « Recueil » cité plus haut, p. 74.
7 « Nobiliaire », p. 1305
8 MM. Lebeau et Michaux aîné, ut supra.
9 Voir à l'appendice LIX. 10 'Nobiliaire», ut supra. 11 Voir à l'appendice LX et au « Nobiliaire», ibidem. 12 Sur ce point, voir également à l'appendice LX, ce qu'en dit la chronique flamande éditée par MM. Ph. Kervyn de Volkaersbekeet Diegerick.
13 « Nobiliaire », loco citato.


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Alors qu'au mois d'août 1566, les habitants de Pitgam, fidèles au culte de leurs ancêtres et animés sans doute par l'énergique parole de leurs pasteurs (1), protégeaient efficacement leur églises contre les dévastations des Gueux des bois, qui ruinaient presque.tous les villages de la Flandre maritime et en particulier ceux de la chàtellenie de Bergues (2), l'aîné des enfants d'Antoinette de Hun suivait une route assez opposée. Philibert II de Martigny, seigneur de Hérinsart, Beaurieux, Erquelines , Pitgam (3), etc., autant sans doute à la suite de la disgrâce de son père qu'en raison de ses convictions religieuses ou politiques, embrassait le parti du duc d'Alençon, et était à son tour obligé de s'exiler (4). La terre de Pitgam — comme vraisemblablement aussi ses autres domaines s — lui fut retirée par voie de confiscation (6) à une époque que je ne saurais préciser nettement (7), et ce fief fut acquis par Antoine de Grenet,

1 II y avait alors deux curés à Pitgam, ainsi que je le démontrerai au § IV de ce travail.
2 Cf. M. C. De Laroière, « Histoire des troubles religieux de la Flandre maritime », p. 212.
3 Manuscrits de Vernimmen de Vinckhof. — « Nobiliaire des Pays-Bas et de Bourgogne », édition de M. le baron deHerckenrode, p. 1306. Philibert II de Maiiigny avait épousé Claude ou Claudine de Houchïn, fille d'Iscmburd, seigneur de Longastre, de Moury et de Gueullesin, et d'Antoinette de Lens,dite de Rebecque.— «Recueil généalogique », t. II, p. 7, «Nobiliaire», ut supra.
4 « Nobiliaire », ibidem.
5 Voir à l'appendice LXI.
6 Manuscrits de Vernimmen de Vinckbof.
7 Ne serait-ce pas vers 1593, époque à laquelle Valentin de Pardieu acheta des baillis et échevins de Pitgam un manoir (cf. dans MM. Bergerol et Diegerick, « Histoire d'Esquelbecq », l'inventaire fait à la mort de ce seigneur). On se rappelle en outre que le seigneur d'Ekelsbeke ou Esquelbecq, issu de la maison d'Halewyn, depuis longtemps établie en France, avait également été obligé d'aliéner ses domaines des Pays-Bas.


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seigneur de Werp, gouverneur de Maestricht (1), issu des vicomtes de Nieuport et dont la famille était indirectement alliée à celle de Martigny (2).
A l'époque où ce seigneur possédait Pitgam, la coutume particulière du lieu, suivie depuis un temps immémorial, dut être révisée et homologuée en même temps que celles de la ville et de la châtellenie de Bergues et que celles de la cour féodale princière du Perron et des autres paroisses vassales (3). Alors déjà le besoin d'une législation plus précise et mieux définie se faisait impérieusement sentir, et les Archiducs, dont, sur beaucoup de points , le gouvernement avait inauguré une ère réparatrice, les Archiducs, dis-je, dans le but d'amener une meilleure codification des mille et un usages répartis sur la surface de la Flandre, avaient donné leur édit de 1611 pour la révision générale des lois locales. Les coutumes de la châtellenie de Bergues, celles de Pitgam, Hondschoote , qui obtinrent la sanction souveraine le 29 mai 1617, furent publiées les 22 et 23 novembre de la même année.

Antoine de Grenet jouait un rôle important dans les Pays-Bas espagnols: dès 1589, date à laquelle, le 25 avril, il avait obtenu des lettres-patentes de chevalerie, enregistrées à Lille, il était gouverneur, châtelain et grand-bailli de Courtrai (4). En 1610, il était gouverneur

1 Voir à l'appendice LXII.
2 François de Grenet, seigneur de Garimetz, avait épousé Bauduine d'Arestelle, fille de Louis, chevalier, seigneur de Ponsroy, Mongiffon, et de Jacqueline de Martigny, sœur de Philibert I. — « Nobiliaire », p. 1305.
3 Voir à l'appendice LXIII.
4 De Vegiano, seigneur de Hovel, dans son « Nobiliaire des Pays-Bas et de Bourgogne », 1.i, p. 81 ; même ouvrage refondu par M. le baron de Hèrekenrode, p. 864; Le Roux, « Théâtre de la noblesse de Flandre», Lille, 1715, p. 96; etc.


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de Maestricht(1), et en 1618, je le retrouve membre du conseil de guerre et du conseil d'état des Archiducs.
Ce fut sans doute autant en raison de la considération dont il était environné qu'en sa qualité de seigneur d'une paroisse célèbre par sa dévotion séculaire à St Folquin, qu'il fut appelé à figurer comme témoin à l'ouverture de la châsse du Bienheureux (2).
Dès le temps de ce seigneur, le château-fort de Pitgam, le « Burgh », suivant son nom véritable, antique édifice remontant à une époque reculée du moyen âge, était tombé victime à la fois des siècles et des guerres qui avaient désolé la contrée (3).
Les relations que le sire de Pitgam possédait à St-Omer, où deux de ses parents avaient occupé de hautes dignités ecclésiastiques (4), le déterminèrent sans doute à doter cette ville de ses libéralités et à y établir, de concert avec sa femme Charlotte Zoete, la maison hospitalière des Douze-Apôtres (8), qui s'ouvrit le 31 octobre 1620, sous la direction des RR. PP. Dominicains (6).

1 Relation de Flandres de 1610, dans les « Souvenirs de la Flandre wallonne », t.VI p. 14. — Voir aussi plus loin la note extraite de Gramaye.
2 Voir à l'appendice LXIV.
3 « .... Ad Colman,.... toparchia Petingememis, nuper D. de Rensart, « nunc D. de Werp, gubernatoris Mosœ Trajecti, vêtus et vetustate simul« que bellis dirutam arcem possidentis ». — Gramajus, « Antiquitates « illustrissimi Comitatus Flandriae », p. 152, édit. de 1708.
4 Vaast de Grenet, abbé de St-Bertin, de 1580 à 1603 (M. de Laplane, « les Abbés de St-Bertin », t. II, p. 169 et suiv.), et son frère le grandprieur du monastère (ibidem, p. 185); fils de « Melle » de Werp (ibidem), ils devaient être frères ou plutôt oncles d'Antoine, lui-même seigneur de ce lieu.
5 Voir à l'appendice LXV.
6 « Les abbés de St-Bertin », t. n, p. 841.


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L'époque précise de la mort d'Antoine de Grenet ne m'est pas exactement connue (1) ; elle est néanmoins postérieure au 26 juillet 1619, date à laquelle, sous réserve d'usufruit, il avait donné la terre de Pitgam à son petit-neveu (2).
Pierre-Amour de La Haye, chevalier, était le second fils de Charles , seigneur de Hames ; il hérita non seulement de la terre de Pitgam, mais encore de celle de Werp, et il épousa Françoise-Josèphe de Fiennes, issue de la grande famille picarde et artésienne de ce nom (3). Il appartenait lui-même à une ancienne maison d'Artois (4).
Le pays, toujours si cruellement ravagépar la guerre depuis la mort des Archiducs, devint bientôt le théâtre d'une lutte sanglante et acharnée, et ne cessa plus un instant d'être foulé par les armées belligérantes. On se rappellera à cette occasion toute la désolante éloquence des documents contemporains. Bien que, pour la première période de la lutte, je sois mieux renseigné en ce qui concerne la châtellenie de Cassel (5) qu'en ce qui regarde le territoire de Bergues, je crois pouvoir affirmer, sans crainte d'être démenti, qu'il ne fut pas

1 Suivant M. Goethals, loco citato)., Antoine de Grenet serait mort le 21 octobre 1619, alors que M. de Laplane (« Abbés de St-Bertin », t. Il, ut supra) fait célébrer dès le 20 septembre précédent le service funèbre de ce seigneur par l'abbé Guillaume Loetnel. L'une des deux dates est nécessairement inexacte.
2 Manuscrits de Vernimmen de Vinckhof.
3 Idem.—le n'ai pas pu retrouver les ascendants de cette Dame; mais en revanche j'ai pu, à l'aide d'une pièce revêtue de sa signature, rétablir exactement ses prénoms, incomplètement donnés par Lachesnaye-Desbois, 3« édit., t. VII, col. 539.
4 Voir à l'appendice LXVI.
5 Voir à l'appendice LXVII.


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traité plus favorablement, et que les exemptions d'impôts accordées par le gouvernement espagnol n'apportèrent qu'un faible soulagement à de si grandes calamités (1).
En 1644, une grande partie des terres ne furent point ensemencées, et la contribution annuelle (uytsend) fournie par la châtellenie de Bergues au gouvernement central ne fut plus que 112,000 liv. au lieu de 330,000. La paroisse de Pitgam compta au nombre des plus ravagées et fut dispensée de payer l'impôt (2).
En 1646, l'industrieuse activité des habitants avait toutefois en partie réparé les pertes des années précédentes ; mais cette fois encore ils avaient compté sans les ravages de la guerre. Le duc d'Enghien, dans le cours de la campagne, avait pris le commandement abandonné par Monsieur, oncle du Roi ; il cherchait l'occasion d'un coup d'éclat qui mît le sceau à sa réputation militaire encore récente : après la conquête de Mardick, il partit le 29 août, passa la Colme et alla loger « à Petchem (Pitgam) où « il y avait quantité de fourages» (3). L'armée s'étant rafraichie

1 Les vingt-huit paroisses de la châtellenie de Cassel qui, en 1638, avaient été victimes de l'invasion française, avaient été exonérées du paiement des baux et des impôts : « Hebben quytschel gehadt van pachten, van impositien « competerende t' Hof van Cassel, van ten seste deel ». Document cité à l'appendice LXVI1. L'armée française ayant opéré également dans la zone plus rapprochée de la mer, les mêmes causes amenèrent nécessairement de semblables effets.
2 Voir à l'appendice LXVIII.
3 « Histoire de Louis de Bourbon, prince de Condé », par Coste, La Haye, MDCCXLVIII, in-4°, p. 82. Faulconnier, t.1, p. 266, parle dans des termes identiques du séjour de l'armée française à Pitgam ; seulement il dit que la première inspiration du Prince en quittant Mardick avait été d'assiéger Menin, projet dont Coste ne dit rien, mais dont Sarrazin, guide évident du chroniqueur dunkerquois, parle avec détails.

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par un repos de trois jours (1) dans les gras pâturages que lui offrait la contrée, le prince quitta ses cantonnements, et se dirigeant vers Furnes, qu'il emporta le 5 septembre (2); il se rabattit sur Dunkerque le 19 du même mois. Il n'entre pas dans le cadre de mon travail de parler du siége de cette place, qui capitula le 7 octobre malgré l'énergique défense du marquis de Lede (3) ; mais il me paraît essentiel de faire observer que Pitgam eut naturellement beaucoup à souffrir des partisans chargés d'assurer la subsistance de l'armée à une époque où le service de l'intendance n'existait même pas à l'état rudimentaire (4). N'oublions pas que Bergues avait été pris à la fin de juillet s et que l'armée de siége avait dû également laisser à Pitgam des traces fâcheuses de son passage.
La paix de Westphalie, sitôt rompue, rendit aux

1 « Histoire de Louis de Bourbon », ut supra.
2 Idem ; Faulconnier dit le 6, mais c'est une erreur ; car on trouve dans les « Jaerboeken van Veurne ende Veurnambacht » (vierde deel, blad 136 en naefv.) le texte même de la capitulation.
3 Tous les auteurs qui ont eu à parler des sièges de Dunkerque ont parlé avec les plus grands éloges du marquis de Lede, l'un des meilleurs généraux que la Flandre ait fournis à l'Espagne. J'espère réunir les documents nécessaires pour écrire un jour la biographie de ce grand homme de guerre. — La capitulation eut lieu le 7, mais la remise de la place n'eut lieu que le 11.
4 On sait qu'avant Louvois on n'avait jamais songé à assurer d'une façon régulière l'approvisionnement des armées.
5 Cf. Faulconnier, t. I, p. 163, et M De Baecker, « Recherches historiques sur la ville de Bergues «, p. 100; les notes de Vernimmen de Vinckhof, que j'ai réunies et traduites sous le titre de « documents pour servir à l'histoire militaire de la ville de Bergues », portent que le siège avait duré quatre jours, alors que l'historien du prince de Condé ne parle que de vingt-quatre heures, ce qui doit s'entendre, sans doute, de l'ouverture de la tranchée.


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habitants quelques courts instants de calme ; mais le seigneur de Pitgam fut inquiété dans la possession de ce domaine. Un neveu du seigneur évincé, — que les manuscrits de Vernimmen de Vinckhof nomment, comme son oncle, Philibert de Martigny et qu'ils qualifient seigneur d'« Eslein », c'est-à-dire d'Elesmes (1) — essaya, à la faveur du traité, d'intenter, le 24 octobre 1648, une action en revendication de Pitgam; mais il dut promptement renoncer à cette prétention(2), et la famille de La Haye resta désormais en possession de son domaine (3).
Bientôt, à la reprise des hostilités, le pays fut de nouveau le théâtre de luttes sanglantes et acharnées. Furnes avait ouvert ses portes aux Espagnols le 5 septembre 1651, au bout de quelques jours de siège (4); Bergues succomba le 27 du même mois (5). Le fort de Lynke, si voisin de Pitgam, et Bourbourg, capitulèrent peu de temps après (6), et furent l'objet de travaux considérables destinés à arrêter les incursions des garnisons françaises de Gravelines et de Dunkerque (7).

1 Voir à l'appendice LXIX.
2 Manuscrits de Vernimmen de Vinckhof.
3 La famille de La Haye avait toutefois des dettes, et l'on trouve aux Archives départementales de Lille (liasse P. 58, salle IV) le dossier incomplet d'un procès qui lui fut fait par ses créanciers à l'occasion de Pitgam.
4 « Jaerboeken van Veurne », IVe deel, blzd. 177; t.II, p. 6.
5 Cf. les mêmes autorités. — M. L. De Baecker (« Recherches historiques sur la ville de Bergues », p. 101) indique le 4 octobre comme étant le jour de la capitulation. Cette date ne s'accorde pas avec la présence à Bergues le 29 novembre du capitaine espagnol D. Mario Gayaffa, avec sa compagnie de cavalerie (cf. « Documents pour servir à l'histoire militaire de la ville de Bergues »).
6 « Jaerboeken », loco citato ; Faulconnier, ut supra.
7 * Jaerboeken ».


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L'année suivante, Mardick , qui avait plusieurs fois changé de mains, fut emporté le 14 avril, et la contrée environnante eut beaucoup à souffrir du long siège de Gravelines, qui ne se rendit que le 19 mai (1), pendant que Dunkerque tenaitenait jusqu'au 16 septembre (2). Au milieu de ces mouvements continuels de troupes et de la partie d'échecs engagée entre les généraux français et espagnols, Pitgam ne fut pas épargné. Il en fut de même les années postérieures : en 1657, le mouvement offensif des Espagnols sur Ardres et sur Calais échoua; les opérations stratégiques de l'armée française firent à leur tour reculer l'ennemi, et les troupes de Don Juan se retirèrent sur Gravelines (3). Le cadre restreint de mon travail exclut le récit de la désastreuse campagne de cette année, et il me suffira de rappeler que plusieurs places fortifiées du pays, la Motte-au-Bois, Watten, Mardick, etc., tombèrent au pouvoir de Turenne, et que les campagnes furent ravagées de la façon la plus barbare. L'annaliste Pauwel Heinderyck nous en fournit un témoignage explicite dans sa concision (4). L'année 1658 allait toutefois être encore plus pénible. Désolé par un hiver des plus rigoureux (5), le pays, maladroitement défendu par Don Juan et par ses lieutenants, eut de nouveau à subir l'invasion de l'armée de Turenne, qui vint faire le siège de

1 Idem; —Faulconnier. — Coste, « Histoire de Louis de Bourbon, prince de Coudi-: », t. II, p. 284, dit le 18.
2 « Histoire de Dunkerque ». — Coste, i Histoire de Louis de Bourbon», t. u, p. 284.
3 Coste, « Histoire de Louis de Bourbon », t. u, p. 326, 327; etc., etc.
4 Voir à l'appendice LXX.
5 Faulconnier, t. Il, p. 21.


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Dunkerque, et qui se rabattit ensuite sur Bergues après la victoire des Dunes et après la prise de la première des deux places et sa remise aux Anglais (juin-juillet).
Le Magistrat de Bourbourg, jaloux d'éloigner les maraudeurs du territoire soumis à sa juridiction, sut, au moyen de présents envoyés à point au gouverneur anglais de Dunkerque, préserver sa circonscription des pillages de la garnison de cette ville 1 ; mais les villages de la châtellenie de Bergues furent en proie aux plus cruelles dévastations (2). En ce qui concerne Pitgam, il nous reste un document qui, dans l'énergique barbarie de son style, nous donne une idée navrante des horreurs commises en pays ennemi par les gens de guerre à cette époque relativement peu éloignée de nous. Le 19 septembre 1658, un détachement anglais qui revenait de Drincham et qui faisait partie des têtes rondes de Cromwell, cantonnées à Dunkerque (3), s'arrêta à Pitgam. Accueilli par d'imprudentes manifestations, des meurtres nombreux signalèrent sa vengeance ; le pillage, l'incendie, rien, pas même la profanation des lieux saints, ne manqua à cette scène de désolation plus digne de figurer dans les récits des invasions normandes que dans les annales d'un peuple civilisé (4). Pendant plusieurs années Pitgam dut être à peu près inhabité.
La paix des Pyrénées, signée en 1659, ramena les Espagnols dans Bergues, sans pour cela rendre

1 Voir à l'appendice LXXI.
2 Voir à l'appendice LXXII.
3 « Mémoires » de la Société dunkerquoise, t. iv, p. 187, 188. 4 Voir à l'appendice LXXIII.


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la tranquillité au pays (1). Bientôt la guerre et toutes ses horreurs reparurent dans la contrée. Le corps français qui vint aux mois de mai et juin 1669 prendre la ville de Bergues, désormais et depuis lors acquise à la France , passa nécessairement à Pitgam et s'y ravitailla. Les armées qui, plus tard, en 1677, opérèrent aux environs de St-Omer, et, plus particulièrement, les troupes du duc d'Orléans, durent aussi visiter notre fertile paroisse ou tout au moins y envoyer leurs fourrageurs. Il fallut attendre jusqu'à la paix de Nimègue pour obtenir enfin le calme indispensable aux travaux des champs, et éloigner les misères qu'une armée en campagne entraîne toujours avec elle (2).
Dans l'intervalle, la terre de Pitgam, après la mort de Pierre-Amour de La Haye(3), était échue pour deux tiers au fils aîné de ce seigneur, et pour le dernier tiers au cadet, Charles-Bonaventure (4), dont j'ignore la destinée.
Marc-Pierre de La Haye de Werp , seigneur de Pitgam, Hames, Herbellerie , mayeur de St-Omer en 1703-1704 (5), avait épousé Anne-Marie-Jeanne deWinterfeldt, d'une famille du Brandebourg. Elle était fille de Charles-Frédéric, baron de Winterfeldt, colonel au service de la maison d'Autriche, et d'Anne de Calonne de Courtebourne (6). De ce mariage vint une fille unique,

1 Voir à l'appendice LXXIV.
2 Voir à l'appendice LXXV.
3 Voir à l'appendice LXXVI.
4 Manuscrits de Vernimmen de Vinckhof. — Charles-Bonaventure de La Haye n'eut vraisemblablement pas de postérité.
5 Voir à l'appendice LXXVII.
6 Et non Calonne de Courtebonne, comme dit Lachesnaye-Desbois, t. VII, col. 539, où je puise ces détails. D'autres auteurs emploient également cette orthographe fautive.


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Jeanne-Alexis de La Haye de Werp, riche héritière qui s'allia, le 17 janvier 1708, à Lambert d'Eternoz ou d'Esterno, chevalier de St-Louis, seigneur d'Esterno, Collari, Refranche, etc., lieutenant-colonel du régiment de Grosbois, infanterie, au service de France, issu d'une famille qui était connue en Franche-Comté depuis le XIIe siècle (1), et qui, au XIIIe, avait rendu de grands services au comte de Bourgogne, Jean de Châlon (2). Il était fils d'Alexandre, écuyer, seigneur de Refranche, Salgret, capitaine dans le régiment de Bourgogne, au service de la maison d'Autriche, et de Claude Aubert (3). Ce fut en sa faveur que, — tant à cause de son mérite personnel, que de l'ancienneté de sa maison —, la seigneurie de Pitgam qui donnait le rang de deuxième vassal de la châtellenie de Bergues et la deuxième place dans les assemblées d'Etats (4), fut érigée en comté sous le nom d'Esterno. Les lettres patentes,

1 Lachesnaye-Desbois, t. VII, col. 531; Armorial général d'Hozier, registre I, 2e liv. p. 222 où l'on trouve un bon article sur l'origine de la famille. M. Borel d'Hauterive, «annuaire de la noblesse de France » 1866, parle très inexactement de la maison d'Esterno et lui attribue un étrange blason.
2 Suivant les lettres d'érection de Pitgam en comté d'Esterno, voir au § II du présent travail. — La maison d'Esterno prend son nom d'un village du bailliage d'Ornans, à deux lieues de Salins. Cf. Cliazot de Nantigny, « Tablettes généalogiques», t. VII, p. 215, 216, Paris, 1756; LachesnayeDesbois, ut supra; d'Hozier, etc. Je n'ai pas été à même de consulter pour la maison d'Esterno les ouvrages des auteurs spéciaux sur la noblesse du comté de Bourgogne, tels que Dunod de Charnage qui, sous le titre de « Mémoire pour servir à l'histoire du comté de Bourgogne » a publié un excellent nobiliaire de cette province.
3 «Tablettes généalogiques», loco citato ; Lachesnaye-Desbois, t. VII, col. 531 et 539. — Esterno porte : de gueules à une fasce d'argent, accompagnée de trois « arrêts » de lance du même.
4 Voir à l'appendice LXXVIH.


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datées de juillet 1724, furent enregistrées au Parlement de Flandre le 16 avril 1725, et au bureau des finances de la généralité de Lille le 25 juin suivant (1). Lambert d'Esterno mourut en 1733 (2) ; indépendamment d'une fille, Françoise, mariée au comte de l'Allemand, et d'un fils cadet, Ernest-Joseph, capitaine de dragons, né le 28 octobre 1720 et décédé à l'âge de vingt ans, au camp de Simmeren, dans le Palatinat (3), il laissa pour hoir féodal Philippe-Joseph, comte et seigneur d'Esterno (Pitgam), seigneur de Hames (4), la Herbellerie , Lattre , le Peroy (5), etc. Celui-ci servit également en qualité de capitaine de dragons (6) ; il épousa, suivant contrat passé à Dôle en 1738, Gabrielle d'Arvisenet, Dame de Lavans, Auxange, Bertolange, fille de Ferdinand, chevalier, seigneur desdits lieux, président de la chambre des comptes de Bourgogne, et de Philiberte-Jeanne de Nan (7). Du temps de ce seigneur l'on renouvela le registre terrier de Pitgam (1741-1751) (8), et la paroisse fut désolée par une épizootie

1 Voir à l'appendice LXXIX.
2 Manuscrits de Vernimmen de Vinckhof.
3 Lachesnaye-Desbois, t. VII, col. 539.
4 Et non Ames, comme le disent ce même auteur et les lettres-patentes.
5 Faute de source meilleure, j'emprunte tous ces noms de fiefs au « Dictionnaire de la noblesse ». Les terres de Hames , la Herbellerie, Lattre et le Peroy devaient être situées en Artois et provenaient évidemment de la famille de La Haye, bien que Lachesnaye-Desbois en attribue la propriété au comte Lambert personnellement. Selon l'armorial général d'Hozier, registre I, 2e livraison, le comte Lambert d'Esterno aurait habité à Pitgam, mais jusqu'à présent je n'ai pas acquis la preuve de cette assertion.
6 Manuscrits de Vernimmen" de Vinckhof.
7 Lachesnaye-Desbois, t. VII, col. 539-540.
8 La date du renouvellement du terrier de Pitgam est indiquée par M. Derode, Annales du Comité flamand, t. VII, p. 180.


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terrible, la plus ancienne dont les annales du lieu aient gardé le souvenir (1).
Le comte Philippe d'Esterno mourut en 177. (2), laissant deux enfants , une fille, mariée au comte de Broissia, de la maison de Froissard (3), et un fils, qui clôt la liste des seigneurs de Pitgam.
Antoine-Joseph-Philippe-Régis, comte d'Esterno, seigneur de Lavans, etc., grand-bailli d'Amont, épousa, par contrat passé à Paris en 1769 et signé par le Roi ainsi que par la famille royale (4), Adélaïde-Honorée Hennequin d'Ecquevilly, qui était fille d'Augustin Louis, marquis d'Ecquevilly seigneur de Fumechon, Bouaffes, Morainvilliers, Chemery , mestre-de-camp du régiment royal, cavalerie, puis maréchal-de-camp, lieutenant-général de Champagne et de Brie, capitaine général des toiles de chasse, tentes et pavillons du Roi et de l'équipage du sanglier (5), et d'Honorée de Joyeuse (6).
La famille Hennequin, d'origine flamande ou plutôt artésienne , et fixée en Champagne depuis 1309 au moins (7), pourrait très bien être issue des anciens comtes

1 Voir à l'appendice LXXX.
2 Manuscrits de Vernimmen de Vinckhof.
3 Lachesnaye-Desbois, t. vu, col. 540.
4 Idem.
5 Lachesnaye-Desbois, t. x, col. 543. Cette dernière charge était dans la famille Hennequin depuis 1642.
6 Dans le t. VII, col. 540, Lachesnaye-Desbois donne ainsi les qualifications féodales du marquis d'Ecquevilly : « Augustin-Louis, marquis d'Ecquevilly et de Chamery, seigneur de Famechon, Bonasfe, Morainvilliers».— Le lieutenant-général marquis d'Ecquevilly, frère de la comtesse d'Esterno, vivait encore sous la Restauration et faisait grande figure à cette époque. La « Biographie des hommes vivants », lui consacre un article un peu écourté.
7 « Notes historiques, héraldiques et généalogiques sur la famille de Héniu de Cuvillers», p. 52.—Moreri, édit. de 1732, t. IV, p. 60 ; LachesnayeDesbois, t. x, col. 539.


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de Guines, dont elle semble porter les armes avec une brisure (1). Si ma supposition est fondée, Melle d'Ecquevilly, en contractant cette alliance avec la maison d'Esterno , possesseur de Pitgam, renoua sans s'en douter, les liens de parenté qui, cinq ou six siècles auparavant, avaient uni ses ancêtres avec les châtelains de St-Omer, premiers seigneurs connus de Pitgam.
Le comte Antoine d'Esterno, mestre-de-camp de cavalerie et enseigne de la compagnie de deux cents chevau-légers de la garde ordinaire du Roi (2), fut promu au grade de maréchal-de-camp le 5 décembre 1781 (3). Appelé plus tard aux importantes fonctions de ministre plénipotentiaire de France près la cour de Berlin, titre que l'« Almanach royal » lui donnait encore en 1790 (4), il ne put prendre part aux délibérations de l'Ordre de la noblesse de la Flandre maritime, et son éloignement du pays nous explique pourquoi il ne comparut même point par procureur à la rédaction du cahier des doléances (5). Il ne devait pas d'ailleurs ignorer que la noblesse du Présidial de Bailleul comptait dans son sein l'une des plus honorables individualités de son ordre en France, le prince de Montmorency-Robecq (6), le même qui fut appelé aux Etats-Généraux, où il eut

1 Voir à l'appendice LXXXI.
2 Lachenaye-Desbois, t. vil, col. 540.
3 « Etat militaire de France » pour 1784, p. 99.
4 Cf. « Almanach royal », 1790, p. 152; il figurait déjà à ce titre dans le « Recueil » de 1784, p. 149. D'après les renseignements que je dois à la bienveillance de M. le comte d'Esterno, son petit-fils, il mourut à Berlin en 1790 ou en 1791, et il fut enterré dans cette ville.
5 Son nom manque complètement sur les documents officiels publiés par M. de Coussemaker, Annales du Comité flamand, t. VII.
6 Voir à l'appendice LXXXII.


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pour collègue, représentant la Flandre maritime, le marquis de Harchies (1).
Les liens qui unissaient Pitgam à la maison d'Esterno se brisèrent naturellement à la Révolution; mais, en présence du rôle honorable joué par les descendants de l'ambassadeur, il est de mon devoir de les mentionner ici et de rattacher à notre Flandre maritime la vieille souche comtoise qui y a laissé de bons souvenirs.
Le fils aîné du dernier seigneur de Pitgam, Ange-Philippe-Honoré, comte d'Esterno, né le 10 mars 1770(2), servit pendant quelque temps, mais des motifs de santé le forcèrent à renoncer à la carrière des armes. Marié en premières noces à une demoiselle de Cossé-Brissac, il épousa ensuite Augustine-Louise de Caulaincourt, née le 29 septembre 1774, qui était sœur du duc de Vicence, et qui était alors veuve de Christophe, marquis de Mornay, dont elle avait eu quatre enfants (3). Sous le premier Empire, il fut successivement chambellan de l'Impératrice mère, puis grand-écuyer de la princesse de Lucques et de Piombino. Il fut en outre baron de l'Empire, et sous la Restauration il devint député de l'Aisne (4). Il mourut sans postérité en 1823. Anne-Ferdinand d'Esterno, second fils de l'ambassadeur, né le 12 juin 1771 (5), servit à l'armée de Condé et mourut en 1805, à Dijon, où il avait épousé

1 Voir à l'appendice LXXXIII.
2 Lachesnaye-Desbois, t. vu, col. 540.
3 Lettre de M. le comte d'Esterno, datée de Paris, le 22 juin 1867. — Melle de Caulaincourt était fille de Gabriel-Louis, marquis de Caulincourt, maréchal des camps et armées du Roi en 1788, et de Joséphine-Augustine Barandier de la Chaussée d'Eu, dame d'honneur de la comtesse d'Artois.
4 Idem. Voir à l'appendice LXXXIV.
5 Lachesnaye-Desbois, loco-citato.


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Melle Richard de Montaugé (4). Il n'eut qu'un fils, né en 1805, Ferdinand-Charles-Honoré-Philippe , comte d'Esterno, qui a épousé une demoiselle de Ste-Aulaire, dont il a quatre enfants (2).
Revenons à Pitgam. Les trois quarts de siècle qui nous séparent déjà du grand mouvement de 1789 occupent une place bien minime dans les fastes de la commune. Je ne raconterai pas ici les circonstances à la suite desquelles la paroisse fut agrégée au district de Bergues, qui devint bientôt après l'arrondissement de Dunkerque. Ce sont là des faits qui ppartiennent à l'histoire générale et dont l'exposition deviendrait un hors-d'œuvre dans le présent travail. Pourquoi faut-il, hélas ! qu'il ne me reste guère à mentionner que de pénibles souvenirs ? Heureusement les événements sont déjà loin de nous et les plus vieux habitants en conservent seuls aujourd'hui la mémoire.
En 1793, lorsque les Anglo-Hanovriens faisaient le siége de Bergues, un corps ennemi « s'établit à Pitgam « et y commit de grandes dévastations ; les archives « communales furent pillées et en partie détruites (3). « Un engagement y eut lieu entre ces troupes et une « partie de l'armée française établie sur la rive gauche « de la Colme. Quelques soldats furent tués ou blessés « de part et d'autre » (4).
En 1800, la terrible épizootie qui avait déjà paru


1 Lettre ut supra.
2 Voir à l'appendice LXXXV.
3 II y a cependant à Pitgam des archives plus importantes que dans la plupart de nos communes rurales. J'en recommande tout spécialement l'examen à celui qui, au lieu de faire comme moi une simple étude, voudra tenter un essai historique véritable sur cette intéressante localité. 4 Voir à l'appendice LXXXVI.


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tant de fois dans la commune se montra de nouveau (1). Ce fléau fut bientôt suivi de l'ouragan du 20 brumaire an XI, dont les ravages furent épouvantables (2).
« Les inondations tendues en 1814 pour la défense « des places de Bergues et de Dunkerque firent éprouver de grands dégâts aux habitants de Pitgam. La même année, ils eurent à supporter les charges du « séjour des troupes prussiennes (3). »
Le longue paix dont le pays a joui depuis cette époque néfaste est venue réparer bien des maux en apparence irréparables, et je n'ai plus à signaler pour Pitgam qu'une prospérité toujours croissante. L'établissement d'un bon système de viabilité et le complet dessèchement des terres basses ont beaucoup contribué à amener cet heureux état des choses. Puisse-t-il s'améliorer encore et récompenser le labeur incessant d'une population honnête, intelligente et courageuse, comme le sont du reste toutes celles de la Flandre maritime !


1 «Annuaire » du département du Nord, Paris, 1835, p. 64.
2 Idem.
3 Idem.
(Comme épilogue à cette première partie de mon travail, je dois accorder ici quelques mots de souvenir à un enfant de la paroisse de Pitgam, Martin-Liévin Palmaert, né le 11 novembre 1757. Il était curé de Mardyck, alors l'une des plus petites cures du diocèse de St Omer, lorsqu'il fut, tout jeune encore, choisi pour représenter le clergé de la Flandre maritime aux Etats-Généraux (en remplacement sans doute de l'un des membres élus dans les premières assemblées de Bailleul; voir Annales du Comité flamand, t. VII). Après s'être honorablement acquitté de cette délicate mission et être rentré dans sa paroisse, l'abbé Palmaert dut-bientôt prendre le chemin de l'exil. Au Concordat il fut nommé curé-doyen de Bourbourg. Il passa ensuite au décanat de St-Vaast, à Bailleul, puis à celui de St-Jean-Baptiste, à Dunkerque, d'où il fut définitivement transféré à la cure de St-Eloi, dans la même ville. Il était depuis longtemps revêtu de la charge d'archiprètre quand il mourut dans la nuit du 20 au 21 décembre 1813, laissant après lui une mémoire sans tache et le souvenir d'une longue vie passée dans la pratique des plus hautes vertus).


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APPENDICE
(NOTES ET EXCURSUS).

I
La question, si controversée, desMorins et des Ménapiens, m'avait fait hésiter entre les deux attributions ; mais, après sérieuse réflexion, j'ai fini par adopter la seconde. Selon moi, il ne s'agit que de s'entendre sur la valeur linguistique des termes : Morins devait désigner d'une facon générique les habitants des marécages du Littus Saxonicum, de quelle race qu'ils fussent (n'appelle-t-on pas encore aujourd'hui Paludiers les habitants des marais salants de l'ouest de la France, tout comme on applique le titre de Néerlandais aux habitants des Pays-Bas sans tenir compte de leur diversité d'origine), tandis que Ménapiens déterminait plus spécialement la race qui se subdivisait à son tour en un grand nombre de peuplades dont le nom a, comme on le sait, varié beaucoup sous la plume des écrivains latins et grecs. Ceux-ci, totalement étrangers aux idiômes septentrionaux, n'écrivant d'ailleurs pour la plupart que d'après des données insuffisantes, ont été plus d'une fois exposés à prendre le Pirée pour un homme. Quand bien même on arriverait à contester l'origine germanique du nom des Morins, et à les dire frères des Armoricains, c'est-à-dire des peuplades d'origine gauloise, mon explication n'en resterait pas moins irréprochable. Le nom de Morins demeurerait le qualificatif générique destiné à désigner les différentes tribus de cette portion du littoral, qui, tout comme les Armoricains, se subdivisaient en une infinité de nations dont les antiquaires ont aujourd'hui déterminé nettement la situation géographique.

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II.
Helsoca (Eecke, arrondissement d'Hazebrouck) dans le Mempiscus (Vita S. Wulmari, apud «Historiens de France», t. III, p. 625, dans Wastelain); «Leodringas mansiones infra Mempisco » (Chartularium Sithiense, édit. Guérard, p. 49, ad annum 723); « Strasela in pago Mempisco » (Malbrancq, t. I, p. 599 et suiv., ad annum xxxv Caroli regis); « Ecclesiam in Mempiso sitam, Hicclesbeke nuncupatam» (Chartularium supradictum, p. 95, ad annum 855) ; « Casletum in pago Mempisco » (Charta Roberti Frisionis, 1085, apud Miraeum, t. II, p. 1137) ; «locum qui dicitur Osclarum in pago Mempisco » (Lettres de Jean, évêque de Thérouane, 1115). A propos de cette paroisse d'Oxelaere, il est bon de remarquer que quelques années plus tard, en 1139, le pape Innocent ne la désigne plus que sous le nom de « Osclara in parrochia Teruanense » (vide Chartularium Sithiense, p. 231 et 312). — Ce que dit le P. Wastelain (« Description de la Gaule Belgique », Lille, 1761, p. 414-415) à propos des limites du « Pagus Mempiscus » est assez embrouillé.
Le savant éditeur du « Chartularium Sithiense » ne s'est pas aperçu que le chroniqueur Folquin, trompé lui-même aussi sans doute par une copie antérieure vicieuse, avait commis dans le diplôme de 723 une transposition étrange qui rend le texte presque incompréhensible pour l'homme même le plus versé dans l'étude de la topographie ancienne du pays. Au lieu de lire avec lui : « Vendidi..... tradidi....« infra Mempisco Leodringas mansiones seu Belrinio super fluvio Quantia, sitas in pago Taruenense, cum adjacentiis suis quae sunt in Pago Pontivo, in loco nuncupante Monte, super fluvio Alteia », il devait nécessairement construire : « Vendidi... tradidi, infra Mempisco Leodringas mansiones » (Ledringhem, arr.de Dunkerque) «sitas in pago Taruenense, seu Belrinio» (Beaurains-sur-Canche) super fluvio Quantia cum adjacentiis suis qua e sunt in pago Pontivo, in loco

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« nuncupante Monte super fluvio Alteia ». Ce qui achève de dérouter le lecteur, c'est que l'« Index generalis » joint au travail de M. Guérard, place sans observation « Leodringse mansiones » et « Hicclesbeke » sur la Canche, « super Quantia », c'est-à-dire sur la lisière voisine du Ponthieu, alors qu'il est établi de la manière la plus péremptoire par tous les hagiographes que St Folquin est mort à Esquelbecq (Flandrice Ekelsbeke), dans l'arrondissement de Dunkerque, et alors que le Dictionnaire géographique annexé au « Chartularium Sithiense » interprète « Leodringae mansiones » par Lederzeele, commettant ainsi à son tour une nouvelle erreur. Je crois me rappeler qu'un autre ouvrage tout aussi important commet une bévue non moins étrange en interprétant Ekelsbeke par le nom d'une paroisse du Brabant.
M. H. de Laplane, dans les notes topographiques et rectificatives qu'il a placées à la suite de ses « Abbés de St Bertin » ne fait pas les remarques que j'émets ici ; toutefois, il modifie les interprétations géographiques qu'il avait tirées précédemment du diplôme de l'évêque Erkembode, et il traduit comme moi « Leodringae mansiones » par Ledringhem , et « Belrinio » par Beaurains-sur-Canche. L'opinion du savant et consciencieux historien du monastère bertinien vient donc ainsi tacitement confirmer la mienne au sujet de Folquin le chroniqueur.

III.
Rubrique II, art. 1er: «Men vseert bouen de Sondaghenen Heylighe daeghen, oock geen arrest te doene vp St Folquins dach, patroon deser Kercke ». Voyez «Costvmen der Stede, Casselrye ende Vassalryen van Berghen Ste Winnocx », Ghendt, 1617, in-4°, blzd 236. — Le « Grand Coutumier de Flandre » de Legrand (3 vol. in-fol.), nous donne, tome II, la traduction de l'article qui m'intéresse.
M. L. De Baecker, dans ses « Flamands de France », a, de

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son côté, cru devoir comprendre qu'« il était défendu d'arrêter les hommes de flef les jours fériés et à la fête de « St-Folquin, patron de l'église»; sa version me semble moins précise que celle de Legrand. — Cet usage pieux s'est en partie conservé de nos jours, et les habitants de Pitgam regardent généralement encore aujourd'hui la fête de St Folquin comme un jour férié pendant lequel ils doivent s'abstenir de tout travail. (Communication verbale de mon honorable confrère et ami M. Houvenaghel, curé de Pitgam.)

IV.
Et non par Teteghem; voir Annales du Comité flamand, t. IV, p. 293. — L'erreur vient évidemment du scribe ou du notaire chargé de confectionner le titre original ; il aura été trompé par la consonnance Piticham et Tidecham. Celui qui a composé le cartulaire n'eût pas manqué d'écrire Piticham s'il avait eu ce nom sous les yeux, car l'abbaye étant beaucoup plus voisine de Pitgam que de Teteghem, il se fût bien gardé de faire une semblable confusion. Il suffira au lecteur impartial d'examiner la carte un seul instant pour qu'il se range à mon avis. Ce qui achève de démontrer que l'erreur provient de l'original, c'est que tous ceux qui se sont occupés de ce diplôme commettent la même erreur. Miraeus, qui reproduit la bulle in extenso, écrit Tidecham dans ses « Opera Diplomatica », t. IV, p. 189-190, et me fournit l'occasion de reproduire ici le passage incriminé : « Terram inter Drincham (arrondissement de Dunkerque), Tidecham et « Pandgata» (section de la commune de Bollezeele, arrondissement de Dunkerque) «etpaludem septentrionalem sitam». Les trois communes sont contiguës (1).

1 L'erreur de consonnance s'explique d'autant mieux que l'abbaye de Bourbourg possédait effectivement certains revenus à Tidecham (Teteghem), cf. entre autres, «Inventaire analytique de la Chambre des comptes «, t.1, p. 23

V.
Lettre du 3 septembre 1865.—Je dois à l'obligeante amitié de M. J.-J. Carlier l'indication de plusieurs faits rappelés dans le présent travail.— On sait qu'il y a en Belgique, dans la Flandre occidentale, la commune de Pitthem, patrie du savant et bien regretté chanoine Carton. Pitthem, ainsi que je le dis dans le texte, doit nécessairement avoir la même racine que Pitgam, et cette opinion me paraît d'autant plus fondée que, selon M. L. De Baecker («Nibelungen», p. 124) de vieux titres désignent Pithem par Pittghem.

VI.
Les deux premières races de nos rois, les Mérovingien et les Karolingiens, subirent elles-mêmes cette loi grammaticale qui semble avoir été générale chez les peuples d'origine germanique, puisque le nom des premiers semble devoir s'interprêter « par fils de Meruu » (Mérovée, appelé Merwig par certains auteurs qui ont tenu à passer pour versés dans la science des étymologies), et que les seconds ne sont en définitive que les «fils de Karl». Il est facile d'éliminer les interpolations que les Gallo-Romains et les écrivains des premiers siècles du moyen-âge ont fait subir à ces noms, et de leur restituer leur véritable physionomie. Par une légère déviation de ce phénomène linguistique, ne voyons-nous pas dans notre Flandre qualifier encore aujourd'hui les Yprois, les Brugeois, etc., de Yperlingen, Bruggelingen, bien que les noms des villes de Bruges et d'Ypres se rattachent à une autre formation grammaticale.

VII.
Un des hommes les plus versés dans la connaissance de nos antiquités et à qui les études philologiques sont particulièrement familières, M. Louis De Baecker, auteur sagace et

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souvent bien inspiré d'un important travail sur les « Nibelungen », a vu dans Drincham (p. 113 de l'ouvrage en question) un lieu où l'on boit, une hôtellerie peut-être, ou bien une résidence dans un lieu aquatique, de drinck, boire, et de « gham ».
Tout en rendant hommage à l'ingénieuse érudition dont M. De Baecker a fait preuve dans cette partie de son livre, je crois pouvoir affirmer que s'il avait connu la forme primitive, Dagmaringahem, il n'aurait pas hésité à préférer mon interprétation à la sienne. En effet, Dagmar, Tancmar, etc., sont les variantes d'un nom propre qui se retrouve dans tous les idiômes septentrionaux, chez les Scandinaves comme parmi les populations saxonnes de nos rivages (Littus Saxonicuni), et pour n'en citer qu'un exemple, je rappellerai que ce vocable se trouve être celui du châtelain de Bourbourg assassiné dans l'église St-Donat, à Bruges, avec le comte de Flandre, Charles de Danemarck, dit le Bon ou le Bienheureux, tout comme, par un rapprochement singulier, il est celui de la princesse de Danemarck future impératrice de Russie. M. Mahieu a dit quelques mots au sujet de cette étymologie, dans le Bulletin du Comité flamand, t. IV.

VIII.
Inga est le génitif pluriel de la finale patronymique saxonne et anglo-saxonne ing, qui veut dire fils ou descendant. Fôrstemann ne semble pas accepter cette explication des noms en ingahem, ingazeele, ingarode, ingahus, etc., dans son curieux ouvrage sur les noms germaniques de lieux (« Die cleutschen Ortsnamen », Nordhausen, 1863, p. 178); sa définition, à l'appui de laquelle il cite précisément comme exemple le nom de Dagmaringahem, que j'avais choisi moi-même avant de connaître son travail, n'est pas d'accord avec la mienne : « Mir ist jetzt Dagmaringahem nicht mehr die Wohnung der Nachkommen eines Dagmar, sondern so zu sagen eine Dagmarische Wohnung ». Malgré l'autorité de

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ce linguiste habile autant qu'ingénieux, je crois, jusqu'à plus ample informé, devoir maintenir mon interprétation.

IX.
M. le chanoine De Smet ne tient pas compte de la suffixe originale, et, ne prenant pour point de départ que la forme actuelle du nom, il arrive nécessairement à un résultat incomplet, puisque, pour lui, Peteghem ne, serait que le similaire du haut-allemand Petersheim (demeure de Pierre) et de l'anglaisPeterborough. Ces deux derniers noms, auxquels il aurait pu ajouter l'allemand Petersburg, sans cesser d'être conséquent avec son système, sont cependant bien distincts et indépendants l'un de l'autre, tant par leur origine que par leur valeur ; mais ce n'est pas le moment de discuter cette délicate question qui se rattache aussi bien aux plus anciens usages féodaux et à nos mœurs primitives qu'à la linguistique proprement dite. Rappelons seulement la distance qui sépare le burg du hem, et restons-en là.

X.
On n'aura pas oublié le Saxon Copin (Jacques) Peyt, sur lequel j'ai publié une pièce inédite dans le Bulletin du Comité flamand (cf., t. II, documents pour servir à l'histoire de la chrétienté de Dunkerque), et que M. L. De Baecker (« Chants historiques de la Flandre », Lille, 1855, p. 174) pense être l'un des chefs du mouvement populaire ridiculisés dans la chanson des Kerles, J'aurai occasion de parler dans une note subséquente des guerres de race si persistantes parmi les populations de notre pays.

XI.
Les emplacements des anciennes enceintes fortifiées sont très communs dans la Flandre maritime, mais on ne les distingue qu'assez difficilement quand l'on n'a pas fait au préalabie page238
certaines études topographiques, et que l'on n'est pas au courant du mode suivi dans le pays pour les fortifications au moyen âge. Pour ma part, j'en ai reconnu un certain nombre aux environs de Cassel et, si mes loisirs me le permettent, je compte faire un jour un travail à ce sujet. Je crois utile de faire remarquer au lecteur que toute trace de bâtisse ayant aujourd'hui disparu , c'est la configuration seule du terrain que l'on doit interroger pour obtenir des indications.

XII.
M. C. de l'Hervillers, « la Picardie », revue littéraire, 1858, p. 498 et 499. — « Dans un manuscrit du Xe siècle, « dit d'Heldric, on trouve le tableau de l'attaque d'une motte circulaireolim n° 62.) Si je ne craignais une trop longue digression, je reproduirais, en regard des renseignements qui précèdent, la description du château de Merckem (Flandre occidentale, Belgique) telle qu'elle se trouve dans le VIe chapitre de la vie du B. Jean de Warnêton, évêque de Thérouane. Il me suffira de renvoyer le lecteur soit au texte des Bollandistes, soit même à la « Biographie des hommes remarquables de la Flandre occidentale» où le passage saillant figure in extenso (cf. le dernier ouvrage, t. IV, p. 50 et suiv., Bruges, 1849).
Je n'ai pas encore réussi à retrouver l'emplacement du burg

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de Pitgam, quoique j'aie reconnu, dans la paroisse et non loin du centre du village, une grande motte que l'on aperçoit de la route en venant de Crochte. La tradition locale y voit l'emplacement d'une maison de l'ordre du Temple, qui compta la famille de St-Omer au nombre de ses fondateurs.

XIII.
La cour féodale du Perron de Bergues appartenait au comte de Flandre ; elle ne dut à l'origine ressortir qu'au souverain personnellement, mais plus tard elle ressortit par appel au conseil de Flandre, à ce que nous apprend Beaucourt de Noortvelde, dans ses « Beschryvinge der Heerlyckhede ende Lande vanden Proosschen» (Bruges, 1764). Cette juridiction, purement féodale, ne doit être confondue, ni avec les juridictions civiles et criminelles qui appartenaient à la châtellenie et à la de ville Bergues, et qui furent réunies plus tard en une seule et même institution, ni moins encore avec celle qui appartenait au châtelain ou vicomte de Bergues personnellement. Cet officier lui-même qui, dans sa seigneurie particulière, possédait, à ce que je crois, le droit de haute justice ou tout au moins de justice vicomtière, était féodalement soumis à la cour du Perron, dont il avait d'abord été le chef en sa qualité de représentant du souverain, et dont, après l'institution des Baillis, il n'était resté qu'un des principaux vassaux. La cour féodale du Perron (« Princelicke Leenhove ende Steen ») avait sa coutume particulière dont la dernière révision eut lieu à l'époque du règne des Archiducs.

XIV.
Les sept terres qualifiées vassales de la châtellenie de Bergues ne relevaient guère pour la plupart en réalité de cette administration que pour les appels en matière de justice civile et criminelle, et pour la quôte part qu'elles avaient à supporter dans la répartition de l'impôt. Ces terres étaient:

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la Prévôté de St-Donat, qui s'étendait dans plusieurs paroisses ; Pitgam, Ekelsbeke, Ledringhem, Houtkerke, Zuydcoote et Hondschoote.

XV.
« Eckelsbeke onlancx gheerigeert in Baronnie, metgaders de Heerlichede van Ledringhem, es maer een leen ende manschap, ghehouden van t'Graefschap van Valckenberghe, in Artois, ende staet alleenelick ten vollen verliefve van thien ponden parisis t'elcken veranderynghen, wesende nochtans twee distincte vassaelen hebbende zyne Banck van Schepenen en Ceurheers, te weten Eeckelsbeke zeven en Ledringhem zesse, alle beeden onder eenen Bailliu......» (« Particuliere costumen van Eeckelsbeke en van Ledrynghem », Rubrica i, 1te artikel.)

XVI.
Ce fait, qui ne devait donner lieu à aucune erreur, a été mal compris par la plupart des historiens: ils ont pris la partie pour le tout. (Voir entre autres : Doudegherst, édit. Lesbroussart ; Malbrancq, son copiste ; Sanderus, etc.)
Bauduin d'Avesnes, qui écrivait précisément à l'époque de cette cession — il mourut en 1289 — et qui, en sa qualité de frère utérin du comte de Flandre Gui de Dampierre, possédait à cet égard les meilleurs éléments d'information, avait cependant eu soin de faire la distinction et de dire « Castellaniam S. Audomari pro parte quae jacet in Flandria ». Mais il y a mieux que cela, il y a les actes eux-mêmes dont des diplomatistes ont publié l'analyse. Les « Monuments anciens » du comte Joseph de St-Genois, que je n'ai pas réussi à consulter personnellement, contiennent, t.1, p. 719, à ce que nous apprend M. Gheldolf (« Histoire de Flandre », t. V, p. 242) une charte donnée à ce sujet, en octobre 1284, par Gauthier de Reninghe, qui, en février 1286 v. s., aliéna définitivement au profit du comte Gui tout

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ce qui restait de la partie flamande de l'office du châtelain de St-Omer, Moerbeke excepté. On peut Voir dans le même M. Gheldolf (loco citato, d'après St-Genois, t.1, p. 743) et dans Prudens Van Duyse (« Inventaire des chartes de Gand », p. 49), la substance de ce dernier document. Les droits du châtelain étant moins importants qu'on ne le supposerait au premier abord, il y a tout lieu de penser que des aliénations avaient déjà été faites antérieurement. D'après une note que l'on m'a remise, il résulterait d'une autre charte, brièvement analysée dans les « Monuments anciens », que le seigneur de Moerbeke aurait également vendu au même comte de Flandre l'hommage du châtelain de Bailleul (1). Les châtelains de Bailleul étaient donc à certains égards féodalement soumis à ceux de St-Omer ou à leur ayant-droit, Gauthier de Reninghe, sire de Moerbeke. Ce que dit à ce sujet un ancien auteur, très utile à consulter bien qu'il manque essentiellement d'ordre et de critique (Philippe de l'Espinoy, « Recherche des antiquitez et noblesse de Flandre », p. 148 et 231), n'offre pas de détails suffisants, et les recherches de M. Gheldolf (ouvrage cité, t. v, p. 296) n'ont eu ici, pour ce savant investigateur de nos anciennes institutions, d'autre résultat que des conjectures. Il est regrettable que la requête présentée en 1729, par le Magistrat de Bailleul au Conseil de Flandre (cf. BulLetin du Comité flamand, 1.i, p. 391) ne m'ait pas fourni les éléments nécessaires pour vider d'une manière définitive cette intéressante question.

XVII.
Dans un travail spécialement consacré à cette illustre maison.
Il y avait à St-Omer une famille Petquam, qui était originaire du Hautpont, faubourg de cette ville. L'un de ses membres
1 Voir aussi le Bulletin du Comité flamand, t. i, p. 89.

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fut abbé de Clairmarais de 1670 à 1688 (cf. un article de M. Edm. Liot de Nortbecourt, dans le « Bulletin » de la Société des antiquaires de la Morinie, t. 1, p. 254; voyez aussi M. H. de Laplane, « l'Abbaye de Clairmarais », t. 1, seul paru, p. 146). Le double rapprochement qui se produit entre St-Omer, lieu d'origine de cette famille , et Petquam, nom qu'elle porte, ne permettrait-il pas de supposer que c'est une branche, devenue roturière, de la maison des célèbres châtelains. On sait que le fait de grandes familles tombées en roture s'est présenté bien souvent sur notre terre de Flandre.

XVIII.
Il en est qui disent que Guillaume IV, châtelain de St-Omer, épousa Mathilde d'Avesnes. Si le texte même de Bauduin d'Avesnes ne suffisait pas à prouver que cette Dame se nommait Ide, l'acte ci-après confirmerait définitivement mon assertion. A la suite d'une charte donnée aux habitants de Prisches par Nicolas, seigneur d'Avesnes, en l'an 1158, on lit cet octroi, qui n'est point daté :
« Accord. — Je Willammes,-par la grâce de Dieu, castelaine de St-Aumer, et Yde, ma femme, donnons et octroyons aux hommes de Prices che que Nicolas, sire de Avesnes, « et Mahaulx, sa femme, et Jacques, leur fieulx, ont donné « et octroyet aux hommes devant dis en sieur que toult l'amendement de la ville de Priches, par notre assentement et par le leur et ly hoirs Wuillaume et Ide loera et jura les droits devant dis et ensement ly hôme devandit de Priches le jueront des après. — Nous ottons du toult en toult le camp de bataille à Prises fors cle traysons et de meurdre. — Se aulcun clame sur aucun cathel, il le prou«vera par sa main seule et ly autre se deffendera par la tierche main, et se il ne le voelt deffendre, il rendra la debte. — Et apres de ly sire de la ville se plaint d'aulcun «cathel le serghant du seigneur qui sera garde de la ville

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juera pour li seigneur, et ly bourghois de deffendre par la «tierche main, et se il ne se voelt deffendre par serment et ainsi comme il rendra la debte. — En tesmoing desquelles choses : Barthemeus Lenneux, maire de Laon ; Raouls ly «Escripvers, Ghuys fils Robert, Aubers ly Petit, Aubers de Semilly, Haismés de Chainselle, Clarambaulx Destuettes, Hues de Versigny, Jacques Dragon, Cambrelin, Bauduin de Damery, Gérard Li Viaux, Oendes Ly Celliers...» (Transcrit sur une copie informe.) — Communication obligeante de M. Michaux aîné, d'Avesnes, en date du 22 janvier 1861.
La terre de Prisches, éclisse de la pairie d'Avesnes, faisait partie de l'apanage d'Ide, femme de Guillaume IV, châtelain de St-Omer. Un de leurs fils, Jacques, qui passa en Grèce où il partagea la haute fortune de son frère Nicolas, semble avoir été seigneur de Prisches, car on lit dans un ancien inventaire des archives de l'abbaye de Liessies (ms. de la Bibliothèque royale de Bruxelles, n° 7437) : « Jacobus de Sancto Audomaro de xl° solidis alborum ad theloneum de Pericis, in festo Beati Martini accipiendis. — Actum anno «MCCXIX».
Il résulte du testament de Jean de Chastillon, comte de Blois et seigneur d'Avesnes, daté de l'année 1268, et rapporté par André Du Chesne (« Histoire de la maison de Chastillon », preuves, p. 58 et 59), que Prisches était alors rattaché et réuni à la terre et pairie d'Avesnes : « .... Après, « à la meson Dieu de Prisches par le sostenement des poures, cent souz de rente à prendre et à recevoir en mes bourgeoisies de Friches.... » (Les renseignements qui précèdent sont également dus à M. Michaux aîné dont l'érudition égale la parfaite bienveillance.) Comme ce lieu sortit de bonne heure de la famille de St-Omer, et qu'il ne semble pas avoir appartenu à Guillaume VI, il est probable que Jacques de St-Omer, avant de se fixer définitivement en Orient, vendit son domaine de Prisches au seigneur d'Avesnes, son suzerain.

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Prisches est aujourd'hui une commune du canton de Landrecies.

XIX.
Guillaume V était mort en 1246, suivant Gaspard Jonghelinus, dans son livre intitulé « Notitia abbatiarvm ordinis cisterciensis », Cologne, 1640, in-fol. Cet auteur, qui, sous le titre de «Monumenta qvaedam benefactorvm Claromarisci », parle beaucoup des châtelains de St-Omer, sur lesquels il donne des renseignements curieux, ne doit toutefois être consulté qu'avec la plus grande précaution, car il contient de grosses erreurs, spécialement en ce qui concerne Guillaume V, qu'il dédouble en le faisant mourir une première fois à Bouvines, puis une seconde fois en 1246. Il le confond à certains égards avec Guillaume IV. Je regrette néanmoins que son ouvrage n'ait pas été connu d'Alexandre Hermand : avec ce sens droit, avec cet esprit judicieux et cette intuition qui lui ont valu tant de découvertes intéressantes, l'éminent érudit audomarois n'eût pas manqué de profiter largement des travaux de Jonghelinus tout en rectifiant les assertions erronées de son devancier.

XX.
Bauduin d'Avesnes, «Chronicon», Anvers, 1722, in-fol., p. 48-49; cf. aussi J.-A. Buchon, « BiBAiON THZ KOYKEZTAZ», Paris, 1845, p. 499, dans les extraits qu'il donne, une chronique française inédite attribuée, par M. Paulin Paris, à Bauduin d'Avesnes. Deneuville, qui n'a point connu le chroniqueur hennuyer, omet le seigneur de Pitgam dans sa chronologie des châtelains de St-Omer, dont une copie m'a été fournie de la façon la plus obligeante par M. Amédée de Gpurnay, propriétaire des manuscrits du curé audomarois.

XXI.
Plusieurs seigneurs, W., châtelain de St-Omer, W., son

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frère, Arnould de Landast, sire de Aines (Heyne), Hugues, châtelain de Gand, Arnould, sire de Mortagne, Guillaume de Maldeghem, Gérard de Gand, et Gérard de Rhodes, chevaliers, s'exprimaient en ces termes :
« Notum facimus, etc., quod nos promisimus et super sa crosancta juravimus, quod nos illum, de liberis carissimse Dominse nostrse Margaretse comitissse Flandrise et Hainonise, post decessum ejusdem Dominse comitissae vel jam et in vita sua si DominusRex Francise et dicta Domina requi sierint, recipiemus in Dominum et tanquam Domino nostro « obediemus et fideliter adhserebimus ei, qui, per dictum sive « per ordinationem ejusdem Domini Regis et Reverendi Patris Domini Odonis, Episcopi Tusculanensis, Apostolics e « Sedis Legati, vel nobilis viri R. comitis Atrebatensis, si « eumdem Dominum Legatum dicto, sive ordinationem prse« dictse faciendse contigerit non adesse, nobis fuerit in Domi« num assignatus secundum formam compromissionis factse « in ipsos.... Datum anno Domini MCCXLV, mense martio. » (Cf. Vredius, «Généalogie des comtes de Flandres», preuves, 1te partie, p. 29, d'après les « Archives du Roy de France », layette I, Tit. Fland., sac 5, n° 14.)
Je crois devoir faire remarquer que parmi les signataires de cette charte, qui sont vraisemblablement tous indiqués par de Vrée, on ne voit pas figurer les principaux feudataires des marches de Flandre du côté de l'Artois : les châtelains de Bergues, de Bourbourg et de Bailleul, les sires d'Haveskerke, de Watten, etc., alors que l'on rencontre parmi eux le châtelain de St-Omer et son frère Guillaume, seigneur de Pitgam. A moins que d'autres actes identiques ne suppléent au silence de celui-ci, il y a là, selon moi, une nouvelle preuve de l'absence d'une délimitation exacte des juridictions féodales entre l'Artois et la Flandre au milieu du XIIIe siècle ; car la parenté qui existait entre les Avesnes et les St-Omer est insuffisante pour expliquer à elle seule la présence des derniers à un acte de cette importance.

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XXII.
Cf. « Histoire sigillaire de la ville de St-Omer », par MM. Alexandre Hermand et L. Deschamps de Pas, 1860, pl. v, fig. 26 et 27. Guillaume VI avait adopté pour brisure de son écu un semis de billettes. Son âge avancé lorsqu'il parvint à l'office de châtelain de St-Omer, contribua sans doute à le déterminer à ne point se faire confectionner un scel équestre. A cette explication, fournie par les savants sigillographes que je viens de citer, l'on peut encore ajouter une autre présomption assez vraisemblable , c'est que Guillaume VI, simple cadet de famille, qui avait de nombreux neveux, établis en Grèce et fils de ses frères plus âgés, n'avait pas le droit de prendre les armes pleines de sa maison. Ses successeurs dans la châtellenie de St-Omer n'eurent pas les mêmes scrupules; peut-être abandonnèrent-ils leurs relations avec les parents qu'ils avaient en Orient, et finirent-ils par ignorer l'existence de ceux-ci.

XXIII.
Bauduin d'Avesnes, édition citée, p. 49, dit en parlant de la succession de Guillaume VI : « Sine haerede mortuus et ideo devoluta est illa terra tota ad dominam Beatricem soror ejus, uxorem domini Philippi de Aria, eo quod fratres ejus omnes ante geniti jam decesserunt ». Mais il ne s'agit dans cette phrase que de la châtellenie de St-Omer et non pas d'une manière bien claire des autres fiefs de la succession de Guillaume VI; d'ailleurs « sine haerede» ne signifie que « sans héritier» et non «sans progéniture ». Nos anciens auteurs disent en pareille occurrence « sans hoir de son corps » pour bien établir la différence entre les deux expressions. Il me semble que Bauduin d'Avesnes, qui connaissait à fond son droit féodal, eût employé de préférence les mots «signe progenie », «sine prosapia», s'il avait

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entendu constater l'absence d'enfants chez Guillaume VI. Bien que cette observation me paraisse concluante, je la livrerais au lecteur sans insister davantage auprès de lui, si précisément certains ouvrages et, parmi eux tout récemment, le « Bulletin » de la Société des antiquaires de la Morinie, liv. LIX et LX, p. 578, ne faisaient de notre Guillaume VI, qu'ils disent frère de Guillaume IV, la tige de la maison de Piennes. Ce n'est pas le lieu de discuter cette filiation, sur laquelle je n'ai d'ailleurs pas de renseignements suffisants. Je me contenterai de faire remarquer qu'en 1247, Guillaume VI était seigneur de Beaurepaire, ainsi qu'on le voit par l'acte suivant : «Je Willamme, chastelain de St-Omer, fait sçavoir à tous ciaulx que ces lettres verront que je tiens de mon très chiers Jehans de Castillon, comte de Blois et seigneur d'Avesnes, en hommage-lige, Beaurepaire et ses appartenances et 40 livres blancs que j'ai chacun an au wienage d'Avesnes, tot ensy que le ting du Sgr d'Avesnes au vivant Mgr mon frère Willaume, cet arrière (ce dernier ?) chastelain de St-Omer, sans (ou sauf) le vivier de Baar et l'escluse et le moulin. »— « Du mois de décembre MCCXLVII (copie prise sur l'inventaire des titres de la pairie d'Avesnes, par Michaux aîné.) La terre de Beaurepaire passa à la famille de Piennes, d'ou elle échut ensuite, par mariage à la maison d'Halewyn, puis successivement à celle d'Oignies et de Lannoy; mais les généalogistes sont très peu d'accord entre eux sue la manière dont les Piennes en devinrent propriètaires._ Beaurepaire est une commune d'Avesnes-nord. Comme Beaurieu, elle formait une éclisse de la prairie d'Avesnes, et elle avait fait partie de l'apanage d'Ide d' Avesnes femme du cgâtelain de St-Omer Guillaume IV.

XXIV
Ce fut l'absence du droit de représentation dans l'Artois qui empêcha les enfants de Watier de Beaufort, mort en 1212, avant Aléaume, son père, d'hériter des terres de Beaufort et

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de Noyelles-Wyon, lesquelles passèrent à un puîné (cf. M. Goethals, « Dictionnaire généalogique et héraldique », t. 1, verbo Beauffort). Ce fut encore la même disposition de la coutume de la province qui priva Robert d'Artois de l'héritage de ses ancêtres, et qui fit passer l'Artois à la comtesse Mahaut. On pourrait, sans amener la solution de ce petit problème historique, multiplier les exemples et les citations.
Le même fait existait également en Flandre, et ce fut en se basant également sur la coutume que Robert de Cassel prélendit être envoyé en possession du comté à la mort de Robert de Béthune (cf. Galland, p. 256) ; mais n'est-il pas néanmoins vraisemblable que les petits-enfants que je suppose à Guillaume VI durent avoir une part quelconque dans la succession de leur aïeul.
A moins que le mot n'ait ici la valeur de cadet de famille ou d'éctiyer qu'il présente parfois, Colinus de St-Omer prenant en 1252 la qualification de domicellus de Pitgam, devait être précisément un jouvencel (un juveigneur, ainsi que l'on disait dans certaines provinces de la France, comme la Bretagne ; en flamand, een joncheer, terme dont la signification s'altéra promptement au point de devenir, chez nous de même qu'en Allemagne, le synonyme de hobereau), tel est qu'il permis de se figurer le petit-fils de Guillaume VI, en un mot un damoisel trop jeune pour prétendre au titre de Dominus.
On sait que les St-Omer établis dans la « Princée » de Morée et dans les états du duc d'Athènes étaient de très grands seigneurs; il est par conséquent difficile d'admettre que les fiers vassaux de la famille Ville-Hardouin aient jamais songé à venir, de contrées aussi lointaines, réclamer en Flandre et en Artois des domaines dont le nom même n'avait peut-être pas pénétré jusqu'à eux; et il ne me paraît donc pas permis de penser que le Colinus de St-Omer, Domicellus de Pitgam, ait été le même que le puissant chevalier dont il est fait mention au BIBAION Thz KOYKE2TA2, le

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même enfin que Nicolas de St-Omer, sire de Thèbes, bail de la princée de Morée et, fondateur de la ville de Navarin. Ce Nicolas, qui, en premières noces, avait épousé la princesse Marie d'Antioche, fille de Bohémond, se remaria à Anne Gomnène, sœur de Nicéphore, despote d'Arta, et veuve de Guillaume de Ville-Hardouin. Il était petit-neveu de Guillaume V et de Guillaume VI, puisqu'il était fils de la Dame de Thèbes et de Bêlas de St-Omer, fils lui-même d'un autre Nicolas, frère de ces deux châtelains. Buchon, qui a voulu établir une courte généalogie de la maison de St-Omer, ne s'en est pas tiré d'une manière satisfaisante.

XXV.
Annales du Comité flamand de France, t. v, p. 333. — La filiation des feudataires de la Flandre maritime ne peut être que difficilement établie. Ainsi, en ce qui concerne la maison de St-Omer, il m'est impossible de concilier entre eux deux écrivains qui devraient nécessairement faire autorité, et qui ne vivaient pas à une époque très éloignée l'un de l'autre : Bauduin d'Avesnes et Lambert d'Ardres. Si le premier, fils de Marguerite de Constantinople, et issu d'une famille alliée d'ancienne date à la maison de St-Omer, avait, par sa haute position dans le monde féodal, l'avantage de posséder des informations plus générales, le second, plus rapproché du théâtre des événements formant l'objet de ses récits, pouvait, de son côté, recueillir des données généalogiques plus précises. Les diplômes viennent aussi, parfois, contrarier les assertions du chroniqueur hennuyer. Quel serait, pour ne citer qu'un exemple, le seigneur de Bruet (pour Bruec, Broucke) et de Brekin, qui, au dire de Bauduin d'Avesnes, aurait épousé une petite-nièce de Guillaume VI, seigneur lui-même de Berquin ? Je sais qu'en 1555, la seigneurie de Broucke, an'ea Bruec, située en Berkin (VieuxBerquin, arr. d'Hazebrouck), appartenait à Cornil de Gramez, sire de Winghene, causa uxoris Adrienne de Berkin page250
(acte de 1555, en copie ancienne, dans les archives du Comité flamand, carton M, n°29), et qu'il y avait, au reste, une famille de Berkin sur laquelle j'ai recueilli un certain nombre de notes qu'il est inutile de détailler ici. Quel était l'estoc de cette maison, quel serait celui de Jean van Berkyn, l'un des habitants de Pitgam tués à la bataille de Cassel en 1328 ? Ce dernier serait-il un descendant par bâtardise de Guillaume VI ou de Colinus de St-Omer? Dans tous les cas, il semble devoir se rattacher d'une façon plus ou moins directe à la maison des célèbres châtelains.

XXVI.
Ce sont les patientes et si consciencieuses investigations d'Alex. Hermand qui, pour la première fois, ont constaté l'existence de huit châtelains de St-Omer du nom de Guillaume. (Cf. la notice publiée par ce savant sur les dalles gravées de la cathédrale de St-Omer.) Tous les auteurs qui s'étaient précédemment occupés des châtelains de St-Omer, avaient plus ou moins erré, et beaucoup de ceux qui ont eu depuis à traiter incidemment le même sujet, auraient dû consulter les publications de ce laborieux et trop modeste érudit. Ceux qui ont écrit après lui sur la maison de St-Omer ne semblent malheureusement pas avoir tenu compte de ses excellents travaux.

XXVII.
La maison de Beaumetz, qui posséda l'office héréditaire de châtelain de Bapaume, était seigneur de Beaumetz-lez-Cambrai, sous la mouvance du bailliage de Bapaume (cf. Bultel, « Notice sur l'état ancien et moderne de la province « d'Artois », p. 338, Paris, 1748). Sa généalogie se trouve dans différents auteurs, tels que Carpentier et Lachesnaye-Desbois, qui ne sont pas du tout d'accord avec Dom Caffiaux («Trésor généalogique», t. i, p. 697 et suiv.). Quoi qu'il en soit,

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je pense qu'il s'agit ici de Robert de Beaumetz, qualifié par Lachesnaye-Desbois, « seigneur et châtelain de Beau«metz et de Bapaume », dont le fils aîné, Gilles, à son tour châtelain et seigneur desdits lieux, aurait été le fiancé d'Aliénor de St-Omer. Selon le dernier auteur et Carpentier, ce Gilles de Beaumetz épousa Ide d'Escayencourt, qui était fille de N.... et d'Isabeau, Dame de Croisilles, et qui, d'après un acte cité par Dom Caffiaux, prenait le nom d'Ide de Croisilles. Ce mariage, célébré en 1295, n'a pu être connu de Bauduin d'Avesnes, décédé depuis six ans.

XXVIII.
Rasse n'était pas, quoi qu'en disent beaucoup d'auteurs, de l'illustre famille de Gavre, encore si dignement représentée de nos jours par MM. de Liedekerke; il appartenait à une branche de la maison de Montmorency, à la famille de Laval, devenue par mariage possesseur de la terre de Gavre. Il vivait encore en 1348, selon Moreri (édit. de 1732, t. IV, p. 533), qui lui donne le titre de seigneur de Morhent (?), en Flandres, sans ajouter qu'il a été marié. Viton de St-Allais («Nobiliaire universel», t.III, p. 302) est plus explicite, car il ajoute que «Rases» de Laval «eut son partage en Flandre», et qu'il épousa « l'héritière de Fauquembergue », ce qui est exact. Toutefois, Rasse, qui n'était que le second fils de Gui de Montmorency, sire de Laval, de Vitré et d'Acquigny, comte de Caserte au royaume de Naples, et de Béatrix, Dame héritière de Gavre, ne posséda jamais ce dernier fief, contrairement à ce qui est dit dans le « Bulletin » de la Société des antiquaires de la Morinie, liv. LIX et LX, p. 579. La terre de Gavre avait été affectée au frère aîné de Rasse, Gui, sire de Laval et de Vitré. La petite-fille de ce dernier, Anne, Dame de Laval, de Vitré, de Gavre, d'Acquigny, etc., apporta la seigneurie de Gavre à son mari, Jean de Montfort, seigneur de Kergorlai, qui fut substitué au nom et aux armes de Laval, et ce fut, suivant toute apparence, l'arrière-petit-fils

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de Jean- de Montfort, Jean dit de Laval, sire de Chàteaubriant, marié à la belle Françoise de Foix, et mort sans enfants en 1542, qui vendit Gavre en 1530 à Jacques de Luxembourg, seigneur de Fiennes. M. Goethals (« Dictionnaire », verbo Gavre) attribue cependant cette aliénation à François de Laval, père de Jean; mais comme Moreri dit positivement que François était mort en 1503, et que Jean se voyant sans postérité, vendit, aliéna et donna plusieurs de ses terres, je crois devoir prêter à celui-ci la cession de la terre de Gavre. M. l'abbé Robert, dans sa « Notice sur Fauquembergues », p. 30, et Alex.Hermand, dans son «Histoire monétaire d'Artois », disent que Rasse de Gavre portait : de gueules, à trois lions d'argent couronnés d'or; mais cette assertion me semble peu justifiée. Le scel d'Aliénor contient, au contraire, ainsi qu'on peut le voir dans un autre ouvrage d'Alex. Hermand, sur une des planches de l'«Histoire sigillaire de la ville de St-Omer », deux écussons dont l'un, à senestre, est le sien propre, et dont l'autre, qui est placé à dextre et qui est évidemment celui du mari, nous offre la croix du blason des Montmorency. La petitesse de ce scel n'a pas permis au graveur d'y faire figurer les alérions traditionnels de la famille non plus que la brisure distinctive de la branche de Laval.

XXIX.
Suivant une note que je dois à l'amicale bienveillance de M. Desplanque, archiviste du Nord, le dépôt départemental de Lille renferme, au sujet de cette transmission, les documents suivants, que je me propose d'utiliser au § II du présent travail : 1° Lettres (du 20 décembre 1324) des bailli, etc., de Bergues, qui contiennent le déshéritement fait par Eléonore, châtelaine de St-Omer, Dame de Pitgam, etc., du fief de Pitgam tenu de Bergues, en faveur de sa fille Eléonore (copie sur parchemin) ;

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2° Pareilles lettres qui contiennent l'adhéritementdu même fief (copie idem).
Cette mutation avait déjà été signalée par l'« Annuaire » du département du Nord pour 1835, p. 64.

XXX.
Ces souvenirs karolingiens venaient de l'alliance du châtelain de St-Omer Guillaume II avec Mélisende de Pecquigny. Lambert d'Ardres dit : « Hic enim Willelmus.... uxorem pridem duxerat de nobilissima regis Francorum Karoli Magni stirpe et familia progenitam, Ernulphi vice domini de Pinkinio filiam, nomine Millesendam » (Cf. Edit. de M. le marquis de Godefroy-Menilglaise, Paris, MDCCCLV, p. 109).
Ils venaient aussi sans doute du mariage de Baldwyn d'Iserin avec la fille de l'empereur Karl le Chauve. Le comte Baldwyn était fils d'un forestier de Flandre, et une tradition très accréditée quoique fort contestable, ou tout au moins impossible à vérifier, rattachant la maison de St-Omer aux premiers forestiers, il s'en suit que les châtelains se plaçaient naturellement dans le parti des Isengrins.
N'ayant pas étudié les questions si épineuses qui se rattachent au Reinaert de Vos, je ne sais pas s'il y a lieu de chercher dans cette mine féconde, mais encore imparfaitement explorée, l'origine de la querelle d'Isengrim et de Blaeuvoet ; je crois cependant devoir remarquer que le nom du comte Baldwyn a été mal rendu par les chroniqueurs latins et romans. Baldwyn de Iserin, c'est-à-dire Balduinus Isereticus, ou né sur les bords de l'Yser, est devenu, pour les amateurs du merveilleux, si fréquents au moyen âge, Balduinus Ferreus ou Bauduin-au-Bras-do-Fer. Je fais cette observation sans songer à retrouver dans le premier souverain authentique des marches de Flandre (markgraef, marchio, marchisus), l'un des héros du Reinaert de Vos et le patriarche des Isengrins. Beaucoup de choses ont perdu leur physionomie par

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l'inattention des chroniqueurs à conserver aux noms leur forme primitive. Les seigneurs d'Hondschoote tiraient leur nom de la Moëre voisine, et appartenaient à la famille van der Moere : les écrivains du moyen-âge latinisèrent tout cela, et, pour Lambert d'Ardres, Willelm van der Moere, sire d'Hondschoote, devint Willelmus Moranus, que Du Chesne, à son tour, baptisa «Guillaume Moran». — On me pardonnera cette digression.

XXXI.
Dans son « Dictionnaire généalogique », t. IV, M. F.-V. Goethals publie sur la famille t'Serclaes un travail que je me permets de citer comme un modèle du genre : recherches savantes, notes remplies d'érudition, critique historique parfaite, preuves même surabondantes, renseignements biographiques curieux et exacts, autant que complets, rien n'y manque. Cet auteur y développe, à propos de l'origine des dissensions entre la noblesse et les communes du Brabant, une théorie ingénieuse déjà émise au siècle dernier, à propos de la France, par des érudits autorisés. Je me ferais un devoir de reproduire ici son appréciation — ne fût-ce qu'à titre de document, dans une note destinée à l'étude des troubles politiques de la Flandre maritime — car elle présente certaines idées qui sembleraient pouvoir s'appliquer à notre province tout aussi bien qu'au duché voisin, mais le point de vue du savant généalogiste n'étant pas celui auquel je désire me placer, je me contenterai de renvoyer le lecteur au texte original (cf. ouvrage cité, verbo t'Serclaes, notes sur les Cluting), et je me bornerai uniquement à dire que M. Goethals me semble faire la part bien large à l'élément romain dans la grande lutte des communes brabançonnes contre la haute noblesse du duché. Selon moi, la race latine avait, sinon entièrement disparu, du moins été complètement absorbée à l'époque des invasions germaines, normandes et hongroises. Sans doute les Romains avaient subjugué la

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Belgique tout aussi bien que le reste des Gaules ; ils avaient ensuite assuré leur domination au moyen de points stratégiques admirablement choisis, mais ils ne purent jamais s'assimiler complètement nos rudes populations aborigènes, plus sympathiques peut-être aux envahisseurs du Nord qu'elles ne l'avaient été à ceux du Midi.
Qu'on me permette de présenter à mon tour, en ce qui concerne la Flandre, quelques considérations détachées d'un travail plus étendu que j'ai renoncé à publier.
....C'étaient les Saxons de la lisière maritime, «Bergenses, « Broburgenses, Casletenses, Furnenses, Mardicenses», etc., qui, avec Robrecht de Vries (1), avaient triomphé à Cassel de la noblesse flamande d'origine Franke et qui, dans la collégiale de Bruges, avaient assassiné Charles-le-Bon, rival heureux de leur chef avoué, Guillaume de Loo. Les Blaeuvoetins, qui avaient levé l'étendart de la révolte contre les exacteurs de la reine Mahaut, devaient être également de race saxonne tout comme le furent plus tard les compagnons du sire Guillaume de Brouckerke (cf. Guill. Guiart, passim) et le frère lai de Ter Doest, Guillaume de Saeftinghe, héros légendaire de la bataille de Groeninghe. Les vaillantes populations rurales écrasées à Cassel en 1328, sous la pesante chevalerie de Philippe de Valois, étaient encore aussi des Saxons : M. le baron Kervyn de Lettenhove l'a démontré d'une manière irréfutable dans une publication récente (cf. « les Flamings à la bataille de Cassel », dans les « Bulletins » de l'Académie royale de Belgique, II» série, t. XVII, n. 4).
En revanche, l'armée de Richilde, battue avec Philippe I, représentait dans la nationalité flamande alors encore peu homogène, l'élément frank ou devenu tel par assimilation. Celui-ci reparaît en 1126, dans les seigneurs qui vengent la mort du comte Charles et qui se groupent d'abord autour de Guillaume de Normandie, tandis que les Saxons, poussés

1 De Vries le Frison, c'est-à-dire le Saxon, circonstance à remarquer.

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peut-être par une secrète affinité de race qui échappe à mon appréciation, semblent, après l'insuccès des suprêmes tentatives de Guillaume de Loo, se rallier franchement à Thierry d'Alsace, ce qui explique la sympathie toute particulière que le dernier prince témoigne en toute circonstance à ses sujets du littoral (1). Les châtelains de Bergues et de St-Omer, dans leur lutte contre les Blaeuvoetins, obéissent à cette même loi des races que fait peut-être taire pour un instant la grande guerre terminée par la bataille, de Bouvines (2) ; mais

1 Dans sa généalogie de la famille de Gavre , M. Goethals explique le triomphe de Thierry d'Alsace par l'appui du parti populaire : « Thierry d'Alsace était appelé au comté de Flandre par le parti populaire, qui exerçait déjà une immense puissance en Flandre.»—«Enfin parait sur la scène Thierry d'Alsace, et avec lui triomphent définitivement les bourgeois. Bien des seigneurs, autrefois partisans de la féodalité, se glissèrent dans les rangs des communes ; d'autres, plus hardis, se mirent à leur tête. » (« Dictionnaire héraldique, » t.II p. 213 et S15). « Thierry d'Alsace..., protégé par l'empire, s'était rendu à Gand après la mort de Charles-le-Bon ; il profita habilement de la conduite imprudente de Guillaume de Normandie, pour attirer à sa cause tous ceux qui dans cette grande lutte partageaient les haines et les passions du peuple »(cf. même ouvrage, t. IV, p. 454). Je ne saurais adopter à cet égard l'opinion de M. Goelhals, quel que soit mon respect pour sa science ; le peuple du XIIe siècle était lui-même une aristocratie, la petite noblesse, si l'on veut, mais au moins il excluait tout élément servile, et ne comprenant que des hommes libres, il doit être complètement distingué de la plèbe, c'est-à-dire des serfs, qui n'étaient point comptés à cette époque et qui étaient encore très nombreux en Flandre, ainsi qu'on peut le voir par les chartes d'affranchissement que les cartulaires nous ont conservées. Les antipathies de race sont d'ailleurs pour bien plus que la plèbe dans le triomphe de la maison d'Alsace.

2 Si Michel de Harnes, dit de Boulers, châtelain de Cassel, figura sans aucun doute à Bouvines avec son oncle et homonyme dans l'ost de Philippe-Auguste, ce ne fut évidemment pas comme seigneur flamand, mais bien à titre de banneret d'Artois. L'achat que, le 28 octobre 1218, Jeanne de Constantinople fit de la châtellenie de Cassel, fut évidemment suggéré par le désir légitime qu'avait cette princesse d'échapper aux conséquences fâcheuses d'une position complexe et mal définie. Cette question, dont j'ai déjà eu occasion de parler dans une note précédente, dut préoccuper bien souvent nos souverains flamands. Mon honorable confrère et ami M. le Dr De Smyltere et, avant lui, M. de Marquette, se sont efforcés d'expliquer et de définir la double situation de Michel de Harnes dans la guerre qui se termina à Bouvines (cf. « Recherches historiques sur les seigneurs, châtelains et gouverneurs de Cassel, des XIe XIIe et XIIIe siècles»; Lille, 1866, p. 37; « Précis historique sur la maison de Harnes », p. 65 et 66). Il me resterait peut-être à étudier les motifs qui, au contraire, poussèrent dans les rangs flamands des membres de la famille de St-Omer, devenue artésienne par le mariage d'Isabelle de Hainaut ; mais, ne croyant pas que mes investigations à ce sujet puissent ajouter de la valeur à mon travail, j'aime mieux m'abstenir de nouveaux détail
.

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cest en vertu de cet incontestable principe des nationalités, autant que par le besoin de conjurer le flot croissant de la bourgeoisie, que, les seigneurs, franks d'origine ou rattachés à la race franke par les liens de famille et les engagements féodaux (les maisons de Ghistelles, d'Halewyn, d'Haveskerke, les châtelains de Bergues, etc., etc.), organisent peu à peu le parti des Leliaerts, si funeste à l'autonomie de la Flandre. Certainement, plus on avancera dans l'histoire, plus ces distinctions tendront à s'effacer par l'insensible fusion des races et par suite de la transformation que les siècles amèneront dans les idées comme dans les autres éléments constitutifs des partis. Il arrivera un jour que les affinités politiques et commerciales, en créant entre les centres populeux un autre genre de rivalité, atténueront en Flandre les antipathies frankes et saxonnes encore si parfaitement tangibles au début de la guerre entre le comte Gui et le roi Philippe-le-Bel. La sympathie que la noble et courageuse famille du prince infortuné saura inspirer aux Flamands, la part que les communes flamandes — entraînées par l'exemple de la puissante ville de Gand que domine l'énergique personnalité d'Artevelde, — prendront à la lutte entre les Rois de France et Edouard III, contribueront beaucoup à user les faces saillantes et opposées de notre caractère. Enfin, l'anéantissement de la nationalité flamande dans les plaines de Roosebeke (1) achèvera d'enlever toute valeur politique spéciale aux différentes individualités de races éparpillées sur notre territoire. Désormais

1 Voir les excellentes notes annexées par M. Edward Le Clay à son édition de la « Chronique rimée des troubles de Flandre .

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comprimés par la main de fer des princes bourguignons, les Flamands n'auront plus qu'à courber la tête sous un despotisme qui s'étendra à titre égal sur toutes les parties du pays. La suprématie croissante prise par les agglomérations urbaines sur les campagnes sans cesse ravagées par la guerre ; la mise en coupe réglée de la haute aristocratie flamande sur les champs de bataille, et, enfin, l'habitat des seigneurs de toute origine dans les villes, enlèveront à leur tour toute valeur morale à ces faits ethnologiques....
Cependant, il est probable que, malgré ces nivellements successifs, un ethnologue habile, appelant à son aide les ressources, aujourd'hui si variées et si fécondes, que lui offrirait la philologie, pourrait retrouver les types distincts des anciennes populations de la Flandre. En parcourant les diverses parties du territoire flamand, et principalement les campagnes, l'observateur intelligent rencontrerait des différences antropomorphiques curieuses et souvent accusées par des démarcations très nettes. Au moyen d'appréciations gaines, de termes de comparaison bien choisis et d'inductions ingénieuses, il arriverait sans aucun doute à dresser la carte ethnographique de la Flandre, et cette carte serait le corollaire indispensable, je dirais volontiers le correctif obligé de toutes celles que l'on ferait au point de vue des idiômes. Dans un travail inséré au tome VIII des Annales du Comité flamand, Victor Derode s'est occupé des Saxons du West-Quartier. Il a été l'un des pionniers de cette voie où d'autres, après avoir profité de ses recherches, voudront sans doute le suivre prochainement....
Je ne terminerai pas cette note sans y ajouter une réflexion et sans rappeler que, s'il est essentiel, pour mener à bien les investigations historiques, de se dépouiller à l'avance de tout parti pris, il n'est pas moins nécessaire de ne point rejeter prématurément l'opinion de ceux qui ont écrit avant nous, et de ne pas condamner comme mauvaises ou insoutenables des théories que l'avenir se chargera peut-être de justifier.

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Augustin Thierry avait le défaut d'être trop absolu; c'est là précisément ce qui a nui à la vulgarisation de son système de l'antipathie des races, et c'est ce qui a amené M. J.-J. Carlier, dans son « Etude sur St Thomas de Cantorbéry », à considérer avec assez de raison cette thèse comme ruinée en ce qui regarde l'Angleterre, alors qu'elle ne me semble pas avoir été étudiée complètement en ce qui concerne la Flandre.

XXXII.
Il prenait encore ce titre sur un acte de 1376, publié par M. de Coussemaker dans le Bulletin du Comité flamand, t. II p. 334. — Sur la manière dont la châtellenie de Bourbourg était arrivée à la maison de Fiennes, cf. Galland, «Mémoires pour servir à l'histoire de Navarre et de Flandre», 1648, in-fol., p. 142, et surtout les communications de M. le marquis de Godefroy-Mesnilglaise et de M. de Coussemaker, insérées au Bulletin du Comité flamand, il faut bien se garder de confondre la châtellenie (châtelainage, office de châtelain), qui appartenait à la maison de Fiennes, avec la seigneurie, qui était alors entre les maing des ayant-droit de Robert de Cassel.

XXXIII.
Après mûre réflexion, j'ai cru indispensable à l'économie de mon travail de chercher à faire cesser les contradictions et les erreurs qui règnent dans la chronologie des seigneurs de Solre-le-Château pendant les XIIIe et XIVe siècles. Tous les auteurs qui en ont parlé les ont fait sortir de la maison de Barbençon (cf. M. F.-V. Goethals, « Dictionnaire», t.1, verbo Berlaymont; M. Lebeau et son éditeur M. Michaux aîné, — mon obligeant correspondant, — dans le « Recueil de notices et articles divers sur la contrée formant l'arrondissement d'Avesnes », p. 550; M. Caverne, dans le « Bulletin » de la Commission historique du département du Nord, t. IX, p. 185; etc.),

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tandis qu'ils sortent évidemment de la maison de Beaumont-le-Castelain, et qu'ils se lient ainsi intimement à l'histoire de la seigneurie de Pitgam. Cette erreur générale des écrivains que j'ai consultés provient de ce qu'ils ont confondu la seigneurie de Solre-le-Château avec celle de Solre-sur-Sambre, qui appartint effectivement à la famille de Barbençon.
Sans avoir pu réunir des matériaux suffisants pour établir la filiation suivie des seigneurs de Solre-le-Château, ce qui m'eût demandé de longues recherches, j'ai néanmoins assez de faits puisés en grande partie dans les ouvrages des auteurs précités pour justifier mon assertion. A l'appendice N° XXXV j'aurai, du reste, l'occasion de revenir sur ce sujet.

I. En « 1211 » on trouve Gislenus (1), châtelain de Beaumont. Il se montra très généreux envers le manastère de Liessies, auquel il « fit don de la dîme des villages d'Espinoy et de « Foubrechies. Quoiqu'il n'en prenne pas le titre, tout « porte à croire qu'il était seigneur de Solre-le-Château » (cf. le « Recueil » de MM. Lebeau et Michaux, p. 549). Un de ses parents, son ascendant sans doute et, dans tous les cas, son homonyme, Ghislain de Beaumont, avait été témoin en 1164 à une charte de Bauduin, comte de Hainaut, en faveur du chapitre de Ste-Waudru, à Mons (cf. D. Caffiaux, « Trésor généalogique», p. 711). Ghislain, châtelain de Beaumont, doit être le père de :
II. « Bauduin, châtelain de Beaumont et seigneur de « Solre-le-Château »

1 Dans le cours de mes recherches, j'avais souvent rencontré le nom de ce châtelain, et ne croyant pas d'abord qu'il dût jamais me servir, j'avais négligé d'en prendre note. Il me suffira de dire qu'il est rappelé par M. Goethals. (« Dictionnaire », t.II, verbo Gavre, d'après le comte de St-Genois) comme ayant été témoin en 1201 à une charte du comte de Hainaut, en faveur de d'églse de Ste-Waudru. — Le même M. Goethals cite, en 1188, d'après Jacques de Guise, Guillaume, châtelain de Beaumont, comme ayant été l'un des hommes du comte de Hainaut chargés de juger le différend survenu entre Gérard de St-Aubert et Robert de Beaurain.

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qui, en novembre 1243, « donna de son côté à l'abbaye de Floreffe, du consentement de sa femme et de « Bauduin, son fils aîné, la grosse et menue dîme dudit Solre « et des autres appendances de la paroisse » (« Recueil », ut supra, p. 550). Ce Bauduin est nécessairement le père de :
III. Bauduin, châtelain de Baumont, marié à Mahaut de St-Omer. Ainsi que le prouve la charte dont il vient d'être question, il était fils aîné d'un autre Bauduin, châtelain de Beaumont. Je ne l'ai pas rencontré avec la qualité de seigneur de Solre-le-Château, qui semble néanmoins lui avoir appartenu. Comme Bauduin d'Avesnes, en ses chroniques, lui attribue plusieurs enfants et qu'en cela il devait être parfaitement informé, je n'hésite pas à le reconnaître comme auteur de :
1° Gérard, châtelain de Beaumont, seigneur de Solre-le-Château, qui eut en 1301 «un différend avec l'abbaye « d'Aines au sujet du bois de Nielles. Philippe, comtesse de Hainaut, chargée, comme arbitre, de trancher la difficulté, rendit le lendemain du jour des onze mille Vierges en octobre 1301, une sentence par laquelle elle adjugea la propriété dudit bois au « monastère d'Aine, et au seigneur (1) de Beaumont la haute justice dans ce bois ». Le « Recueil » de M. le président Le Beau me fournit cette note à la page 550, et attribue, quelques lignes plus bas, le surnom fautif de Barbençon à notre Gérard, que je crois le père de :
A. Bauduin, châtelain de Beaumont et sire de Sorrele-Châtel, qui, le lundi de la Chandeleur 1353 (v.s.?), comparut comme témoin à un vidimus passé par devant le Bailli de Hainaut (au temps de D. Caffiaux, le vidimus était conservé en original au couvent de

1 Lisez châtelain.

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Beaumont-les-Dames à Valenciennes ; voir «Trésor généalogique », p. 716). Ce Bauduin est, selon toute vraisemblance, l'ascendant — père ou aïeul — de :
a. Guy, châtelain héréditaire de Beaumont, qui, en 1410, possédait audit Beaumont un fief tenu du comte de Hainaut (cartulaire des fiefs de Hainaut dressé en 1410 et cité par D. Caffiaux, p. 719). Guy, à son tour, devait être le père de : Anne, châtelaine héréditaire de Beaumont, Dame de Juvigny, mariée, par contrat du 4 mai 1435, à Jean de Hénin, seigneur de Cuvillers, écuyer, seigneur d'Eppe, né en 1397, fils de Bauduin I de Hénin , seigneur de Cuvillers, et de Marguerite de Montigny-en-Ostrevant (cf. « Notices historiques, généalogiques et héraldiques sur la famille de Hénin de Cuvillers », Paris, 1789, p. 7 et 8).
b. Meurisse de Beaumont, écuyer, qui, en 1417, vendit Solre-le-Château à Jacques de Berlaymont dit de Floyon, dont la première femme était elle- même une Marie de Beaumont, Dame de Fresnes et d'Ansereul, en Hainaut, morte en 1403 (« Recueil », ut supraverbo Berlaymont).
Florent de Beaumont, sire de Beaurieux et de Semeries, puis ensuite, par héritage, châtelain de St-Omer, comte de Fauquembergues, sire de Pitgam, etc. Fils de Mahaut de St-Omer, toutes les sources sont d'accord à ce sujet, il semble avoir recueilli la succession de Béatrix de Gavre, à l'exclusion de ses neveux, par suite de l'absence du droit de représentation. C'est à tort que D. Caffiaux, p. 718, donne à ce seigneur le titre de châtelain de Beaumont. L'épitaphe de sa femme, Béatrix de Lalaing, prouve d'une façon péremptoire qu'il ne l'a jamais porté. Je crois inutile de faire figurer ici

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la postérité de Florent de Beaumont : on la retrouvera à sa place naturelle dans le cours de mon travail.
Les renseignements qui précèdent seraient incomplets si, en regard des seigneurs de Solre-le-Château, je ne venais placer ceux de Solre-sur-Sambre :
I. Nicolas, sire de Barbençon et de Solre-sur-Sambre, fit, de concert avec sa femme Elisabeth (elle était fille de Raoul, comte de Soissons, vivant en 1178, selon Dom Caffiaux, p. 556), une fondation pieuse dans l'un de ses domaines des bords de la Sambre : au mois de mars 1243 (v. s.), il appela à Marpent (canton de Maubeuge, arrond. d'Avesnes) « des religieuses de l'abbaye de Premi, auxquelles il accorda pour leur subsistance les terres dépendantes de sa maison de Jeumont » (cant. de Maubeuge, arr. d'Avesnes) « la moitié de la dîme et les biens de sa « grange de Villers-Sire-Nicole » (canton de Maubeuge). Peu après, l'endroit choisi n'ayant point paru convenable, il transféra le monastère dans un bien fonds de dix bonniers qu'il possédait à une lieue de Marpent, sur les bords de la Sambre, et qu'il affecta à l'établissement de la communauté; « son épouse se chargea d'y faire construire une église, des salles de travail, les cloîtres et toutes les dépendances nécessaires ». Le monastère prit le nom de la Thure, et le fondateur, non content de ses libéralités antérieures, lui donna encore, par charte du mois de juin 1244, « vingt bonniers de bois situés à Solre-sur-Sambre, « les communs pâturages des environs, le droit d'établir « moulin, four, étang et autres choses utiles pour ses « besoins, et vingt-trois muids de blé qu'on devait prélever chaque année sur le moulin de la seigneurie de l'endroit, à dater de la St-Jean, et ce à raison de deux muids par semaine». La donation ayant été approuvée au mois d'août 1244 (1) par Eustache, sire de Rœulx, de

1 Et non 1243, comme il est dit par faute d'impression dans les « Annales « de l'Académie d'archéologie de Belgique, t. XXI, p. 650.

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qui relevaient ces biens, le seigneur de Barbencon « céda en outre aux religieuses sa chapellenie de Solre-sur-Sambre, alors à la collation de l'évêque de Cambrai. Cette cha«pellenie dite de St-Jean-Baptiste, fut transférée à la « Thure», et le donateur lui assigna pour dotation le tiers de la grosse dîme de Wiheries » (hameau qui, avec le village de Hantes, forme la commune de HantesWiheries) et le sixième de celle de Neuville » (dépendance de Solre-sur-Sambre). Ces détails que j'emprunte au travail publié par M. Théophile Lejeune sur l'abbaye de la Thure, dans les «Annales» de l'Académie d'archéologie de Belgique (t. XXI), et rédigé d'après les documents authentiques, font connaître le fondateur réel du monastère, indiqué d'une façon erronée dans le « Nobiliaire des Pays-Bas et de Bourgogne » (édition de M. de Herckenrode, p. 93). Nicolas de Barbencon eut de sa femme Elisabeth de Soissons, qui fut enterrée dans l'église de la Thure, où l'on voyait sa tombe au temps de Jacque de Guise, plusieurs enfants (M. Lejeune, p. 661). Je me bornerai à citer :
II. Nicolas, seigneur de Barbençon, de Jeumont, de la Buissière, de Solre-sur-Sambre, etc., que M. Lejeune, p. 658 de l'ouvrage cité, confond avec son père, puisqu'il le nomme comme lui Nicolas II. Il donna en 1308 au monastère de la Thure des biens situés à Wiheries (M. Lejeune, loco citato). « II est désigné comme père « Jean de Barbençon, dans les lettres du lundi après le «jour de Pâques 1311, où comparaît Jean de Barbençon, chevalier, fils aîné du seigneur de Barbençon » (D. Caffiaux, p. 556, citant une pièce du couvent de Beaumont). De sa femme, dont le nom m'est inconnu, il laissa au moins deux fils :
1° Jean, qui suit
2° Nicolas, seigneur de Braine et de Villers-sire-Nicole,

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qui semble avoir été marié deux fois, car Dom Caffiaux (p. 556) lui donne pour épouse Ide d'Antoing, sœur de la femme de son frère, alors que, suivant le « Nobiliaire des Pays-Bas» (p. 93 de l'édition citée), il aurait épousé une Dame portant : « d'azur, à la croix d'argent», c'est-à-dire une fille de la maison de Boussoit. Le « Nobiliaire » lui prête deux filles dont l'aînée seule, Jeanne, Dame de Villers-sire-Nicole, mariée à Gérard d'Enghien, châtelain de Mons et sire d'Havrech, a été connue de D. Caffiaux. La seconde, nommée Ide, aurait épousé Thierry, sire de Senzeille (« Nobiliaire», loco citato) ; peut-être fut-elle mariée deux fois. (Voir à l'appendice XLII.)
III. Jean, sire de Barbençon, de Jeumont, de la Buissière et deSolre-sur-Sambre, épousa Marie d'Antoing, fille de Hugues, seigneur dudit lieu, et de Marie de Cysoing (D. Caffiaux, p. 556). Ainsi qu'il a été dit ci-dessus, il assista le lundi après le jour de Pâques 1311, avec le titre de fils aîné du seigneur de Barbençon, à un acte du comte Guillaume de Hainaut en faveur du couvent de Beaumont (D. Caffiaux, ibid.), et il serait mort en 1312, au rapport de Butkens (« Trophées de Brabant», t. I, p. 619, dans D. Caffiaux, loco citato). « II est rappelé ou «désigné avec sa femme dans des lettres du lundi avant l'exaltation de Ste-Croix 1316, de Pierre, évoque de «Cambray, qui confirme la fondation d'une chapelle de St-Jacques en l'église de St-Martin de Merbes, diocèse de Cambray, par noble seigneur Jean, sire de Barbençon, chevalier, et Witache, son épouse, pour leur salut et celui de leurs parents seigneurs de Barbençon, en suivant le testament de leur père et mère ». Do ce mariage vinrent entre autres :
1° Jean, seigneur de Barbençon, Jeumont, la Bussière, etc. (appelé Guillaume par le «Nobiliaire», p.93).

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Il épousa Witache ou Eustache d'Argies (le « Nobiliaire » dit Isabelle) ou de Dargies, d'où vint
A. Jean, seigneur de Barbençon, etc., mort le 4 septembre 1378, marié à Yolande de Rassenghien dite de Lens, décédée le 11 octobre 1388, veuve en premières noces de Guillaume de Wavrin (M. Goethals, « Maison de Wavrin», p. 45), et enterrée à la Thure avec son second mari. Elle était fille de Gérard, seigneur de Rassenghien et de Lens, et d'Alix de Gavre, Dame de Harchies (Butkens, «Trophées», t. I, p. 619, et t. II, p. 86, dans D. Caffiaux, p. 558). Il est rappelé avec sa femme, Yolande de Lens, dans un acte de 1387 (D. Caffiaux, p. 558, d'après André Du Chesne). De ce mariage ne vinrent que trois filles, que je n'ai point à faire figurer ici.
B. Nicolas (?) de Barbençon (omis par D. Caffiaux), seigneur de Jeumont (et non de Solre-le-Château, comme le prétend le «Nobiliaire», p. 94). Il aurait épousé Marguerite de Monthablon, de laquelle il aurait eu plusieurs enfants : AA. Guillaume de Barbençon, seigneur de Jeumont, qui épousa Philippe ou Philippotte de Pottes («Nobiliaire», p. 94 ; D. Caffiaux, p. 559), et qui continua l'estoc de Barbencon ; sa postérité est étrangère à la présente note.
BB. Allard de Barbençon, qui aurait été gouverneur du comté de Blois et auquel le «Nobiliaire» attribue le titre, dans tous les cas inexact, de « seigneur de Solre-le-Château». Ce personnage dont l'alliance n'est pas indiquée, aurait été père de :
aa. Henri de Barbencon dont la qualification de « seigneur de Solre-le-Château est également erronée. Il se serait marié à Isabeau de Montigny, dont il aurait eu une fille unique :
aaa. Jeanne de Barbençon, également surnommée

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mal à propos « Dame de Solre-leChâteau Jacques de Berlaymont que nous avons vu acheter ledit Solre-le-Château à Meurisse de Beaumont.
2° Huon ou Hugues de Barbencon « est nommé Hue de « Barbenchon dans le testament du mercredi après la « St-Sacrement 1326, d'Isabeau de Quévraing, Dame dudit lieu et d'Aspremont, auquel il consentit» (Dom « Caffiaux, p. 559, d'après l'acte original reposant aux archives du couvent de Beaumont). « Ledit Hue de « Barbonchon, chevalier, seigneur de Solre-sur-Sambre et de Haussy, et Agnès de Haussy, sa femme, amortirent, par charte du mardi après la N.-D. de septembre 1335, un bien donné au prieuré de Beaumont, par Gilles de Sassegnies et sa femme, duquel bien Béatrix, leur fille, religieuse dudit lieu, devait jouir sa vie durant » (D. Caffiaux, p. 559, d'après l'acte original conservé aux archives du couvent de Beaumont). Huon de Barbencon, seigneur de Sorre( -surSambre), figura en outre, ainsi que Jean, seigneur de Barbençon, son frère, parmi les chevaliers hennuyers qui assistèrent à Termonde, le 1er avril 1336, au traité conclu entre Jean, duc de Brabant, Louis, comte de Flandre, de Nevers et de Rethel, et Guillaume, comte de Hainaut et de Hollande (cf. M. F.-V. Goethals, « Histoire généalogique de la maison de Hornes », p. 93). «Il est marqué dans l'extrait d'un manuscrit dudit couvent de Beaumont, que ledit Hugues de Barbençon, chevalier, seigneur de Sorre-sur-Sambre et de Haussy, époux de noble Dame madame Agnès de Haussy, mourut l'an 1342 » (D. Caffiaux, p. 560). « II est rappelé .dans une charte (vers 1344) de Guillaume de Sorre, chevalier, seigneur de Haussy, qui confirma une donation faite au couvent de Beaumont

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par Aude, sa sœur, veuve de Guillaume Loudart, à la charge de prier pour ledit Huon de Sorre, seigneur de Haussy, frère dudit Guillaume » (D. Caffiaux, p. 560, d'après une pièce du couvent de Beaumont). Ce dernier document me paraît prouver que Guillaume de Barbançon hérita de son frère Hugues, et que celui-ci n'eut en définitif qu'une fille :
A. «Béatrix de Barbençon, qualifiée noble Dame, fille « dudit Hugues de Barbencon et de Madame Agnès « de Haussy, nièce de noble Dame Aude de Barbençon, veuve de Guillaume Loudart de Haussy, laquelle Béatrix fut prieure de Beaumont en 1328, « 1329 et 1330 » (D. Caffiaux, p. 560, d'après une pièce du couvent de Beaumont).
3° Michel de Barbençon, seigneur d'Erquelines ; je ne trouve point de traces de son mariage, et je ne saurais dire s'il eut postérité. Il est «mentionné avec Hue,son frère, dans une sentence du bailli de Hainaut, prononcée le lundi avant la N.-D. de mars 1317, en faveur de l'abbaye de St-Nicolas-au-Bois, en présence des hommes de fiefs, parmi lesquels messire Hue de Barbenchon et ledit messire Michel de Barbenchon, son frère, chevaliers » (D. Caffiaux, p. 557, d'après un acte original de l'abbaye de St-Nicolas-au-Bois). Ledit noble homme Monseigneur Michel de Barbenhon fut nommé pour un des exécuteurs du testament du mercredi après la St-Sacrement 1326, d'Isabeau de Quevraing, Dame d'Aspremont, sa cousine» (Dom Caffiaux, p. 557, d'après l'original reposant au couvent de Beaumont). « II fut en outre présent, sous le nom de messire Michel de Barbenchon, seigneur d'Erkeline, au vidimus du lundi jour delà Chandeleur 1353, d'une donation de l'an 1329, -faite au couvent de Beaumont de Valenciennes, par Béatrix de Louvain,

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« Damoiselle de Gasebecq» (D. Caffiaux, ibid., d'après un acte de la même communauté).
4° « Aude de Barbençon, femme de Guillaume Loudart, dont elle était veuve lorsqu'avec Agnès et Aude, ses filles, elle vendit aux religieuses de Beaumont, le 6 juin 1344, des biens à Haussy » (D.Caffiaux, p. 557, d'après une semblable autorité).
5° « Isabelle de Barbençon, fille de Jean et non de Nico«las, comme l'affirme Delwarde : elle donna à l'abbaye [de la Thure] quatre bonniers de terre, et mourut en « 1331 » abbesse de ce monastère » (M. Lejeune, loco citato, p. 655).
6° Guillaume de Barbençon, chevalier, dit de Sorre, sei«gneur de Haussy (canton de Solesmes, arrondissement de 6 juin 1344, faite au couvent de Beaumont, par la Dame Aude de Barbençon, veuve de Guillaume Loudart» (D. Caffiaux, p. 557, d'après une pièce du couvent de Beaumont); « et qui, qualifié Guillaume de Sorre, chevalier, seigneur d'Aussy, donna quittance aux religieuses de Beaumont des droits qu'elles lui ont payés pour les biens de Haussy » (D. Caffiaux, p. 557, d'après les archives du couvent). Je ne trouve pas de traces du mariage de Guillaume, qui paraît avoir été seigneur de Solre-sur-Sambre après son frère Hugues, et que, jusqu'à preuve contraire je considère comme le père de :
A. « Messire Henri de Barbancon, seigneur de Haussy, mentionné dans des lettres du 4 juin 1369, du bailli de Hainaut, portant que le 18 juillet

1 Sic, précédemment il est qualifié «chevalier». —A. B.

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1368, sentence fut rendue par le bailli en faveur de l'abbaye de St-Nicolas-au-Bois, en présence des hommes de fiefs , parmi lesquels ledit messire Henri de Barbençon, chevalier » (acte original, cité par D. Caffiaux, p. 561). Après Henri de Barbençon, je rencontre les suivants, qui paraissent être ses enfants :
AA. « Bernard de Barbenchon, seigneur de Haussy, « écuyer », qui « servit déclaration en 1410 ou 1411 au comte de Hainaut, pour sa terre « d'Haussy dans la châtellenye de Bouchain » (D. Cafflaux, p. 561, d'après le cartulaire des fiefs du Hainaut).
BB. Ernoul (Arnould) de Barbençon, sire de Sorre [-sur-Sambre] et de Haussy, qui « tenait en 1410, du « comte de Hainaut, la seigneurie de Houchin par moitié à l'encontre de Jean de Grée et de Jean Maillart; et cette seigneurie passa à Jeanne de Potelles, Dame de Mortaigne (1), sa nièce» (même cartulaire, cité par D. Caffiaux, p. 561). « Ledit « Arnoul de Barbenchon, seigneur de Sorre et de Haussy, en tenait encore en 1410 la seigneurie « dudit Sorre-sur-Sambre » (D. Caffiaux, ut supra).
CC. Catherine de Barbençon, sœur d'Arnould qui précède, et comme lui, suivant apparence, enfant de Henri de Barbençon, seigneur de Haussy, épousa Gilles de Mortagne, chevalier, seigneur de Potelles (canton du Quesnoy-Est, arrondissement de Maubeuge) et de Helemmes (Elesmes, voir appendice LV) «dont elle était veuve en 1410, auquel temps elle tenait, du comté de Hainaut, un fief

1 N'est-ce pas bien évidemment Jeanne de Mortagne, Dame de Potelles, qu'il faut dire?

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à Potelles, un autre à Haine-St-Paul et un troisième à Frasne-en-Buissenal, comme ayant le bail de ses enfants mineurs » (D. Caffiaux, p. 561, d'après le même cartulaire).
Le fief de Solre-sur-Sambre passa ensuite, je n'ai pas encore découvert à quelle date précise, à Jean de Carondelet, gentilhomme de la Franche-Comté de Bourgogne, qui s'établit dans les Pays en 1469, et qui possédait également la seigneurie de Potelles (cf. « Mémoires généalogiques du comte de St-Genois », t. 1, p. 197) dont il serait devenu propriétaire en 1470 (« Bulletin » de la Commission historique, t.IX, p. 156). — L'histoire de la seigneurie de Solre-surSambre n'offrant plus rien qui rattache ce domaine à mon récit, je ne poursuivrai pas davantage ma démonstration. Il me suffira d'avoir rendu impossible toute confusion entre les deux fiefs de Solre. Maintenant il me resterait à déterminerai « le seigneur de Solre et messire Briffant, son frère», signalés par Monstrelet, comme ayant été tués à la bataille d'Azincourt, doivent être attribués à Solre-le-Château et appartenir par conséquent à la maison de Beaumont-le-Castelain, ou s'il conviendrait de les appliquer à Solre-sur-Sambre, c'est-à-dire à la famille de Barbençon. Les documents me manquent pour cela, et à défaut de renseignements explicites, je serais assez disposé à accepter la première hypothèse ; si cette opinion était fondée, il y aurait lieu de remarquer que la maison de Beaumont paya un large tribut à la « male journée ». Dans tous les cas, l'on doit écarter les Berlaymont admis par le savant M. de Belleval (« Azincourt », p. 257).

XXXIV.
Sans doute Bauriu, aujourd'hui Beaurieux, arrondissement d'Avesnes, terre qui avait été éclissée de la seigneurie d'Avesnes, et qui avait été apportée en mariage par Ide d'Avesnes à Guillaume, châtelain de St-Omer (cf. M. Michaux

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aîné, « Notice historique sur la terre et pairie d'Avesnes», 1849, p.v; M.E. Caverne, «Statistique archéologique de l'arrondissement d'Avesnes» dans le «Bulletin» de la Commission historique du département du Nord, t. IX, p. 172). Malgré l'opinion émise par les auteurs respectables que je viens de citer, cette terre doit être promptement entrée dans la maison de Beaumont, même avant l'alliance de celle-ci avec la famille de St-Omer. En effet, dès le mois de novembre 1243, Bauduin, châtelain de Beaumont et seigneur de Solre, avait donné à l'abbaye de Floreffe, du consentement de sa femme et de Bauduin, son fils aîné, la grosse et menue dîme dudit Solre, ainsi que celle do Beaurieux. Il avait permis en même temps aux abbé et religieux de ce monastère d'acheter au territoire deSolre, deBeaurieux ou d'Epinoy (village aujourd'hui réuni à la commune de Clerfayts, canton de Solre-le-Château) quatre cents bonniers de terre pour y construire une maison et d'autres édifices où ils pussent se retirer et mettre en réserve les produits de leurs dîmes, plus d'avoir « cinq cents blanches bestes, avec chevaux, deux cents porcs, et d'autres bestes jusqu'à quarante » (cf. « Recueil de notices et articles divers sur la contrée formant l'arrondissement d'Avesnes», p. 549, 550).
Cette seigneurie de Beaurieux passa de la famille de Beaumont à celle de Bousies-Vertaing, puis à celle de Hun et sans doute ensuite à celle de Martigny, toutes successivement propriétaires de Pitgam, ainsi que je le dirai plus loin. Lors du désastre subi par la dernière maison, elle dut être confisquée comme tous les autres biens des Martigny, ce qui nous explique comment M. de Robaulx, gouverneur de Beaumont, l'acquit peu avant 1620. Peut-être la vente eut elle lieu par engagère : on sait qu'à cette époque les finances du gouvernement des Pays-Bas laissaient beaucoup à désirer et que la guerre contre les Provinces-unies absorbait toutes les ressources du Trésor. Ce qui me conduit à ma supposition, c'est que précisément Jean de Robaulx, seigneur de

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Soumoy et de Beaurieux, gouverneur de Beaumont, acquit par ce moyen du Roi Philippe IV, le 10 avril 1631, la haute vouerie de Silenrieux avec la justice, les droits, revenus, appendances et dépendances, pour la somme de 2,500 livres de 40 gros (cf. «Bulletin» de la Commission royale d'histoire de Belgique, 3e série, t. série, t. v, p. 169, d'après le registre des chartes n° 63, aux archives départementales de Lille). Le domaine de Beaurieux se trouve encore aujourd'hui entre les mains d'un descendant de ce personnage, et j'aurai précisément à propos des Martigny plus d'un emprunt à faire aux travaux d'un savant érudit belge dont la famille possède actuellement le château de Beaurieux, M. de Robaulx de Soumoy.
Il est toutefois à remarquer que Beaurin, plus correctement Beaurain et Beauraing (latine Belrinium et Bellus ramus), est nom de plusieurs terres de Picardie, d'Artois, de Hainaut, etc. L'une d'elles, tout au moins, celle de Beaurains-sur-Canche, appartint en partie à la famille de St-Omer au XIIe et au XIIIe siècle.

XXXV.
Ainsi que je l'ai remarqué à l'appendice XXXIII, le président Lebeau et son éditeur, M. Michaux aîné, auxquels on doit pouvoir joindre la nouvelle édition du «Nobiliaire des Pays-Bas», et même M, F.-V. Goethals, font de la maison des châtelains de Beaumont et des sire de Solre une branche de la famille de Barbencon. Alex. Hermand, dans son «Histoire monétaire de l'Artois» et dans l'«Histoire sigillaire de la ville de St-Omer», qu'il a écrite en collaboration avec M. L. Deschamps de Pas, la rattache au contraire (p. 27) à la famille du célèbre chroniqueur dont le nom s'est si souvent présenté sous ma plume; c'est-à-dire qu'il fait de cette souche cependant bien distincte un rameau de la maison d'Avesnes, et qu'il la confond avec la postérité de Marguerite de Constantinople. M. l'abbé Robert, dans son travail, déjà-cité, sur

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Fauquembergues, p. 54, ajoute que les Beaumont, comtes de Fauquembergues, portaient originairement leur écu armorié de gueules à trois chevrons d'hermines. Si respectable que soit une assertion sortie de la plume du savant ecclésiastique, elle ne saurait néanmoins me convaincre, lorsque d'autres affirmations me semblent plus exactes. En effet, l'opinion de M. Robert se trouve contredite à la fois — et de la façon la plus positive,— par les «Notes historiques et généalogiques sur la maison de Hénin de Cuvillers » (famille dans laquelle la famille de Beaumont-le-Châtelain est tombée en quenouille), Paris, 1789, p. 8, et par les données que l'on tire des diplômes ; nous avons vu à l'appendice XXXIII que, bien avant qu'il fut question de Marguerite de Constantinople et du seigneur de Beauinont, son fils, il y avait des châtelains de Beaumont. La généalogie de la famille de St-Orner, conservée dans les manuscrits d'André Du Chesne, à la Bibliothèque Impériale, confirme également mon assertion. Cette dernière pièce, très fautive en ce qui concerne l'établissement des degrés, n'en est pas moins précieuse à consulter quand il s'agit des estocs : on sait que, dans les anciens documents, ils sont généralement donnés d'une manière exacte. Il était, en effet, indispensable de les indiquer avec netteté à une époque où la faculté d'hériter n'avait guère de limite; ce document attribue précisément pour armoiries à Bauduin, châtelain de Beaumont, mari de Mahaut de St-Omer : de gueules, à deux bars, posés en pal, d'argent, non adossés. Ce sont, sauf une légère différence dans renonciation, les armes que l'auteur de la « Généalogie de la maison de Hénin de Cuvillers », loco citato, et Carpentier (t. 1, 3e partie, p. 208) indiquent comme étant celles de la maison de Beaumont-Castelain ou Le Chatelain, en Hainaut, et, comme la généalogie qui nous a été conservée par Du Chesne a été transcrite sur l'original existant au temps de cet érudit chez le comte d'Estaires, de la famille de Montmorency, héritier de la maison de St-Omer-Moerbeke, et qu'elle avait été dressée du

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vivant de Claude de St-Omer, seigneur de Moerbeke, descendant en ligne directe d'un châtelain de St-Omer, frère de Mahaut, alliée à Bauduin de Beaumont, cette pièce est probante et il y a nécessairement lieu d'écarter désormais les seigneurs de Beaumont issus de la famille d'Avesnes, tout comme, à l'appendice XXXIII, nous avons éliminé la maison de Barbencon.
Ce qui, en dehors de l'homonymie des prénoms, semble avoir égaré les savants audomarois tout aussi bien que les auteurs qui leur auront servi de guide, c'est que Bauduin d'Avesnes avait eu en partage en 1254 « la ville de Dourleis » (Dourlers, arr. d'Avesnes, canton d'Avesnes-Nord) « et les « appendances, la ville de Biaufort » (Beaufort, canton de Maubeuge, arr. d'Avesnes), «Biaumont et toute sa Chastellenie, la ville de Raismes de lé Valenchienes », etc. Cette mention de la terre de Beaumont, que j'emprunte à MM. Lebeau et Michaux aîné (« Recueil» déjà cité), n'a pas été comprise par la masse des érudits, et je l'avais moi-même mal interprétée jusqu'ici. Bauduin d'Avesnes, l'historien, était seigneur de la ville et de la châtellenie de Beaumont, alors que son homonyme, marié à Mahaut de St-Omer, ne possédait que le châtelainage, c'est à dire l'office de châtelain de la ville et de la châtellenie de Beaumont. Le texte, bien compris, du noble chroniqueur suffirait, à défaut d'autres données, pour empêcher toute confusion entre les deux personnages, si l'on n'avait des renseignements encore plus explicites. En effet, alors que les Avesnes, devenus comtes de Hainaut à la mort de Marguerite de Constantinople, prenaient le nom et les armes de cette province, Bauduin, le chroniqueur, qui n'était que le second fils do la princesse et du diacre Bouchard, conservait les armoiries particulières de sa famille : bandé d'or et de gueules de six pièces, ainsi qu'on peut le voir sur son scel équestre reproduit en tête de l'édition que le baron J. Le Roy nous a laissée de ses chroniques latines et dans les ouvrages de Vredius. Bauduin

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d'Avesnes avait épousé, non une dame de la famille des seigneurs de Pitgam, mais une personne de la maison de Coucy, Félicitas, fille de Thomas, seigneur de Vervins, dont il laissa un fils et une fille. Celle-ci, nommée Béatrix, Dame de Dourlers et de Thierimont, mourut le 1er mars 1320 (v. s.?) et fut enterrée au couvent de Beaumont, qu'elle avait fondé. Elle avait été mariée à Henri, dit de la Roche, comte de Luxembourg et marquis d'Arlon, qui fut tué en 1288, à la bataille de Woeringen. Quant au fils du chroniqueur, il se nommait Bauduin, comme son père, et il épousa une nièce du roi d'Angleterre Henri III, la fille de Guillaume, comte de Valence, dont il eut à son tour une fille et deux fils : Jean, décédé en 1297, et Bauduin en 1299, tous deux morts jeunes et successivement seigneurs de Beaumont (cf. la « Chronique» de Bauduin d'Avesnes, édit. citée, p. 51 ; M. F.-V. Goethals, «Dictionnaire», t. IV, verbo Luxembourg; Paquot, «Mémoires littéraires», t. xv, où l'on trouve les épitaphes de presque tous ces personnages ; Vredius, « Généalogie des comtes de Flandre », Bruges, 1642, in-fol., table x etpreuv., p. 338. — Le dernier auteur, qui ne s'appuie que sur Bauduin d'Avesnes, n'a pas connu les petits-fils du chroniqueur, ce qui s'explique facilement si l'on songe que celui-ci a dû dresser sa généalogie ou sa chronique à une époque où ils étaient encore au berceau, et qu'il n'a ainsi pas cru devoir relater leurs noms dans son travail).
Malgré l'étendue de cette note, je ne puis m'empêcher de rappeler que Bauduin d'Avesnes était de son côté personnellement connu dans le West-Quartier, en sa qualité de seigneur de Dunkerque, qu'il vendit en 1288, le dimanche après la Toussaint, soit peu de temps avant sa mort, au comte Gui de Dampierre, son frère utérin (cf. dans Faulconnier, « Description historique de Dunkerque », Bruges, 1730, in-fol., t. 1, p. 14, l'acte qui constate cette vente), et qu'en 1289 et 1290, la veuve du chroniqueur intervenait encore au sujet de Dunkerque dans des actes dont la substance nous est fournie par Vredius (ouvrage cité plus haut, p. 387). Enfin

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ces deux dernières dates me donnent l'occasion de remarquer que le châtelain Bauduin de Beaumont survécut au chroniqueur, son homonyme, puisque le jour de la St-Nicolas en hiver 1290, en qualité d'homme de fief du comte de Hainaut, il comparut parmi les témoins à une charte de Philippe, sire de Prouvi, relativement au manoir et à la terre d'Aulnoit (cf. «Monuments anciens», du comte de St-Genois, t. 1, p. 789, cités par M. Goethals «Dictionnaire », t. II, verbo Gavre, notes sur la famille d'Enghien, VIIe degré, et verbo Glymes, notes complémentaires sur les Rumigny). Le fait est donc bien établi.
Dès 1313, un cousin issu-germain des petits-fils de Bauduin d'Avesnes, Jean de Hainaut, fils de Jean, comte de Hainaut et de Hollande, neveu de l'historien, prenait le titre de seigneur de Beaumont (cf. Vredius, ouvrage déjà cité, preuves, 1re partie, p. 150). Enfin, le chroniqueur avait parmi ses neveux un Bauduin, mort en 1283, et un Florent d'Avesnes, dit de Hainaut, qui, après avoir mené une existence brillante à la cour de Naples, épousa Isabeau de VilleHardouin, princesse héritière d'Achaïe, fille de Guillaume et d'Anne Comnène. (— La même Comnène, devenue veuve, se remaria à Nicolas de St-omer, fils du châtelain, Guillaume IV, seigneur de Pitgam et d'Ide d'avesnes,- double rapprochement qu'il me paraît nécessaire de signaler. Voir ci-devant, appendice XXIV.)
Nos provinces du Nord comptaient tant de familles du nom de Beaumont, qu'il est facile de se tromper et que les erreurs sont très excusables. Pour ne citer que celles qui portaient des chevrons dans leurs armes, ouvrons Carpentier (t. 1, 3e partie, p. 205 à 209); j'y trouve d'abord la famille de Beaumont-St-Aubert, qui s'armait : d'or à trois chevrons de gueules (voir aussi « Bulletin » de la Commission historique, t. vn, p. 280), et qui reconnaissait pour son estoc l'illustre famille de St-Aubert, issue elle-même de la maison d'Oisy-Crèvecœur; puis une autre, Beaumont

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en Hainaut, issue peut-être de la maison d'Avesnes après l'accession de celle-ci au trône comtal de Hainaut, ou plutôt de celle de Chastillon, elle portait : écartelé de Blois et de Hainaut. — Beaumont-le-Vicomte, au Maine, s'armait : de gueules à cinq chevrons brisés d'argent, selon Lachesnaye-Desbois (3e édit., t. II, col. 696). On voit que, sans compter les Beaumont aux hermines de M. l'abbé Robert, il n'y a pas moins de trois autres maisons portant des armes assez semblables, et je pourrais multiplier les exemples si une plus longue digression n'était hors de propos.

XXVI.
Dom Caffiaux, dans son «Trésor généalogique», prend en grande partie ce qu'il dit de la maison de Beaumont dans la généalogie de la maison de St-Omer, telle qu'on la trouve aux manuscrits d'André Du Chesne; mais le laborieux Bénédictin commet de singulières bévues dans la filiation des châtelains de St-Omer, sires de Pitgam, de la famille de Beaumont. Il ne parle pas de Lancelot, puis il dédouble Jean I, dit Sanse ou Samson, et le fait vivre jusqu'en 1415, le confondant avec Jean II et supprimant Gérard. Deneuville, savant curé audomarois du xvme siècle, se trompe à son tour. Il donne à Florent de Beaumont trois fils :
1° Sanson de Beaumont, comte de Fauquembergues, qu'il distingue mal à propos du suivant ;
2° Jean, dit Sanse, de Beaumont, châtelain de St-Omer et comte de Fauquembergues ;
3° Gérard, dit Lancelot, de Beaumont, qui « épousa la fille du seigneur de Pitgam, dont il eut Jean de Beaumont
». (Extrait des manuscrits de Deneuville, obligeamment communiqué par M. de Gournay, leur heureux possesseur.) Deneuville fait donc, comme on l'a vu, une double erreur, d'abord en divisant Samson et Jean de Beaumont, puis en mariant Lancelot à la fille du seigneur de Pitgam, alors que cette terre était dévolue à la famille de Beaumont — à ce

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Lancelot lui-même, peut-être, — par le trépas de Béatrix de Gavre.
A son tour la très romantique généalogie de la maison de St-Omer, recueillie ou dressée par Malotau de Villerode (cf.. les "manuscrits de ce généalogiste à la bibliothèque publique de Douai) détruit toute l'économie des faits très embrouillés que j'ai à exposer; néanmoins elle contient des renseignements dont je profiterai lorsque l'occasion se présentera de les utiliser.
Je ne crois pas nécessaire de signaler les variations d'un plus grand nombre d'auteurs, le travail devenant aussi rebutant pour moi que pour le lecteur.

XXXVII.
Pour admettre l'alliance de Florent de Beaumont avec Yolande de Walmerange telle qu'elle est indiquée par Malotau de Villerode, il faut nécessairement supposer que ce seigneur a été marié deux fois, ce dont je n'ai rencontré aucune trace dans Dom Caffiaux, qui en parle d'ailleurs d'une façon erronée, comme nous le verrons tout à l'heure.
On lit dans M. Goethals, « Miroir », t. II, p. 493 :
JeandeLalaing, seigneur de Semeries, chevalier, épousa « Alix, Dame de Semeries » et n'a laissé qu'une fille à savoir :
Béatrix de Lalaing, Dame de Semeries, décédée le 9 mai 1376, se maria avec Floris de Beaumont, sire de Fauquenberghe. A Valenciennes, dans l'église St-Jacques des Sœurs noires, on lisait l'épitaphe suivante :
« Ci-gist noble Dame Béatrix de Lalaing, chastelaine de «St-Omer, comtesse de Fauquenberghe et Dame de Semeries, jadis espeuse à noble homme monseigneur Floris de Beaumont, chastelain de St-Omer, comte de Fauquenberghe, seigneur de Beaurieu et de Semeries, laquelle trespassa en l'an 1376, le 9 de mai. (1) »

1 D'après ce que m'écrivait en 1861 M. Michaux aîné, M. Brassart, « Histoire généalogique des comtes de Lalaing », s'exprime à ce sujet un peu différemment :
« Le corps de Béatrix reposait en l'église et monastère de Beaumont« les-Dames à Valenciennes, sous un tombeau, avec une épitaphe ainsi « conçue :
« Cy-gist noble dame Béatrix de Lalaing, chasteleine de St-Omer, com« tesse de Faulkenberghe et Dame de Semeries, jadis espeuse à noble « homme Mons. Florent de Beaumont, chaslelain de St-Omer, comte de « Faulkenberghe, seigneur de Beaurieu et de Semeries, laquelle trespassa « en l'an mil CCCLXXVI, 9e jour en mai »
.

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On peut voir aussi Dom Cafflaux, p. 718, citant un manuscrit du couvent de Beaumont.
XXXVIII.
J'ai dit plus haut (appendice XXVIII) que la fille du châtelain de St-Omer Guillaume VIII, nommée Aliénor, Dame de Fauquembergues, Pitgam, etc., mariée à Rasse de Gavre à une époque postérieure au décès de Bauduin d'Avesnes, avait primitivement été accordée au fils aîné du seigneur de Beaumetz. Cette assertion, qui repose sur le témoignage d'un auteur contemporain et en position d'être ici parfaitement informé, n'offre aucune prise à la critique. Il n'en est pas de même de ce que dit l'auteur de la généalogie de la maison de St-Omer, conservée dans les manuscrits de Du Chesne. Trompé par la similitude des noms, il marie en premières noces Florent de Beaumont à sa cousine germaine Aliénor de St-Omer. Dom Caffiaux qui, dans son discours préliminaire, se montre si sévère sur la valeur probative des pièces en matière de généalogie, eût bien fait de mieux contrôler l'exactitude de ce dernier document. Il est d'autant moins excusable, qu'il dit quelques lignes plus loin, d'après un titre officiel, un arrêt du Parlement rapporté par Du Chesne lui même, à la page 298 des preuves de son «Histoire de Guines », que Florent de Beaumont est rappelé.... comme héritier de Béatrix de Gavre, fille d'Aliénor de St-Omer et petite-nièce da Mathilde de St-Omer, mère dudit Florent.

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Les derniers renseignements recueillis par Alexandre Hermand et par son collaborateur M. L. Deschamps de Pas, ainsi que par M. l'abbé Robert, sont, quant au prénom du successeur de Florent de Beaumont dans la châtellenie de St-Omer, beaucoup plus certains que les données de n'importe quel généalogiste antérieur, c'est ce qui m'a déterminé à adopter leur opinion.

XXXIX.
Par une erreur de chiffre bien probable et très facile à saisir, Dom Caffiaux dit, p. 717, quels 21 mai 1357, messire Sansse de Beaumont reçut le démembrement d'un fief à lui servi le 7 mai de la même année, par Gilles de St-Omer, chevalier, seigneur de Tilcques et de Jumelles. C'est évidemment 1367 que l'on doit lire, si l'aveu a été servi à Jean de Beaumont comme châtelain de St-Omer. Cette remarque, bien qu'étrangère à mon sujet, est néanmoins essentielle en ce qui concerne la chronologie des seigneurs de Pitgam et des châtelains de St-Omer.

XL.
Ce chevalier auquel ses prouesses valurent le surnom do Sanse (Samson), comme son frère Gérard reçut celui, aussi honorable, de Lancelot, et Thierry, qui sera cité à l'appendice suivant, celui de Percheval, prit une grande part aux guerres contre les Anglais et les Flamands, en Artois et en Flandre. Il accompagna fréquemment Bertrand du Guesclin dans ses expéditions (cf. « la Vie de vaillant Bertrand du Guesclin », dans les documents inédits publiés par ordre du Gouvernement français. — J'emprunte cette dernière citation à l'histoire monétaire d'Artois).
Un autre Jean de Beaumont, qu'il est impossible de confondre avec celui dont je m'occupe ici, avait joué un grand rôle dans le pays pendant le premier quart du XIVe siècle. Etant maréchal de France, il fut, en 1318, chargé par le Roi de

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soumettre les seigneurs artésiens qui s'étaient soulevés contre la comtesse Mahaut, et qui reconnaissaient pour chefs les sires de Boyaval, de Willerval, de Fiennes (père du futur connétable) etde Renty, auxquels s'étaient joints le châtelain de Bergues, ainsi que le vidame de Picquigny et son frère. Ce dernier Jean de Beaumont mourut vers 1320, selon Derheims, «Histoire de St-Omer », p. 149.

XII.
Une généalogie qui figure dans un manuscrit de la Bibliothèque de Lille (le n" 749, je crois), porte, au lieu de Gérard, «Antoine, chastelain de Beaumont et comte de Fauquembergues », ce qui est fautif et ce qui doit résulter d'une confusion avec Antoine, baron de Ligne, qui devint comte de Fauquemberges par achat. Maloteau de Villerode me paraît plus exact en le qualifiant « chevalier, seigneur de Wastigny > (Wattignies, canton de Maubeuge?), «de Roquetoire » (arrond. de St-Omer) « et d'Herwain » (?), « sénéchal héréditaire de Hainaut». Cet auteur lui donne pour femme « Guyde de Barbançon, fille de Nicolas, seigneur de « Villiers, Braine, et de Dame Alexandrine, héritière de « Huchines et de Boussoit ». Il me paraît facile de reconnaître qu'il s'agit d'une fille de N.... (Nicolas) de Barbançon qui, selon le « Nobiliaire des Pays-Bas et de Bourgogne » (édit. du baron de Herckenrode, t. r, p•. 93), aurait épousé une Dame portant : d'azur, à la croix ancrée d'argent (armes de la maison de Boussoit), vraisemblablement de celle que le «Nobiliaire» appelle Ide et dit mariée à Thierry, seigneur de Senzeilles (voir ci-devant, appendice XXXIII, aux notes sur les seigneurs de Solre-sur-Sambre).
Jean de Beaumont, dit Sanse, Sansse ou Samson, eut encore au moins un second frère « messire» Percheval de Beaurieu, qui fit avec lui en 1374 un accord dont on trouve la teneur dans Dom Caffiaux (p. 717) d'après l'inventaire de la Chambre des comptes, et qui comparut sous les noms de

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« monseigneur Thierry, dit Percheval, de Beaumont, seigneur de Beaurieu», chevalier (Cf. M. Goethals, « Miroir », t. II, p. 519), à un acte émanant de Simon de Lalaing, sire de Hordaing, sénéchal d'Ostrevant et cousin germain de la mère dudit Percheval. Ce personnage mourut sans enfants puisque la seigneurie de Beaurieu passa aux collatéraux.

XLII
Aux archives de Lille, il y a un fragment de registre intitulé : « Hommages des fiefs tenus du comte de Flandre, de « sa pierre de Berghes en la ville et chastellenie d'illec », et l'on y voit que «Jean van Beaulry, here van Pitgam [heeft] « hoghe justicie ende nedre met allen den mansceipen, vri« heiden, rechten diere toebehorende ziin, ende esser miin « heere voorseid sculdich, trauwe ende warheide staende « t'enen vullen verlieve » (1407. — Communication obligeante de mon excellent ami et confrère M. l'archiviste Desplanque).

XLIII.
Le corps du comte de Fauquembergues fut remis après la bataille entre les mains de ses varlets (M. le comte de Belleval, « Azincourt», p. 119).
Il est nécessaire de relever ici l'erreur dans laquelle presque tous les auteurs sont tombés relativement à la famille du comte de Fauquembergues qui périt à Azincourt. Cette terre importante était alors à la maison de Beaumont et non à celle de Rayneval. J'en avais déjà acquis la conviction intime, lorsque les travaux d'Alex. Hermand, bien que peut-être en partie inexacts sur ce point, ont achevé de me le démontrer.
Après la mort, sans enfants, de Béatrix de Laval, dite de Gavre, la terre de Fauquembergues et la châtellenie de St-Omer, pour un motif que je n'ai pu m'expliquer nettement, sortirent de la maison Laval-Gavre, et firent retour

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à un des parents de cette Dame du côté maternel. Ainsi que je l'ai fait observer dans le texte, Florent de Beaumont fut envoyé en possession de ces deux domaines ; mais il mourut presque immédiatement laissant plusieurs enfants. L'aîné, Jean de Beaumont, fut reconnu châtelain de St-Omer en février 1364 (v. s?) et sans doute en même temps comte de Fauquembergues ; dès 1365, il plaidait au sujet de ces fiefs contre le connétable, veuf de la châtelaine, et après avoir pris, en 1365, 1366 et 1368, sur ses diplômes, le titre de comte de Fauquembergues, il vendit en 1368 la châtellenie, ainsi que le comté, à Eustache de Conflans, avoué de Thérouane. Toutefois, au bout de peu de temps, il revint sur ce marché et reprit les deux domaines, pour revendre en 1370 (selon l'arrêt de 1403, à ce que dit Alex. Hermand) ou en 1372 (suivant le jugement de 1409 dont on trouvera plus bas un extrait) à Jeanne de Luxembourg, veuve, sans enfants, de Gui de Chastillon, comte de St-Pol, décédé en 1360. Jeanne, par son testament, qui, selon M. l'abbé Robert, daterait de 1384, laissa Fauquembergues (je ne parle pas de la châtellenie de St-Omer, dont le suzerain avait opéré le retrait) à Walerand de Rayneval, son neveu, fils aîné de Raoul do Rayneval, grand-panetier de France, et de Philippe ou Philippotte de Luxembourg.
Suivant M. le comte René de Belleval, dans l'ouvrage si patriotique et si éminemment national qu'il consacre à la bataille d'Azincourt, Walerand de Rayneval aurait pris en 1392 le titre de comte de Fauquembergues à la mort de sa tante dont il était héritier ; mais M. F.-V. Goethals (« Dictionnaire », t. IV, verbo Thiennes) ne fait mourir la comtesse de St-Pol qu'en 1394, et selon M. l'abbé Robert (« Notice sur Fauquembergues, p. 41), dès 1385, le sire de Rayneval était en contestation avec le neveu de celui qui avait vendu Fauquembergues, avec Jean de Beaumont, sire de Pitgam et fils de Gérard, dit Lancelot. Jean, prétendant que Fauquembergues valait 30,000 florins, alors que la vente n'avait eu

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lieu que pour 5,977 liv. d'or, cherchait à en opérer le retrait, qu'il finit par obtenir en vertu d'un arrêt du Parlement de Paris.
André Du Chesne (« Maison de Chastillon », p. 181), cité par Vredius, «Généalogie des comtes de Flandre», Bruges, 1642, IIe partie, p. 22, nous donne des extraits sommaires relatifs à cette affaire et, bien qu'ils soient trop abrégés, je n'hésite pas à les reproduire ici, d'après le même de Vrée :
« Plaïdoyé du Parlement de Paris : Lite mota in nostra Parlamenti curia, inter Johannem de Bellomonte scutiferum Dominum de Pitecan et Waleramum de Rainevalle, « comitatus de Falcomberca detentorem, defensorem, ex altera parte super eo quod dicebat dictus actor quod defunctus Johannes de Bellemonte dictus Sanxe, nobilis homo, etc., dictum comitatum, tempore praedicto Lxxij, cum omnibus suis pertinentiis defunctae Joannae de Lucemburg, quondam « comitissae S. Pauli, Dominaeque de Pernis, etc., vendi« derat, etc., xvu januarii MCCCCIX. »
« Item, inter Johannem de Bellomonte, Domicellum de Pitecan, et haeredem defuncti quondam Johannis de Bello monte, dicti Sance, militis, castellani S. Audomari, actorem ex una parte et dilect. et fidel. nosfrum Walerandum « de Rainevalle, comitem de Fokenberga militem, defenso« rem, ex altera, etc., xxvn aug. MCCCCIIJ. »
Le premier de ces deux extraits concerne le jugement qui mit un terme au procès ouvert depuis vingt-quatre ans ; M. l'abbé Robert (loco citato) et Alex. Hermand indiquent la date du 8 janvier, et Malotau de Villerode le 18, mais ces minimes différences ne présentent aucune importance. Quant au second extrait, il a trait, ainsi qu'on peut le voir, au jugement de 1403, dont je ne connais pas le dispositif exact.
Ajoutons que, dans sa « Notice sur l'église de Fauquembergues » (St-Omer, 1854, p. 8), M. H. de Laplane se garde bien de confondre le comte de Fauquembergues de 1402, c'est-à-dire Walerand de Rayneval — qu'il appelle malheureusement

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Walerand de Luxembourg—, avec celui de 1415, qu'il nomme plus judicieusement Jean de Beaumont.
Selon Alex. Hermand («Histoire monétaire d'Artois»), dont je n'ai plus l'ouvrage sous les yeux, ce qui m'oblige à me contenter de notes sommaires prises à une date déjà ancienne, selon Alex. Hermand, dis-je, le retrait du comté de Fauquembergues autorisé par le jugement de 1409, n'aurait pas été opéré sur Walerand de Rayneval, mais sur la fille et héritière de ce seigneur, Jeanne de Rayneval, mariée au vidame d'Amiens, Bauduin d'Ailly, dit Beaugeois, conseiller et chambellan du Roi, autre victime de la bataille d'Azincourt; mais je ne partage pas cet avis. Suivant Moreri (édit. de 1732, t. V, p. 438), le mariage de la fille de Walerand aurait eu lieu avant 1406, et M. le comte de Belleval («Azincourt», p. 130; « Nobiliaire du Ponthieu et du Vimen», t. II, p. 3) nous en fournit le millésime précis, 1387. Dumont, ou plutôt P.-J. de Castro y Toledo, seigneur de Puyvelde, dans ses « Généalogies de quelques familles des PaysBas » (Amsterdam, MDCCLXXIV, verbo Ailly, p. 87), donne bien à la vidamesse d'Amiens le titre de « comtesse de Fauquemberghe », mais cette assertion aurait grandement besoin d'être justifiée, et, selon moi, rien n'infirme d'une façon sérieuse l'opinion des nombreux auteurs qui font mourir Walerand de Rayneval à Azincourt. Seulement, il règne à ce sujet un peu de confusion qu'un examen attentif m'a permis de débrouiller.
D'après Moreri, Raoul, IIe du nom, sire de Rayneval, Pierropont, Fouilloi, etc., grand-panetier de France — auquel M. Emile Le Chanteur de Pontaumonta consacré un ouvrage que je n'ai pu me procurer («Raoul de Rayneval ou la Normandie en 1380», Paris, 1832 et 1838, in-8°) se maria, — par contrat du 19 novembre 1350, — à Philippe de Luxembourg, qui fut sa première femme et qui mourut avant 1361. Walerand, premier né de cette union, n'avait donc en 1415 qu'un poupins de soixante ans, et, à une époque où l'on mourait en quelque sorte sous le harnais, il devait être

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regardé comme un homme encore fort valide. Cette présomption très vraisemblable serait néanmoins tout à fait insuffisante pour faire admettre la présence de ce seigneur à la bataille d'Azincourt, et je ne m'y arrêterais pas si je ne pouvais constater que les chroniqueurs qui ont enregistré les noms des principales victimes de cette néfaste journée, mentionnaient simultanément le seigneur de Rayneval et le comte de Fauquembergues.
C'est à ce sujet que je regrette d'être en désaccord avec M. le comte de Belleval. L'éminent historien mentionne à son nécrologe d'Azincourt, p. 148, le seigneur de Béthencourt ; p. 189, le comte de Fauquembergues ; p. 243, le seigneur de Rayneval et son frère. Suivant le plan général qu'il s'est tracé, il donne sur chacun de ces personnages d'intéressants détails, et il s'efforce de les suivre dans toute leur carrière politique et militaire.
Mais, à ses yeux, le comte de Fauquembergues n'est autre que Walerand de Rayneval, alors qu'il s'appelle réellement, le jugement de 1409 ne permet pas d'en douter, Jean de Beaumont. Cette première divergence d'interprétation me conduit forcément à en signaler d'autres. D'après M. de Belleval , « le seigneur de Rayneval et son frère » doivent se traduire par Jean de Rayneval et par son frère Aubert, tandis que, d'après moi, le seigneur de Rayneval n'est autre que Walerand lui-même, qui conserva toute sa vie le fief dont il portait le nom. A son tour, le « frère» devient Jean de Rayneval, chevalier, seigneur de Méraucourt, Coudun et Dronai. La personnalité du seigneur de Béthencourt donne enfin lieu à une observation analogue ; M. de Belleval, se fondant sur le texte un peu obscur de St-Remy, en fait Dreux d'Argies, alors qu'il est nécessairement Aubert de Rayneval auquel l'historien d'Azincourt donne lui-même, p. 244, le titre de seigneur de Béthencourt, que l'on trouve accolé à son nom dans Moreri et, par conséquent, dans le Père Anselme, son guide.— La haute impartialité et la

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parfaite courtoisie qui distinguent M. de Belleval, lui feront aisément admettre le motif pieux de ma petite rectification : j'ai tenu à restituer à notre terre de Flandre l'une des plus nobles victimes de la journée d'Azincourt. Mes observations ne portant d'ailleurs que sur un fait isolé, ne sauraient diminuer en rien la valeur de son précieux travail. Le savant historien m'excusera aussi d'avoir poussé le scrupule jusqu'à étendre la rectification aux frères du seigneur de Rayneval ; mais j'ai pensé qu'il était indispensable de rétablir la situation exacte de tous les membres de la famille.
Autre rapprochement à noter : Jean de Beaumont, comte de Fauquembergues, avait vendu à un membre de la maison de Créquy une rente que celui-ci donna à sa sœur Jeanne de Créquy, femme de Robert de "Wavrin, sénéchal de Flandre, également tué dans la « male journée d'Azincourt» (cf. «Recueil généalogique », t. II, p. 102).
Après avoir restitué à notre Flandre maritime une des plus intéressantes figures de ce Waterloo ou de ce Sadowa du moyen âge, et après avoir rendu au vaillant chevalier de 1415 sa véritable individualité, il me paraît utile de rechercher quel pouvait être le « comte de Walkenberghe » qui figurait en 1383 parmi les chevaliers employés du côté d'Ypres contre les Anglais. Etait-ce Jean I de Beaumont ? On l'admettra assez difficilement si l'on se rappelle que ce seigneur avait depuis longtemps aliéné la terre de Fauquembergues. On ne sera pas davantage tenté de croire que c'était Walerand de Rayneval qui, je l'ai fait remarquer précédemment, n'aurait pris le titre de comte de Fauquembergues qu'à la mort de sa tante, c'est-à-dire en 1392 ou en 1394. Etait-ce enfin un seigneur de Fauquemont (Flandrice Valkenberghe) ? Je ne me trouve pas en état de trancher la question, et je me bornerai à transcrire les renseignements que fournissent à cet égard les comptes de la ville d'Ypres pour 1384 : « Au comte de Walkemberghe, par Jacques de Dickemue, presté sour ses

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soudoyers lezquels on luy devoit de che qu'il estoit en soudoye de la ville avec J quantité de gens d'armes devant le bezit «(siège?) de la ville 72 li. » (Cf. «Annales» de la Société d'Ypres, 1862, p. 135). Quant au châtelain de St-Omer qui assista en 1384 à cette pompe funèbre de Louis de Male, si magnifiquement décrite par le prince de nos historiens, M. le baron Kervyn de Lettenhove, était-ce Jean I de Beaumont? Je ne le pense pas, car on se rappelle que ce seigneur avait aliéné la châtellenie de St-Omer, et que le suzerain avait opéré le retrait féodal de cet office. C'était donc vraisemblablement un simple capitaine du château de St-Omer ; mais l'état actuel de mes recherches n'est pas encore assez avancé pour que je me prononce d'une façon positive. Dans tous les cas, ce n'était pas Jean de Beaumont, seigneur d'Armeville, maître des eaux et forêts de Picardie, qui vivait en 1408 (cf. « Mémoires » de la Société des Antiquaires de Picardie, ne série, t. x, p. 30) et que l'on trouve mentionné à la même date dans Dom Caffiaux, p. 749, avec les titres de maître des eaux et forêts de France, Champagne et Brie, chambellan du duc de Berry.

XLIV.
Généalogie de St-Omer, dans les manuscrits d'André Du Chesne et, d'après cette autorité, Dom Caffiaux « Trésor généalogique », p. 719, 731 et 732. Sur les indications qua je lui avais remises, M. J.-J. Carlier, avec l'inépuisable obligeance qu'il témoigne à ses confrères, a bien voulu transcrire pour moi le document en question, et il a acquis ainsi un titre de plus à ma profonde gratitude.
Les renseignements fournis par Malotau de Villerode sont encore moins acceptables. Suivant cet autour, Jean II de Beaumont avait « épousé Agnès da Humières, fille de Ma« thieu, seigneur de Humières, et de Agnès de Recourt, dont « il procréa un fils ; c'est Rodolphe, comte de Fauquemberghe, seigneur de Pittccan, Wattigny, Roquetoire, etc.,

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« allié avec Dame Marie de Bourgogne, fille d'Antoine, dit le « Grand, comte de la Roche, seigneur de Bèvre, chevalier de la Toison-d'Or, et de Jeanne dela Viesville, quimourut sans hoirs. La fille de Gérard de Beaumont, surnommé Lancelot, fut Dame de Beaumont, héritière de tous les biens « de son neveu Rodolphe ».
Devant revenir plus loin sur ce sujet, il me suffira ici de grouper quelques dates pour démontrer toute l'absurdité de ce que dit le généalogiste douaisien. Jean II de Beaumont, mort en 1415, à la bataille d'Azincourt, serait le père d'un Rodolphe que nous verrons vendre en 15.. le comté de Pauquembergues, et à son tour ce Rodolphe mort sans enfants, aurait eu pour héritière sa grande-tante, nécessairement née dans le XIVe siècle. — II n'est pas nécessaire d'insister davantage, tout ce fragment n'étant qu'un contre-sens. — (Comme dernière preuve de mon assertion, voyez entre autres la généalogie de la famille d'Humières dans Moreri, édit. de 1732, t.IV, p. 206, et le Père Anselme, son guide.)

XLV.
Lachesnaye-Desbois, le « Recueil généalogique» etl'«Annuaire», déjà cité, du baron de Steind'Altenstein.
Le désaccord qui règne entre la généalogie manuscrite de Du Chesne, mentionnée au commencement de la note XLIV, et ces différents auteurs, est peut-être plus apparent que réel : Jeanne de Beaumont peut très bien avoir été apanagée par son frère de la terre de Beaurieux dont sa famille prenait parfois le nom, ainsi que nous l'avons vu à l'appendice XLI, et dont l'église paraît avoir été bâtie vers 1400 (« Recueil de notices et articles divers sur la contrée formant l'arrondissement d'Avesnes », p.. 50; «Bulletin» de la Commission historique, t. ix, p. 171), c'est-à-dire du vivant de Jean II de Beaumont. Jeanne me semble plutôt encore avoir possédé à titre d'héritage cette seigneurie, dont le titre aura été pris par le seigneur de Vertain (Louis ? Wautier?)

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comme mari et bail de la propriétaire dans l'acte de relief qu'il dut présenter au nom de sa femme, en qualité de comtesse de Fauquembergues.
XLVI.
Le «Recueil généalogique» cité, dit, p. 222, que ce seigneur brisait d'un lambel à trois pendants de gueules les armes de la maison de Bousies, qui sont : d'azur, à une croix d'argent; la généalogie de Du Chesne attribue au contraire à son fils Wautier, dit Fier-à-Bras, les armes pleines de la famille, et à Jeanne de Beaumont celles de Moerbeke, expression qui n'est pas d'une précision rigoureuse — car les armes de Moerbeke étaient différentes au XIVe siècle, elles offraient une brisure; — cette définition doit ici s'interpréter par de St-Omer plein, soit : d'azur, à une fasce d'or.
M. Caverne cite un Fier-à-Bras de Vertain en 1386 (« Bulletin » de la Commission historique, t. vn, p. 341) ; de son côté, M. F.-V. Goethals rencontre Fier-à-Bras de Vertain, bâtard, homme de fief du comte de Hainaut (vidimus du 15 mai 1391, rapporté par le comte de St-Genois, « Monuments anciens», t. 1, p. 306; cf. .« Dictionnaire », t. IV, verbo t'Serclaes, notes sur la famille de Hennin, Ve degré). Il mentionne aussi une sentence rendue à Valenciennes le vendredi avant la Pentecôte 1401, et à laquelle prit part Fier-à-Bras de Vertain, seigneur de Bellereille, chevalier, « Dictionnaire » loco citato, VIe degré).
Cette branche de la maison de Bousies a été généralement connue sous le nom de Vertaing ou de Vertain, qu'elle prenait de la paroisse de Vertain (aujourd'hui canton de Solesmes, arr. de Cambrai), qui passa ensuite à la maison de Rubempré, et qui, avant d'appartenir à la famille de Bousies, semble avoir donné son nom à une maison distinguée : Algan de Vertain était grand-prévôt de Cambrai en 1199 (« Bulletin » de la Commission historique, t- VII, p. 341).
Le cri de la famille de Bousies était : Bousies au bon fier!

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(cf. du Gange, à la page 201 de ses observations sur les « Mémoires» de Ville-Harduin dans l'«Histoire de Constantinople sous les empereurs français », Paris, imp. royale, 1657, in-fol., volume qui fait partie de la collection dite « Byzantine »). L'expression Fier-à-bras n'est généralement pas comprise, car elle ne signifie pas un homme fier, mais bien un guerrier ayant toujours le fier (fer, ferrum) à bras, enfin un homme semblable aux chevaliers dont les sceaux équestres du moyen âge nous ont conservé les effigies un peu rébarbatives. Ce surnom devint presque héréditaire dans la famille de Bousies ou, tout au moins, dans la branche de Vertain.
Dès le xve siècle, la maison de Bousies, qui, du reste, remonte aux croisades, était chapitrale : Marie, Jeanne et Marguerite de Bousies, dites de Vertain, étaient, au 15 novembre 1487, chanoinesses de Ste-Waudru, à Mons (cf. M. F.-V. Goethals, « Dictionnaire héraldique », t. IV, verbo Spangen).
Quant à la terre de Bousies, aujourd'hui commune du canton de Landrecies, elle aurait été à la fois pairie du Cambrésis et pairie du Hainaut (« Bulletin » de la Commission historique, t. ix, p. 105-106). Le château féodal qui s'y trouvait n'a été démoli qu'il y a quelques années (cf. ibid.).

XLVII.
Archives départementales du Nord, registre D, 45, intitulé : « Déclaration des villages et feux des pays dont l'eu «compte en la Chambre à Lille », 1469, on voit que Pitgam avait cent trente-quatre feux. Selon l'usage suivi autrefois (cf. Bulletin du Comité flamand, t. I, p. 344), on comptait neuf personnes pour deux feux, ce qui donne en définitive un total de six cent trois habitants, parmi lesquels il y avait « XIIJ povres ». — En l'an XIII le préfet Dieudonné attribue à Pitgam, dans sa « Statistique », 1,666 habitants; IV Annuaire» de 1827 en indique 1,724; celui de 1850, 2,157.

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On ne doit pas oublier les terribles guerres dont la Flandre maritime avait été le théâtre pendant les deux premiers tiers du xve siècle.

XLVIII.
Et non fille du comte de Beaumont, comme il est dit dans divers auteurs, auxquels se joint l'« Annuaire» de la noblesse de Belgique pour 1853, p. 60, qui fait ce comte de Beaumont de la maison de Flandre.
Bonne de Flandre portait, selon les manuscrits do Du Chesne, ut supra : « de Guistelle, à.... de.... au premier quartier», ce qui doit s'interpréter : « de Ghistelles au canton de Flandre », qui sont les armes de la maison de Flandre-Drincham.
Cette famille, issue de Louis de Male, comte de Flandre, par Jean, dit Sans-Terre, son fils bâtard, avait payé un rude tribut aux guerres du temps. — Jean Sans-Terre, sire de Drincham, avait péri à Nicopolis , et son proche parent Raoul de Flandre, chevalier banneret, chambellan du roi Charles VI, qui ne figure pas dans les généalogies, mais que le blason inscrit sur le scel dont il faisait usage, me permet de reconnaître comme devant se rattacher à la branche de Drincham, succomba à Azincourt après avoir pris part à plusieurs expéditions antérieures (cf. M. le comte de Belleval, qui, dans son « Azincourt », p. 191, donne sur Raoul d'intéressants détails, tout en ayant reconnu sa filiation).

XLIX.
M. l'abbé Robert, ibidem ; il avait en outre le titre de seigneur de Roques, suivant le même auteur, p. 49.
D'après les manuscrits de Vernimmen de Vinckhof (carton ni, pièce 24), autrefois conservés chez feu M. Aug. du Hamel de Canchy, Jean de Vertain aurait laissé Pitgam en 1474 à son frère Engilbert, ce qui ne concorde pas avec ce que je viens d'emprunter à M. l'abbé Robert, et l'opinion de ce dernier écrivain est, pour ce qui concerne Fauquembergues, en

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grande partie d'accord avec ce que dit Alex. Hermand dans son « Histoire monétaire d'Artois ». Maintenant faut-il accorder créance au scel incomplet que M. l'abbé Robert, p. 49, dit avoir rencontré dans le grand cartulaire comme étant celui de Jean de Vertain? Il s'éloigne tout autant du blason de la maison de Bousies que des armoiries des anciens comtes de Fauquembergues. On sait en outre que le compilateur du chartrier de l'abbaye de St-Bertin, D. de Witte, était bien plus savant diplomatiste et paléographe plus expert, que dessinateur exact et fidèle héraldiste.

L.
La dernière forme, moins correcte, est employée par la plupart des auteurs et, notamment, dans Carpentier, t. II, p. 814. — Suivant cet auteur, qui ne parle point de la femme d'Engilbert de Vertain, et qui ne donne pas la généalogie complète de la famille de Mortagne, la branche d'Espierres sortait de Roger de Mortagne, seigneur d'Espierres, et de N., Dame de Senaffe, veuve de Roger de Braine. Les armes de Mortagne étaient : de gueules, à une croix d'argent; mais les branches puînées modifièrent souvent les émaux de ces armoiries. —Un savant érudit douaisien, M.Félix Brassart, qui a publié, dans les « Souvenirs de la Flandre wallonne », t. VI, un bien curieux document sur la famille Mortagne, écrit d'Espière. Je n'ai jusqu'ici aucune filiation bien suivie de la maison de Mortagne, et, particulièrement, je n'ai pas rencontré les ascendants directs de Jeanne d'Espierres ou d'Espière.

LI.
Lachesnaye-Desbois, ut supra. — La famille de Rabodange ou de Rabodenges, qui avait des ramifications en Normandie, province dont elle était peut-être originaire (il y a un village de ce nom dans le département de l'Orne), où elle se maintenait il y a quatre-vingts ans et où elle existe

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peut-être encore aujourd'hui, était une des plus anciennes et des mieux alliées de la châtellenie de St-Omer. Un de ses membres, Alard, sire de Rabodenges, — qui doit être celui dont je trouve la trace comme grand-bailli de cette ville à partir de 1446 jusqu'en 1478, soit précisément au temps de Jean II de Vertain, — avait épousé Isabeau d'Ailly, fille de Raoul, vidame d'Amiens, baron de Picquigny, et de Jacqueline de Béthune, Dame d'Ingelmunster, etc. (cf. Carpentier, t. I, 3e partie, p. 62; M. le comte de Belleval, « Nobiliaire du Ponthieu et du Vimeu », t. II, p. 1 ; le « Recueil généalogique», etc.). Une famille ainsi posée dans le pays aurait-elle prêté ses filles aux plaisirs d'un seigneur voisin, se fût-il appelé le comte de Fauquembergues et eût-il été de la maison de Bousies-Vertain?
Les armes de Rabodenges étaient : d'or, à une croix de gueules. (Armoriai publié dans les «Mémoires » de la Société des antiquaires de Picardie, t. XVIII, p. 320, comme étant du xve siècle, mais que certains indices me font présumer un peu antérieur.)

LII.
Cette partie de la chronologie des seigneurs de Pitgam est bien difficile à établir et plusieurs hypothèses suivies de points d'interrogation se présentent à mon esprit. Les généalogistes que j'ai sous les yeux (baron de Stein, «Annuaire», 1853, p. 60; Lachesnaye-Desbois, t. III, col. 859; « Recueil généalogique», t. i, p. 222), ne donnent à Jean et à Engilbert de Vertain qu'une sœur, et prêtent même généreusement au mari de celle-ci le titre de comte de Fauquembergues. Peut-on supposer qu'elle aurait été mariée deux fois, l'une dans la maison d'Ittre, l'autre dans la famille de Hun? Faut-il admettre, au contraire, que ces seigneurs, indépendamment de leur sœur Jeanne, en auraient eu une seconde, inconnue aux généalogistes précités, et mariée à un « de Hun»? Les deux Versions sont également possibles,

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surtout en présence de ce que Carpentier, t. II, p. 710, après avoir parlé d'un Jean(1) d'Ittre marié à N. de Bousies, mentionne, comme je le fais remarquer au texte, Jacques d'Ittre qui, avant hérité de la terre de Familleureux-sous-Nivelle, de Jean de Vertain, la transporta avec Jean de Hun, son cohéritier, à Jacques de Laleus. On sait qu'à cette époque le sort des seigneuries de Pitgam et de Fauquembergues était intimement lié. Doit-on prendre pour exacte la dénomination de comte de Fauquembergues attribuée par Laurent Le Blond, ou plutôt par son éditeur, à Jean de Hun, seigneur de Villers et de Beaurieux, vivant vers 1500, alors que le «Recueil généalogique » cité plus haut l'applique à la femme d'Etienne d'Ittre, sa contemporaine, et à quoi aboutissent ces assertions contradictoires en présence de ce que disent Alex. Hermand («Histoire monétaire d'Artois ») et M, l'abbé Robert («Notice sur Fauquembergues »)? Ces deux érudits me fournissent le prénom du comte de Fauquembergues qui aliéna ce domaine en 1503 et qui le vendit à Antoine, baron de Ligne ; mais sans doute, faute d'avoir connu sa famille, ils se bornent à l'appsler Rodolphe et à dire qu'il avait épousé une fille du grand seignour de « Beuvre ». Il n'était certainement pas de la maison de Beaumont comme le prétend un auteur (Malotau de Villerode), était-il davantage de la maison d'Ittre, ou, en définitive, était-il de la famille de Hun? Carpentier, qui, salon sa fâcheuse habitude, se garde bien de donner une généalogie complète de la maison d'Ittre, et qui ne publie que des noms détachés les uns des autres, ne m'est ici d'aucun secours. Malotau de Villerode, ainsi que je l'ai signalé à l'appendice XLIV, se montre très libéral à l'égard de Jean II de Beaumont, en lui prêtant une postérité imaginaire répudiée par la chronologie ; mais, d'accord avec MM. Robert et Alex. Hermand, il donne pour femme à Rodolphe (de.... ?), comte de Fauquembergues, « Marie de Bourgogne, fille d'Antoine, dit le Grand, comte de la Roche, seigneur

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de Bevre, chevalier de la Toison-d'Or, et de Jeanne de « la Viesville », mariage dont la généalogie de Bourgogne-Beveren, insérée au « Nobiliaire des Pays-Bas » (édition Herkenrode), ne me fournit pas de traces.
Je laisse à d'autres, mieux renseignés, le soin de combler cette lacune.

LIII.
On se souvient qu'Engilbert de Vertain avait également épousé une Mortagne, mais d'une autre branche. Les armes pleinos de la famille de Mortagne, l'une des plus illustres des Pays-Bas, étaient : de gueules, à une croix d'argent, selon Carpentier, t.II, p. 812 ; mais, ainsi que je l'ai déjà fait observer à l'appendice L, les branches puînées adoptèrent généralement pour brisure une modification dans les émaux, et Claire, femme de Jean de Hun, portait : d'or, à une croix de gueules, suivant Laurent Le Blond, ouvrage cité, p. 273. — Quant au blason de la famille de Hun, il est énoncé de façons variées par le dernier auteur ; je crois être exact en disant que les armes pleines de cette maison étaient : coupé, émanché d'or et de sable. La généalogiste valenciennois prétend que Jean, marié à Claire de Mortagne, écartelait ses armes d'un écu d'azur, à neuf fleurs d'or posées 3.3.3, alors que le « Recueil généalogique », t. II, p. 38, attribue à ce rameau de la famille de Hun un écu : de sable, au chef émanché d'or; écartelé : d'azur, semé de fleurs de lis d'argent.

LIV.
Dans un petit bâtiment carré, d'ancienne construction, attenant au chœur avec lequel il cmomunique, et qui servait jadis d'oratoire pour les seigneurs de Beaurieux et leur famille , on voit une pierre tombale imagée placée dans le pavé au centre de l'oratoire et portant sur le pourtour comme encadrement :
« Chi gist Jan de Hun segr de Villers et Beaurieux qui

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trespassa l'an Ve le IIJ d'octobre — Et aussi gist noble Demoiselle Jehenne de Roisin, son espeuse, qui trespassa « le iiij de may XVcXXVIIJ. — Priez Dieu pour leurs âmes.» (Cf. « Recueil de notices et articles divers sur la contrée formant l'arrondissement d'Avesnes », par le président Lebeau et M. Michaux aîné, p. 73. — On peut aussi voir «Annales» de la Société archéologique de Namur, t. VIII. p. 193).
Soit que, Jean de Hun étant mort plusieurs années après sa femme, ses héritiers aient oublié de faire compléter la date de son décès sur le tombeau qu'il s'était préparé, ou que les érudits auxquels j'emprunte cette épitaphe ne se soient point aperçus qu'une partie du millésime était effacée (ce qui me semble plus probable, puisque le jour s'y trouve indiqué), l'année de la mort de Jean II de Hun est incomplèté dans l'inscription qu'on vient de lire : il faut XVcXXXVIIJ, ainsi que je l'ai dit dans le texte. L'on ne saurait oublier que Jean III n'est mort qu'en 1563, et que sa sœur et héritière Antoinette vécut jusqu'à la fin du XVIe siècle, ce qui serait inadmissible si leur père commun était mort en 1500; il est inutile d'énumérer les autres preuves qui se pressent sous ma plume.

LV.
Elesmes, canton de Maubeuge, arrondissement d'Avesnes.
Cette paroisse était divisée en deux seigneuries. La succession des familles qui possédèrent celle dont il s'agit ici est incomplètement donnée dans le « Bulletin » de la Commission historique du département du Nord, t. IX, p. 126 ; elle semble même offrir des transpositions ; car l'auteur omet la maison de Hun et indique les seigneurs de Mortagne (1),

1 Gilles de Mortagne, chevalier, seigneur de Polelles et d'« Elesmes», mourut antérieurement à 1410 (cf. D. Caffiaux, p. 561). Ajoutons qu'un seigneur d'Elesmes avait été en 1296 le bienfaiteur de l'abbaye de La Thurc (cf. M. Lejeune, ouvrage déjà cité, p. 659).

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de Potelles, etc. (sic), les sires de Glarges, la maison de Ste-Aldegonde, celle de Martigny de La Waite, et, enfin, les comtes de Gomignies. Cette terre ne doit pas être confondue avec celle d'Helesmes, paroisse de l'Ostrevant, qui forme aujourd'hui une commune de l'arrondissement de Valenciennes, canton de Bouchain, et qui, après avoir été donnée en 847 à l'abbaye de St-Amand, par Charles le Chauve, forma plus tard un domaine séculier et donna son nom à une famille qui figura aux croisades, dans la personne de « Lyenars de Hielesmes », au témoignage de Henri de Valenciennes, continuateur de Ville-Hardouin, cité par M. Celliez, « Bulletin » de la Commission historique, t. VIII, p. 37). Thierry du Chasteler (issu de la maison de Lorraine), chevalier, grand-bailli du Hainaut, devint seigneur d'Helemmes en Ostrevant par inféodation du 14 septembre 1307 ; son fils aîné, nommé Thierry comme lui, à son tonr, seigneur d'Helemmes et grand-bailli du Hainaut, étant mort en 1327 sans postérité, eut pour héritier de cette terre son frère Jean du Chasteler, chambellan du Roi de France, vivant en 1332, et le petit-fils de Jean, Arnould du Chasteler, vendit à Jean de Moncheaux la «ville et justice d'Helemmes en Ostrevant », le 5 juillet 1411 (cf. M. Goethals, «Miroir», t. n, verbo Chasteler, p. 848 à 855).

LVI.
La fait de l'extinction de la famille de Hun tel qu'il est relata dans cette épitaphe ne me paraît pas exact, car M. F.-V. Goethals, dans son « Dictionnaire héraldique », t. iv, verbo Pasquet, mentionne Anne de Hun qui devait vivre à la fin du XVIIe siècle, et qui avait épousé un Nicolas Pasquet, dont le fils, Jean-François, ne mourut qu'en 1756. — Le même auteur, dans ses différents ouvrages, me fournirait encore plusieurs autres preuves à l'appui de mon dire ; je crois néanmoins pouvoir me borner à colle que je viens de donner.

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La famille de Hun était originaire du comté de Namur où se trouvait la seigneurie dont elle avait pris le nom. En 1631, Philippe IV, roi d'Espagne, céda en engagère pour 2,400 liv., à « messire » Thierry de Celles, la terre et seigneurie de Hun, avec toute justice, appendances et dépendances (registre des chartes n° 63, fol. 212, aux archives départementales du Nord).— Cette engagère paraît n'avoir été que la régularisation d'une situation antérieure, car la quittance de la somme sous la date du 12 novembre 1626 (cf. registre idem, fol. 214. J'emprunte ces renseignements aux «Bulletins» de la Commission royale d'histoire de Belgique, 3e série, t. V, p. 169). — M. Goethals, « Miroir », t. II, p. 325, 326 et 330, dit que Louis de Beaufort, baron de Celles, transporta la terre de Hun à son troisième fils, Thierry, chanoine de St-Lambert à Liège, et qu'à la mort de ce dernier, elle passa à ses héritiers : Albert, comte de Beaufort et baron de Celles, en était seigneur au commencement du XVIIIe siècle.
La famille de Hun s'était d'ailleurs antérieurement alliée à celle de Beaufort ; car Josse de Hun, écuyer, seigneur de Bierwar, fils de Henri, écuyer, seigneur d'Arles, de Hosdun et de la Chapelle, avait épousé Catherine de Celles, fille de Louis, écuyer, sire de Celles, de Severy et de Villers-surLesse, haut-voué de Furfoz, mort en 1493 (cf. M. Goethals, ouvrage cité, p. 324). Je regrette de n'avoir pu consulter les manuscrits du héraut d'armes Le Fort, conservés aux archives de l'Etat à Liège. Le n° XI de la lre série renferme, p. 267, une généalogie de la famille de Hun depuis 1412; les nos 3 et 13 de la série II (« Recueils divers) » contiennent également quelques renseignements sur cette maison (voir les «Tables» publiées par M.Stanislas Bormans, t.I, p. 105, et t. II, p. 59).

LVII.
Leur monument, « dont la partie principale consistait endeux statues en demi-bosse, d'une belle sculpture, couchées

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sur une table épaisse de marbre noir, le tout engagé dans une niche demi-circulaire pratiquée dans l'épaisseur du mur méridional et revêtue d'un marbre pareil. Les statues ont été détruites à la révolution de 1793, mais le surplus est assez bien conservé. On voit encore au fond l'écu aux armes de ce seigneur et, sur les côtés, huit écussons blasonnés représentant les quartiers des deux époux, quatre à droite et quatre à gauche de l'inscription suivante :

Sovbz cest lame gis-
sêt mesr Jehan De HVN
Hvn............... chlr. seig. de Villers, Jon-.............. Martigny
qvere, Beavriev, Pitgam,

Elem, etc., ql tpassa le
Roysin.... IIIJe jor doctobre l'â XVcLXIIJ............... Barbanson
et qvât et Ivi ont prins fin
les armes et le nom. — Et
Dame Margverite De MAR
Mortaigne............. TIGNY, sa chere espevse,..... Lattre
Dame de La Carnoye, Mv
chenbvs, Seqvedin, etc.
Lavgne........................ qi trespassa lan XVc.. .....Croix
Diev par sa grace levr fas
misericorde... Amen.

Pour ce qui précède, voir le « Recueil » déjà cité de MM. Lebeau et Michaux aîné, ainsi que les « Annales » de la Société archéologique de Namur, t. VIII, p. 193. — Comme dans cette inscription l'année du décès de Marguerite de Martigny n'a pas été remplie, et que le texte ne porte pas d'indication quant au second mariage de cette Dame, il pourrait se faire en définitive que la femme de Jean III ait été enterrée ailleurs, peut-être auprès de Georges d'Eve, son second conjoint.
Le seigneur de Pitgam et sa femme avaient également leurs quartiers représentés sur une verrière au monastère du Grand-Bygaerde;

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au moins je crois pouvoir leur appliquer ceux que l'on rencontre dans les «Fragments généalogiques», t. I, p. 122, et dans la réédition du « Nobiliaire des Pays-Bas», p. 1306. Ils étaient, suivant cet ouvrage, rangés dans l'ordre suivant :
Hun............Martigny
Mortagne............Lattre
Roisin.............Barbençon
Launais........de Croix


disposition qui ne serait pas entièrement exacte pour la ligne maternelle, ainsi qu'on peut s'en convaincre par l' épitaphe rapportée plus haut et par les renseignements que voici :

Jean de HUN Sgr de Villers de Beaurieu, Pitgam ép. Marguerite de MARTIGNY remariée à Georges d'EVE

2 enfants?:
-1-Jean de HUN Sgr de Villers ect. ép.Jeanne de ROISIN
qui ont eu 2 enfants?:
-Jean de HUN Sgr de Villiers ect. ép Claire de MORTAGNE, Dame de Hundelghem.
-Jacques de ROISIN Sgr de Rongies ép. Marie de LAUNAY, Dame de Cordes.

-2-Jean de MONTIGNY ép. Baudouine de LATTRE
qui ont eu 2 enfants?:
-.....de MONTIGNY ép..... de BARBENCON
-Charles de LATTRE conseiller et chambellan de Charles V ép. Marie de CROIX


LVIII
Martigny: d'argent, à un chevron d'azur, accompagné de trois roses de gueules, «Nobiliaire», p. 1306.

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Antoinette, alias Marie, de Hun, devait même s'être marine antérieurement à 1554, puisque les manuscrits de Vernimmen de Vinckhof disent qu'elle vivait en 1554 et en 1561 avec Philibert de Martigny, son mari. — La famille de Martigny, dont j'ignore la provenance exacte, n'est pas plus que celle de Hun, originaire de nos contrées. M. F.-V. Goethals, « Dictionnaire héraldique », t. I, verbo Blondel, parle d'un Louis de Martigny, président du Conseil d'Artois et père de Marie, Dame de Lassus, alliée, par contrat du 3 février 1542, à Louis Blondel, seigneur de Beauregard ; de mon côté j'ai trouvé cette dernière Dame reprise dans les registres de la bourgeoisie de Bailleul (1).

LIX.
La terre de Villers-Poterie était au comté de Namur, et ne saurait conséquemment être confondue ni avec Villers-Pol (aujourd'hui canton du Quesnoy), ni avec Villers-sire-Nicole (canton de Maubeuge), ce que je crois devoir faire remarquer en présence du voisinage assez immédiat de ces deux dernières seigneuries avec Beaurieux. Galliot, « Histoire de Namur», t. VI, nous apprend que Villers-Poterie était une dépendance de la paroisse de Gerpinne. Avec M. de Robaulx de Soumoy, je dois reconnaître que la date de 1460 indiquée dans l'historien namurois comme étant celle à laquelle cette terre aurait été apportée à la famille de Martigny, par Marie [Antoinette?] de Hun est complètement fausse. Comme le dit très bien le savant érudit qui me fournit la matière de cette note (« Annales » de la Société d'archéologie de Namur, t. VIII, p. 194), Galliot semble n'avoir été que l'infidèle copiste de Gramaye (« Historia namurcensis, p. 74, édit. de 1708), qui s'exprime ainsi : « Joannes de Hun

1 «Vr. Marie (de Martigny) Ir : Mhr Louis de Blondel » (cf. «Algemeenen aenwjzor van alle de familie naemen hekent in den tweeden bock der geslachten gemaekt door d'heer ende meester Gislein de Poortere ».

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(Villers- Poterie) csepit possidere (1460) et ad haeredes transmittere, quorum Maria, Philibarto Martiniaco elocata, dotem attulit (1570) ».

LX.
Philibert de Martigny, que Charles-Quint avait plusieurs fois commissionné à l'effet de lever des troupes dans le Hainaut (Henne, « Histoire de Charles-Quint », cité par M. de Robaulx de Soumoy, « Annales », ut supra, p. 192), dès 1552, était capitaine de la forteresse de Marienbourg sous la «superintendance» de Philippe de Lalaing (cf. Lettre de Marie, reine de Hongrie, en date du 11 octobre 1552, dans les « Lettres des seigneurs », VII, p. 399, apud idem, p. 183). Il prit vraisemblablement part à l'expédition heureusement tentée au mois de décembre de la même année, contre un parti français qui était venu reconnaître cette ville («Annales », p. 183). Après avoir prévenu, le 1er mai 1554, la gouvernante des Pays-Bas de l'insuffisance de la garnison dont il pouvait disposer en ce moment (« Lettres des seigneurs », XI, p. 183, citées ibid., p. 183), après lui avoir signalé, le 21 juin, l'arrivée imminente des Français (mêmes «Lettres», XII, p. 145; «Annales», p. 185), et après lui avoir itérativement écrit, le 22, que l'ennemi était proche («Lettres», XII, p. 170, «Annales», p. 186), Martigny, qui n'avait à sa disposition qu'un enseigne d'infanterie à laquelle s'était joint un petit détachement venu de Chimay (cf. Franç, de Rabutin, « Commentaires des dernières guerres en la Gaule-Belgique», p. 168; — B. de Salignac, «le Voyage du Roi au Païs-Bas de l'Empereur en l'an MDLIII »; — « Papiers d'Etat », de Granvelle, t. IV, p. 262; le tout cité dans les «Annales», p. 186), et que l'on essaya vainement de secourir le 23 («Lettres des seigneurs», XII, p. 172, 195, 268; — Salignac, ouvrage cité, dans sa lettre datée de Dinant, le 12 juillet; — F. de Rabutin, p. 608; — « Annales », p. 187). capitula le 26, aux premières

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volées de canon (Salignae; Rabutin, lotis citatis). Disons toutefois à sa décharge que, dès le 23 après-midi, il avait, dans une lettre, manifesté à la Reine, ses appréhensions au sujet de la possibilité de recevoir des renforts (« Lettres des seigneurs», XII, p. 172; «Annales» citées, p. 188).
La perte de Marienbourg eut un immense retentissement dans les Pays-Bas : on sait avec quelle barbarie les armées belligérantes traitaient mutuellement à cette époque le territoire ennemi, et cette place avait précisément été établie en vue de protéger le pays contre les incursions françaises. Il n'est donc pas étonnant que les accusations les plus violentes aient été lancées à rencontre du malheureux gouverneur, coupable peut-être d'un moment de faiblesse ou plutôt convaincu de l'inutilité de la défense. Les uns, comme Guichardin (« Commentario delie cose memorabili in PaesiBassi», 1565, fol. 131), tout en paraissant écarter le bruit généralement répandu d'une trahison, le soupçonnent d'avoir cédé par lâcheté alors que, sans être largement pourvu de troupes et de munitions, il en possédait néanmoins assez pour résister quelque temps. Les autres, parmi lesquels il faut en première ligne ranger Pontus Heuterus, et une ancienne chronique de Flandre que MM. Kervyn de Volkaersbeke et Diegerick ont insérée dans leurs « Documents historiques inédits », veulent qu'il ait été gagné à prix d'or.
Quoi qu'il en soit deces allégations nécessairement exagérées par la colère et par le patriotisme blessé, Philibert de Marigny, après avoir mené depuis lors une existence malheureuse, finit par mourir à Paris (« Chronique » citée), où Pontus Heuterus, qui s'est constitué son principal accusateur devant la postérité, le vit cependant encore en 1560. M. de Robaulx de Soumoy, qui a consacré à la ville de Marienbourg une excellente étude historique à laquelle j'emprunte tous les éléments de la présente note, entre, au sujet du siège de la forteresse, dans des détails pleins d'intérêt. Peut-être cet écrivain, au mérite duquel je m'empresse de

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rendre un hommage mérité, a-t-il accepté trop complètement les assertions haineuses des historiens contemporains, et n'a-t-il pas tenu assez compte des documents provenant de l'accusé. On sait qu'en politique, il n'y a guères de malheurs, mais beaucoup de fautes : n'est-ce pas de cet axiôme à la Machiavel — et Guichardin, en sa qualité d'Italien, savait son Machiavel par cœur — que dérive la condamnation portée contre le gouverneur de Marienbourg. Mais ces réflexions, dans tous les cas, ne peuvent avoir qu'une valeur relative en présence des informations spéciales que M. de Robaulx de Soumoy, descendant des anciens seigneurs de Beaurieux, doit à sa position même.

LXI.
En 1620, Jacques de Robaulx, écuyer, gouverneur de Beaumont, aurait été seigneur de Beaurieux, au rapport de la « Notice sur la terre et pairie d'Avesnes », p. vj, et du « Bulletin » de la Commission historique du département du Nord, t. IX, p. 172), entré depuis peu de temps dans la famille. M. Goethals (« Miroir des notabilités nobiliaires », t. n, p. 384) publie un document qui prouve péremptoirement que Beaurieux était au contraire à Jean de Robaulx, frère aîné de Jacques, et comme lui gouverneur de Beaumont. J'ai cru devoir signaler cette circonstance à cause de la différence qu'elle apporte dans la filiation des seigneurs de Beaurieux. Je n'en dirai pas davantage : le lecteur trouvera dans M. Goethals, volume cité, p. 384, 387, 395, 406, 407, 408, et retro p. 403, 404, les renseignements nécessaires.
Mes recherches ne m'ont pas appris où se trouvait exactement placée une autre terre de Beaurieu qui appartint à la famille de Gavre, avec titre de comté; je sais seulement qu'elle était au pays de Liège, et qu'elle ne figure dans les ouvrages spéciaux parmi les possessions de la maison de Gavre qu'à partir de Charles de Gavre, mort en 1611. Ce seigneur avait pour mère Jeanne de Rubempré, dame de

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Wavrechin, décédée on 1548, fille elle-même de Jeanne do Bousies, dame de Vertaing (cf.M.Goethals, «Dictionnaire», t. II, cerbo Gavre, branche de Fresin, XVIIIe degré). Quoique les Bousies de Vertain fussent seigneurs de Beaurieux en Hainaut, on ne doit voir ici aucune connexité entre les deux noms de fief, et ce rapprochement est dû au hasard. La maison de Beaurieu du pays de Liége, sur laquelle il existe beaucoup de documents dans les manuscrits de Le Fort, entre autres une généalogie depuis le XIIIe siècle jusqu'en 1744, est reprise dans l'ouvrage de Hemricourt, qui restera toujours l'une des meilleures sources à consulter par les érudits touchant la noblesse des pays de Liége, de Namur et autres circonvoisins. Si je n'ai sur le fief liégeois aucune observation topographique à présenter, je suis, en revanche, disposé à croire, jusqu'à preuve contraire, que la seigneurie de Beaurieux, qui était, dans la première moitié du XVIIe siècle, à la famille de Béhault, était une éclisse ancienne du fief qui avait si longtemps suivi le sort de la terre de Pitgam (voyez M. Goethals, «Miroir», t. I, p. 136.), et que par conséquent c'était celle représentée par M. Caverne comme ayant été tenue de Chimay (cf. « Bulletin » de la Commission historique, t. IX, p. 172).
On fit, le 19 juillet 1612, une criée de la terre de Hérinsart (MM. Lebeau et Michaux, «Recueil», p. 111) ; le «Nobiliaire», p. 1305, donne pourtant le titre de seigneur de Hérinsart à Christophe de Martigny, fils de Philibert II : le domaine en question n' aurait-il étédécrété que sur celui-ci?
LXII.
Manuscrits de Vernimmen de Vinckhof; — Gramaye, édit. de 1708, p. 152;— M.de Laplane, «les Abbés de St-Bertin», t. II, p. 289; — «Chronique» d'André Loman, citée par le même; — Laurent Le Blond, «Quartiers généalogiques», p. 187 et 211. Le blason attribué à la famille de Grenet parce dernier auteur, p. 211, ainsi que par les « Notes historiques

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relatives aux offices et aux officiers du Conseil provincial « d'Artois» (p. 58., Douai, 1845, in-4"), ne concorde pas entièrement avec celui indiqué par Le Blond lui-même, p. 187. — Grenet s'arme d'azur, à trois gerbes bien grenées d'or liées du même, alias liées de gueules ; en général on abrège cet énoncé.
Cette maison existe peut-être encore aujourd'hui, au moins elle subsistait encore il y a vingt ans en la personne de Honorine-Charlotte de Grenet de Werp, décédée à Audenarde, le 13 juin 1847, veuve de N.-A.-J.-H.-G.-D. Daelman de Wildre. Elle était fille d'Alexis, capitaine, et d'Ernestine Huet (cf. M. F.-V. Goethals, « Dictionnaire », t. II, verbo Daelman, et verbo Glymes, branche de Hollebeke, XVIe degré).

LXIII.
Voir ci-devant appendice III. — Cette coutume de Pitgam a été imprimée plusieurs fois, entre autres : en 1617, dans les « Costvmen der Stede, Casselrye ende Vassalryen van Berghen Sinte Vinnocx », Gent, by JanVanSteene, in-4°; dans la réédition de ce recueil donnée en 1643, par « Anna Van den Steene, weduwe van Michiel du Lau » ; dans le « Grand Coutumier de Flandre », flamand-français, de Legrand, Cambrai, 1719, in-fol., t. II, etc
. Les fiefs qui, dans l'étendue de la paroisse, se trouvaient sous une autre mouvance que celle de la seigneurie, étaient-ils régis par la coutume de Pitgam, ou suivaient-ils celle de la châtellenie de Bergues ? C'est ce que mes recherches n'ont pu parvenir à déterminer exactement, bien que je sois disposé à accepter la seconde hypothèse. Une observation, qui n'est pas sans importance, mérite de trouver ici sa place à propos de l'édition de 1617. Au temps où ce recueil fut publié, les règles qui, plus tard, déterminèrent la valeur des hachures dans la gravure du blason, n'avaient point encore été établies. On ne saurait donc tirer aucune induction utile de la disposition des traits qu'offre


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l'écusson de Pitgam gravé sur le frontispice de l'ouvrage. Les armoiries de la paroisse et seigneurie de Pitgam ont été enregistrées à l'« Armoriai de Flandre » : d'azur, à la fasce d'argent (cf. l'édition de M. Borel d'Hauterive, Paris, 1856, p. 150; Annales du Comité flamand, t. II); je suis tout prêt à croire ce blason exact. Le curieux ouvrage du roi d'armes de Charles-Quint, Corneille Gailliard, publié récemment à Bruxelles, ne me fournit aucun renseignement et passe Pitgam sous silence.

LXIV.
Anthonio de Grenet, equite, Domino temporali deWerp, « Pitgam, etc., a Consiliis bellicis et status Suarum Serenis« simarum Celsitudinum », dit le procès-verbal tenu à cette occasion (cf. « Vita Sti Folquini », auctore D. de White, dont une copie manuscrite existait dans la bibliothèque de feu M. Aug. du Hamelde Canchy; «Histoire d'Esquelbecq », par MM. Bergerot et Diegerick, p. 42; « Mémoires » de la Société dunkerquoise, t. m, p. 122). — Comme le seigneur de Pitgam n'est plus qualifié ici gouverneur de Maestricht, je suppose qu'il n'était plus revêtu de ces fonctions, et qu'il était simplement membre des conseils de guerre et d'état.
(Sur le rôle de ces deux institutions dans le gouvernement des Archiducs, voyez Jean de Seur, « Flandre illustrée », Lille, 1715; «Relation de Flandres», dans les « Souvenirs » de la Flandre wallonne, t. VI.— En 1610, c'était un personnage de la contrée, Nicolas de Montmorency, baron d'Haveskerke, seigneur de Vendegies, créé comte d'Estaires en 1611, et chef des finances, qui jouait le principal rôle dans le conseil d'état. Quant au conseil de guerre, dont la composition n'est que très sommairement indiquée dans la «Relation de Flandres » déjà citée, plusieurs gentilshommes du pays, des Guernonval, des Rape, etc., furent à ma connaissance également appelés à y siéger dans le premier quart du XVIIe siècle.)

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LXV.
Jean Derheims, « Histoire de St-Omer », p. 610, donne quelques détails sur cette fondation ; mais il applique mal à propos le titre de mayeur de St-Omer à Antoine de Grenet, qui ne figure pas sur la liste de ces magistrats communaux telle qu'elle a été publiée par M. H. de Laplane, dans le « Bulletin » de la Société des antiquaires de la Morinie (liv. 35 à 38). L'historien de St-Omer, abusé sans doute lui-même par des documents fautifs, attribue à la fondation des Douze-Apôtres la date de 1619, qui ne doit, suivant toute apparence, s'entendre que de la pose de la première pierre de l'établissement hospitalier, puisque Charlotte Zoete serait, suivant M. Goethals, morte en 1615, et qu'elle aurait été cofondatrice. Derheims en outre estropie singulièrement le nom de la Dame de Pitgam puisqu'il la nomme Charlotte Roels.
Collet, écrivain des plus superficiels, commet également cette dernière faute dans sa «Notice historique sur St-Omer», p. 92 ; il y ajoute celle plus lourde de fixer à 1683 la date de l'établissement.
Enfin, par inadvertance, le savant historien de l'abbaye bertinienne revenant sur ce qu'il avait écrit à propos de cette fondation (à la p. 241, t. II), a dit depuis, à tort, dans le « Bulletin » de la Société de la Morinie, 9e année, p. 853, que la maison des Douze-Apôtres « ainsi qu'il l'avait avancé ailleurs » était due à Valentin de Pardieu, mayeur de St-Omer en 1570. L'honorable M. de Laplane a été mal servi par ses souvenirs et ne s'est pas rappelé qu'il faisait confusion avec la maison de Ste-Anne, dont il avait effectivement attribué la fondation au fils homonyme du mayeur, à Valentin de Pardieu, seigneur d'Esquelbecq et gouverneur de Gravelines (« Abbés de St-Bertin », t. n, p. 172). Charlotte Zoete était fille de Denis Zoete, seigneur de Houtain-le-Val, de Rymbrouck, et de Catherine de Haynin. Elle avait perdu

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un frère à l'assaut d'Anvers, et, ainsi que je l'ai dit plus haut, elle serait morte en 1615. M. Goethals (« Dictionnaire héraldique », t. I, verbo Camusel) donne un fragment de la généalogie de cette très ancienne famille, qui joua un rôle important dans l'histoire des Pays-Bas au XVIe et au XVIIe siècle.
Zoete portait :de sable à un chevron d'argent, l'écu timbré d'un lis d'argent et de sable.

LXVI.
Cette famille de La Haye, à laquelle Carpentier, t. II, p. 674-675, prête le surnom « d'Esclebeque » (Esquelbecq, Ekelsbek) au lieu de celui qui lui revenait réellement, portait: d'argent, à un chevron de sable accompagné de trois merlettes de même (Carpentier, ut supra; «Nouveau vrai supplément nobiliaire des Pays-Bas », édit. de 1861, p. 6; « Bulletin» de la Société des Antiquaires de la Morinie»,9e année, p. 858; etc.) — A cette famille se rattachait nécessairement Jean de La Haye, demeurant à Hellebeque en Artois, paroisse de Fruges, anobli moyennant finances, par lettres du mois de décembre 1475 (cf. de Vegiano, «Nobiliaire», t. I, p. 12; même ouvrage, édition de M. le baron de Herckenrode ; Le Roux, « Théâtre de la noblesse de Flandre », Lille, 1715, p. 25, etc.), et portant les mêmes armes. Elle ne peut être confondue avec la famille van der Haeghen de Mussain (gallice de La Haye) dite d'Eesbeck, originaire du Brabant, et mentionnée par M. Goethals dans son «Dictionnaire », t. II.

LXVII.
Voir, dans le Bulletin du Comité flamand, t. II, p. 15 et suiv., la navrante statistique de la châtellenie de Cassel, publiée par M. J. Diegerick. Il résulte de ce document que, sur quarante-neuf villes et paroisses mentionnées, «vingt-huit « ont souffert des dégâts considérables par suite de l'invasion « française de 1638 ; que vingt-sept de ces localités ont

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éprouvé des pertes occasionnées en 1639, par l'armée espagnale; que vingt ont souffert par le passage de l'armée de « Piccolomini, en 1639 ; que sept paroisses ont été complète« ment ruinées ; que vingt-deux localités ont été abandonnées « par les habitants, et que cinq seulement ont été épargnées « par le fléau de la guerre ».

LXVIII.
Cf. « Documents pour servir à l'histoire de la ville de Bergues et du pays environnant »,Dunkerque, 1860, in-8°.— Les paroisses de la châtellenie de Bergues qui, indépendamment de Pitgam, eurent le plus à souffrir, furent celles au delà des Quatre-Fossés, — c'est-à-dire comprises dans les limites des Wateringues—, ainsi que celles de Wormhout, d'Ekelsbeke, de Ledringhem, .de Steene et de Bierne. Toutes furent exemptées de payer l'impôt, et la quôte-part des autres fut réduite en raison de leurs pertes (Idem.) — Cette désolation continua en 1645 et en 1646 (Ibidem.)

LXIX.
Sur Elesmes voir appendice LV. — Ce nouveau Philibert de Martigny doit être celui qui, selon Galliot, « Histoire de Namur», t. IV, p. 193, possédait encore en 1639 la terre de Villers-Potterie. Cette seigneurie passa toutefois la même année, et je n'ai pas découvert à quel titre, dans la maison de Namur, déjà propriétaire du domaine de Joncret, autre fragment du riche héritage que les Martigny avaient autrefois tiré de la famille de Hun.
Je ne puis établir d'une façon précise la généalogie de la maison de Martigny à cette époque. Selon les « Fragments généalogiques » et la réédition du « Nobiliaire des Pays-Bas et de Bourgogne », Philibert II de Martigny, qui avait embrassé le parti du duc d'Alencon et qui avait été obligé de s'expatrier, avait eu, de Claudine de Houchin, sa femme, un fils nommé Christophe, titré, à tort ou à raison, seigneur de Hérinsart, et une fille.

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Le réclamant de 1648 serait-il fils de Christophe , ou ce dernier serait-il mort, ainsi que sa sœur, sans postérité? C'est ce que je ne pourrais dire, je sais seulement que Philibert II avait pour frère Pierre de Martigny, seigneur de Tombes et de Tève, gouverneur de Philippeville, qualifié M. de Tefves dans la « Relation de Flandres » de 1610, et qui, de Jeanne de Couplet, laissa : Catherine, religieuse, puis abbesse à Grand-Bygaerde (1), Jacqueline, Marie, Alexandre, Gilles, Philippe et Jean de Martigny. Doit-on attribuer à un descendant de l'un de ceux-ci ou de leur oncle Thierry, autre frère de Philibert II, l'essai de revendication de Pitgam ? ,
Je trouve eu outre qu'un Philibert de Martigny, qualifié seigneur de « Hérinsart » (Philibert II, peut-être, devenu veuf), épousa Anne de Baudain (et non Boidin; voir, pour preuves: « Nobiliaire », édit. Herckenrode, p. 109; M. Goethals, «Miroir des notabilités nobilières », t. II, p. 839), fille de Jacques et d'Anne de Longueval-Escoivres, sa seconde femme, et je vois également, toujours d'après les « Fragments généalogiques»,que cette Dame se remaria en 1628 à Charles de Havrech, seigneur de Malmaison.
On se rappellera que, dans l'appendice LXI, j'ai donné la date de la criée du domaine d'Hérinsart, dont le nom est aujourd'hui Rainsart. Ce fief, éclisse de la seigneurie d'Avesnes (cf. M. Michaux aîné, « Notice » sur la terre et pairie d'Avesnes, p. vj) avait appartenu à la maison de Mauraige avant d'appartenir aux Martigny. Après être sorti des mains de ces derniers, il fut possédé successivement par les maisons de La Marck, de Renty, de Préseau, de Bande et de Bady (cf. M. Michaux, ibid.; «Bulletin» de la Commission historique, t. XI, p. 196). — En 1682, Hérinsart appartenait à Jean-Baptiste de Préseau, seigneur de Floyon, fils de Nicolas, ancien mayeur d'Avesnes; peu avant 1695 il passa à M. de Bande de Bréaugies (« Mémoires» de la Société

1 Sur celle-ci, cf., cuire autres, le « Cailla christiana ».

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ehoologique de l'arrondissement d'Avesnes, t. i,p. 200), dont la famille la possédait encore en 1728, suivant le «Nobiliaire » (édit. de M. de Herckenrode, p. 92), en même temps qu'elle possédait à Beaurieux une seigneurie indépendante de celle qui était aux seigneurs de Pitgam, peut-être celle qni avait été aux Behault (voir également à l'appendice LXI.) Rainsart, commune du canton de 'frélon, était, en 1789, régi par la coutume de Mons, et ressortissait à la prévôté de Maubeuge (« Bulletin » cité). Le nom primitif de cette paroisse, Helluini Sartum (1265), a subi denombreuses et étranges altérations dont M,. Caverne a donné une liste à laquelle on peut joindre Ressart, que M. de Robaulx de Soumoy a rencontré dans la pièce publiée par MM. Kervyn de VolkaersbekeetDiegerick («Documents inédits»), et Bernissart, forme méconnaissable signalée également par M. do Robaulx («Mémoires» de la Société archéologique deNamur, t. VIII).

LXX.
« Geheel Bergenambacht ende Brouckburghambacht wier« den soo wel van de Franschen ende Engelsche troepen aïs vande gone vanden Prince van Conde afgelopen ends geruyneert. Eenige dage voor de overgave van Mardycke «- quaemen de troepen des voorseyden Prince naer dat sy de steden van Duynkercke ende Bergen wel beset van volck hadden gelaten, tot Hondschoote liggen. Aldaer maeckte sy hun meester van het goet datbinnen Hondschoote ende daer outrent was » (cf. « Jaerboeken van Veurne », 4e deel, blzd. 199).
Le duc d'Yorck, depuis roi d'Angleterre sous le nom de Jacques II, exerçait à cette époque un commandement important dans l'armée espagnole. Il nous donne dans ses mémoires de curieux et très complets détails sur les mouvements de celle-ci. Le 31 août, les troupes d'Espagne,

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qui venaient de repasser la Colme , étaient cantonnées à Drincham et dans les villages voisins, parmi lesquels il faut naturellement comprendre Pitgam. Le 2 septembre, elles se dirigèrent vers les environs de Cassel où elles restèrent jusqu'au 7; mais, à l'arrivée imminente de Turenne, elles se rabattirent sur Wormhout, et le 12, à la nouvelle de la prise du château de la Motte-au-Bois, elles se remirent en marche, se dirigeant de nouveau sur la Colme, qu'elles traversèrent le 13 avec l'intention d'en disputer le passage. Les Espagnols natifs s'établirent depuis le fort de Lynke jusqu'à Spycker; les cantonnements du duc d'Yorck s'étendirent jusqu'à Bergues, où Condé plaça son quartier-général.
Toutefois, la marche de Turenne, qui, essayant de prendre l'ennemi en flanc, avait passé la Colme au dessus de Lynke, amena dès le 17 de grandes modifications dans la base d'opérations de l'armée qui lui était opposée. Les terces espagnols se jetèrent dans Gravelines, trois régiments italiens dans Mardick, qui ne tarda pas à être investi; Don Juan établit son quartier à Dunkerque, le duc d'Yorck plaça le sien à Oudekerke (Coudekerke), et le prince de Condé resta à Bergues. Ce fut alors que se produisirent les faits signalés par l'annaliste de Furnes.
On comprendra d'autant plus aisément que l'armée franco-anglaise (qui traversa également le pays et qui, du reste, ne se dirigea sur Mardick qu'après avoir occupé Bourbourg, ce que le duc d'Yorck ne dit pas), ne se montra pas très scrupuleuse vis-à-vis de nos paysans, lorsqu'on se rappellera que Turenne avait été obligé de faire couper sa vaisselle pour la distribuer aux troupes en guise de solde (cf. « Histoire de Turenne », par l'abbé Raguenet, Amsterdam, 1788, p. 191). — J e crois inutile d'arriver avec d'autres preuves, que l'on pourra sans doute trouver, pour les faits subséquents de la campagne, dans les mémoires de Bussy-Rabutin, du chevalier d'Artagnan, du duc d'Yorck lui-même, etc., auxquels je renvoie le lecteur.

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LXXI.
« Document inédit pour servir à l'histoire des guerres de Flandre au xVIIe siècle », publié par M. E. de Coussemaker, dans les «Mémoires» de la Société dunkerquoise, t. iv, p. 187, 188. — Ces présents expliqueront pourquoi, d'après la pièce dont il sera question plus loin, les Anglais respectèrent Drincham, comme ils respectèrent également d'autres villages de la châtelleniel'de Bourbourg. Selonles «Mémoires» de Bussy-Rabutin, t. II, p. 125, cités par M. de Coussemaker, Schomberg s'était emparé de Bourbourg par ordre du maréchal de la Ferté, le 18 septembre 1657; mais cette opération s'était effectuée sans effusion de sang, car les Espagnols ayant évacué la place, les habitants en avaient ouvert les portes (Coste, « Histoire de Louis de Bourbon », t. II, p. 327; « Jaerboeken van Veurne », t. iv, p. 198.) Schomberg, à la tête d'une garnison anglo-française (1) de deux mille hommes, sut se maintenir dans cette place quasi démantelée dont personne n'avait consenti à prendre le gouvernement (« Mémoires » de Turenne) ; cet officier général protégea utilement les intérêts matériels des habitants et ne craignit pas d'entrer en lutte avec le maréchal de la Ferté, son supérieur (« Mémoires » de la Société dunkerquoise, t. IV, p. 187). En cherchant à sauvegarder ses administrés, le Magistrat de Bourbourg ne fit donc que suivre l'exemple qui lui avait été donné par le gouverneur.

LXXII.
Après la prise de Bergues, qui suivit de près celle de Dunkerque, à laquelle il avait du reste contribué, Schomberg eut également la première de ces villes dans son gouvernement ;

1 «Mémoires» de la Société dunkerquoise, loco cilato. Heinderyck se trompe en disant que Bourbourg avait été livré aux Anglais, et que ceux-ci fournirent exclusivement la garnison.

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mais, soit que son autorité n'eût pas été immédiatement reconnue dans la chàtellenie, soit, ce qui est plus probable, que l'indiscipline régnât parmi les troupes anglaises de la garnison de Dunkerque, les soldats de Lockhart traitèrent les environs de Bergues en pays ennemi. Non contents d'ailleurs de ravager le territoire, les Anglais jugèrent convenable d'annexer à la juridiction de Dunkerque une partie de la circonscription de Bergues. J'ignore complètement si, comme cela semble vraisemblable, cette usurpation eut lieu avant le traité des Pyrénées signé en 1659, ou si elle se produisit après la cessation des hostilités, lors du retour momentané de Bergues à l'Espagne. Les paroisses et fractions de paroisses ainsi violemment séparées de leur chef-lieu, demeurèrent jusqu'en 1789 dans la dépendance de Dunkerque, malgré les protestations énergiques du baron de Wangen, gouverneur de Bergues pour le Roi catholique, et en dépit des réclamations persévérantes et non moins énergiques tentées, depuis l'annexion définitive à la France, par le Magistrat de la ville et de la chàtellenie de Bergues.

LXXIII.
Voici cet intéressant document, que je tiens à reproduire in extenso comme une page curieuse de l'histoire des mœurs militaires au XVIIe siècle. M. L. De Baecker s'est généreusement dessaisi en ma faveur de l'original dont la copie m'avait d'abord été obligeamment donnée par M. Ch. De Laroière; je prie ces Messieurs d'agréer ici l'expression de ma profonde gratitude :
« Pitgam le dernier de septembre.
« Madame

« Je ne doubte pas que vous aves grandement resentu le « malheur de v(os)tre vilage lequel nous at causé ce misérable barbare et damnée nation angloise venant le 19ejour de 7bre en des habits de moutons passants à travers du

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village pour aller à Drinckam et au retouront esté des loups enragé et affamés de sang et de chair humaine tuants tout ce qu'il ont rencontré sans avoir regard à persone. Pr de Meir est tué, aussi Jean vanden Broucke avec encoir une fille, Videlaine ast recheu 14 blessures, mes il guerry quelque peu, la femme de Jan Lambert blessé, Pr Verquerne, la sœur de Vender, le filz de Petit Malliart et aultres à la mort, un homme brulé en la maison de Michiel Lutsen, finalement grand murdre et masacre tellement quainsy traictant le paure peuple, un chacquun at pris la fuite abandonnant tous les biens pour sauver la vie, il ont donc pillé la place amenant toutes les bestes et après le piliage ont mis le feu dedans la dicte place du costé de la maison de ville et toute la rangé est brullé jusques la maison de Pierre De Vos, de la sont venus dedans n(ost)re eglise ont rompu et profané toutes les images aultels, ils ont tiré après l'image de la Vierge, ils ont pris le vénérable se mocquant avec les sainctes hosties disant et blasphemant en ceste forme, Dieu si vous este la dedans parle et monstre le nous, etc (sic) et moy avec le chapeain estions dessus la tourre plus morts que vive comme je vous laisse a considerer. Il y sont venue chez nous comme loups et betes faroches le bracques dessus nostre testes les pistoles et fusicques bendée dessus la poinctrine nous devestant et voulant que nous eussions nié la foy mais louange à Dieu de la constance qu'il nous at donné et la saincte Mère laquelle est vrayment auxiliatricc des chrestiens, tandis donc que estions en un telle ecquipage et en mains de ces voleurs ils ont aspercheu la flamme du feu qu'il brûloit desjà en la tourre sont de peur dudict feu descendu nous quittant et nous sommes aussi en allé en bas ne scassant comment et somme sauvés à travers la maison du coustre tirant après nous sortant de l'église et sommes entré dans un fossé couvert de ronches et ainssy eschappa de leurs mains tirannicques, voiant brûler nostre

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pauvre église et la place, je vous laisse à considérer la misère et la perplexité en laquelle nous estions ma maison et celle du chapelain et coustre sont aussy brullé tellement qu'un telle vilage laquelle a souffert tant de frets et dépens pour se maintenir est entièrement ruiné et une grande partie de tout cecy doibt être imputé à l'imprudence d'auceunes recteurs du vilage et certes leur prudence « (nonobstant cesto ruine) est à cest heur fort petite, je vous diray plus de bouche avec le temps; Jan Franchois et Hubert porteur de ceste vous conteront plus particulièrement ce quils ont veu et ouy je ne scay ce que je doibs faire et le chapelain non plus aiant par deux fois touts perdu et le vilage ne nous puis rien ou peu donner car le rachat des bestes et la perte dicelle est trop grande comme Hubert vous dirat, je suis bien aise d'entendre v(ost)re bonne disposition pour la continuation de laquelle je prieray le bon Dieu incessament, me disant à ceste fois comme tousjours,
Madame
Vostre très humble serviteur,
P. Barbier ,
Pasteur de Pitgam bien ruiné. » (En marge) :
« Monsieur le chapelain vous faict ses baise-mains. Je me résoude d'aller à St-Omer pour résollution et conseil du vicariat(1° pour servir à nostre peuple à demy abandonné. »
(Suscription) :
Madame
Madame De Werp, Pitgam, etc., présentement
à HÉTRU.
LXXIV.
Le 17 août 1661, le mestre de camp Fariaux, suivi de son état-major et de quelques autres officiers, se livra aux

1 C'est-à-dire les vicaires-généraux capitulaires.

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dernières violences sur la personne du bourgmestre, qu'il accabla de coups de canne et d'épée (cf. « Documents pour servir à « l'histoire militaire de la ville de Bergues et du pays environnant »). Les auteurs de cette inqualifiable incartade furent, à la vérité, punis : le principal coupable fut même envoyé au château de Gand, mais cela suffit-il pour rendre aux laborieux habitants des campagnes le calme qui leur était nécessaire pour vaquer à leurs travaux? D'où provenait cette agression brutale? Ne s'agissait-il pas de quelque réquisition arbitraire en vivres ou en fourrages , de quelque acte de violence, que le bourgmestre, premier magistrat de la châtellenie, avait voulu prévenir ou empêcher ?

Désormais l'existence des laboureurs de Pitgam sera plus assurée : ils auront bien encore à compter avec les charges écrasantes des dernières années du règne de LouisXIV, avec les contributions de guerre levées sur le pays par les partisans alliés détachés des armées d'Eugène et de Marlborough; ils auront en outre à pourvoir aux larges besoins des troupes françaises chargées de la défense du territoire à cette époque désastreuse; mais, au moins, jusqu'à la Révolution,ils n'auront plus d'autres ennemis sérieux que les commis des Fermes-générales. La situation, sans être alors ce qu'elle est devenue aujourd'hui, s'était donc sensiblement améliorée.

LXXVI.
Il résulte d'un acte passé à Arras, le 11 juin 1665, pardevant les notaires Antoine Barthe et François Labbé, que Charles de La Haye, chevalier, seigneur d'Esquedecques, Relingues, Radinghem, Hézecques, etc., député ordinaire de la noblesse d'Artois aux Etats de la province, était à cette époque tuteur des enfants délaissés par Marc-Pierre de La Haye, chevalier, seigneur de "Werp, Pitgam, etc.,

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dont la veuve douairière était Françoise-Josèphe de Piennes
(cf. aux Archives départementales de Lille, le dossier P 58, salle IV, au bout).
Comme Lachesnaye-Desbois (3e édit., t. x, coL 461) ne donne que d'une façon abrégée et évidemment inexacte la filiation de la famille de La Haye, il ne m'est pas possible d'établir la parenté du seigneur de Pitgam avec ce Charles de La Haye, qui avait épousé en 1663 une fille de la maison de Robles, et en faveur duquel la terre d'Hézecques — passée depuis, par héritage, dans la famille artésienne de France, — fut érigée en comté par lettres-patentes de 1666.

LXXVII.
Marc-Pierre de La Haye et Anne-Marie-Jeanne de Winterfeldt, son épouse, firent enregistrer leurs blasons à l'Armorial général de France, bureau de St-Omer. Ainsi qu'on peut le voir (cf. « Armorial d'Artois », édition de M. Borel d'Hauterive, p. 52), comme il appartenait à une branche puînée, il brisait l'écu de sa famille d'une ëcartelure aux armes de Fiennes. Quant à Anne de Winterfeldt,elle portait: «d'azur, à un loup contourné d'argent, sautant au dessus d'une gerbe d'or; écartelé 'argent à un aigle de sable béqué et membré de gueules» (cf. M. Borel d'Hauterive ut supra), qui est de Calonne de Courtebourne (cf. aussi « Bulletin » de la Société des antiquaires de la Morinie, IXe année, p. 858). Un frère de la Dame de Pitgam, Charles-Théodore, marquis de Winterfeldt, lieutenant-général d'infanterie et gouverneur de Lierre, mourut le 4 novembre 1712 (cf. M. F.-V. Goethals, «Miroir», t.1, p.862). Le «Neues preussichesAdelslexicon» de L. von Sedlitz Neukirch, vierter Band, contient sur la famille de Winterfeldt un article qui est très écourté et qui ne me fournit pas de contrôle; j'y vois seulement que cette maison était une des plus anciennes de la Marche de Brandebourg; car l'auteur s'exprime ainsi, p. 341 : «Dieses uralte, zum Theil freiherrliche und graefliche Geschlecht

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gehoert den Marken, Pommera, Schlesien, den Rheinlan« den, Holstein und Daenemark an. In den Marken waren die « von Winterfeldt schon unter dem Keiser Henrich dem « Vogler einheimisch geworden ». Les armoiries sont bien celles indiquées aux 1 et 4 quartiers ci-dessus : « die v. W. « fuhren in blauen Schilde einen aufspringenden Wolf, und « unter dessen Pfoten eine goldene Garbe ».
LXXVIII.
Cette assertion, empruntée aux termes mêmes des lettres-patentes, est légèrement entachée d'hyperbole. Les Etats de la châtellenie de Bergues consistaient sans doute dans la modeste assemblée qui se réunissait de temps à autre et jamais régulièrement, tant pour les affaires d'intérêt commun, que pour les questions de finances; mais elle n'avait aucune action directe sur l'administration du pays qui, en dehors des juridictions particulières, revenait entièrement au Magistrat de Bergues. Le mot «Etats» constitue, à propos de cette châtellenie, une expression étrangère que la domination française a fait agréer peut-être, mais qui était inusitée à notre territoire, où l'on ne connaissait auparavant en fait d'institution de ce genre que les Etats de Flandre, autrement dits les Quatre-Membres.

LXXIX.
Lachesnaye-Desbois, t. VII col. 539; « Tablettes généalogiques», loco citato. L'acte se trouve effectivement transcrit dans le registre des Provisions étrangères du Parlement de Flandre (Reg. 1719 à 1726, fol. 191, recto, et sqq.), où il a été rencontré par M. l'avocat général Preux. Je dois à l'inépuisable obligeance de cet excellent ami la copie que l'on trouvera au § II de ce travail, ainsi qu'il a déjà été dit précédemment. D'après ce que m'a écrit M. Desplanque , il n'a pas retrouvé le document aux Archives départementales, fonds de l'ancienne chambre des comptes.

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LXXX.
Ce qu'on lit dans l'« Annuaire» du département du Nord pour 1835 est insuffisant pour dépeindre les malheurs causés par la peste bovine en même temps que pour la rigueur excessive de l'hiver de 1740 et des années subséquentes. Le curé de Pitgam, Merlin, qui était en même temps doyen de chrétienté du district de Watten, écrivait ou faisait écrire à cette occasion sur les registres paroissiaux :
« L'an quarante très triste pour les hommes et les bestiaux. Les bleds ont été engelez pendant l'hyver qui a commencé à geler depuis la veille des Roys jusques aux mi-mars sans discontinuer. Le bled a valu jusques à quarante florins la rasière ; les succrion quatorze, les fèves 12, la pamele 18, et le beurre 36 patars la pierre, la viande cinq patars, et toutes les autres denrées à proportion. »
« 1744 A la fin de cette année il y a eu une grande « mortalité de bêtes à cornes. »
« 1745. Mémoire de ce qui sest passé cette année depuis « le commencement jusques à la fin, la mortalité des bêtes « à cornes est si fort augmentée que le nombre dans cette paroisse a monté à neuf cent ce qui réduit plusieurs paroissiens à quitter leurs fermes, d'autres à mander modération et d'autres mieux à leurs aises à acheter des moutons pour consomer leur herbage, en un mot cette affliction a été la ruine de cette paroisse, car sans cela comme presque tout le Brabant étant ruinée par la guerre seroit étoit (sic),à depuis Ypre jusques par toute la France le pays le plus florissant de l'Europe. »
« 1748 de sterfte van coebeesten heeft dit jaer won« derlyk deze prochie affligeert. »
« 1750. Op het eynde van dit jaer is de ziektevan coebees « ten nog eens ernomen op deze prochie. »
« 1751. Dit jaer heeft zulck overvloed van wateren ge« geven dat de graenen op het veld gefartigt zyn geweest,

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dat de boeren niet hebben kunnen zaeyen, en die gezaeyen hebben, het is geweest zonder mesch : zoo dat men nog tarwe gezaeyen heeft den 27, 28 en 29 december. Dit jaer de terwe is van kleyn beschot geweest, bynae al geschooten : zoo dat de gheel dier is geweest. Den slag tot Bergen is geweest den 27 Xbere tot 17 fl., de geerste, 23 schellingen, de boonen 8 fl., de haver 4 fl., diens volgens dier leven voor de arme menschen. »
« Het hout om te branden is ook zeer dier geweest tenopzigte dat het onmogelyk was van naer steden te voeren.»
« 1752. Dit jaer is de terwe gegollen 16 à 17 fl., aermen « tyd voor de aerme menschen. »
1754. Cette année fut heureuse et l'annoteur, fatigué de n'avoir eu à mentionner précédemment qu'une série de faits calamiteux, s'empressa d'insérer que l'on avait « fait une « belle dépouille des grains. Consolations pour les pauvres. »
« 1755. Cette année les bleds ont valus jusques aux sept, huit fl. la rasière jusqu'au mois de janvier 14, 15, 16, 17, 18 florins la rasière. Grande misère pour les pauvres.
II y a été un tremblement de terre, je l'ai senti dans ma chambre le onze février.
« Un hyver fort humide, les bleds ont été germes et les marchés fort tristes.
Le gros bois ont valu jusqu'à 40 florins le cent ; les fagots 12, 13, 14, 15 florins le cent.
Pendant cette année les pluies ont été extraordinaires, depuis la St-Jean jusquà l'année 1756 n'ont point cessées. Plusieurs terres sont restées sans les pouvoir semer de bled. » « 1757. Cette année les bleds ont valus 28 florins la « rasière, belle dépouille, nonobstant les pauvres ont souflert beaucoup. »
Les successeurs du doyen Merlin dans la cure de Pitgam, poursuivant les annotations de celui-ci, dirent à leur tour :
« 1762. Cette année a été fort sèche et les chaleurs

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extraordinaires ; le froment a rendu beaucoup, mais il y a fort peu de gerbes et presque point de fourage. Le prix du bled a été environ 15 florins. » « 1764. Cette année les pluies ont été très abondantes, beaucoup de bleds ont été germés aux champs, le prix en a été de 12 à 14 florins. Les fèves,chose rare par le transport qui en a été fait, ont valu 11 florins. »
« 1768. La susdite année a été fort pluvieuse et tous les vivres d'une cherté inouïe; le prix du bled a été autour de 24 florins, les mars ont pour la plupart pourry sur les champs. » « 1770. Nous avons senti le triste fléau de la mort des bêtes à cornes. Il en étoit mort à la fin de l'année quoique la moitié n'en fût pas encore attaquée 397 et guéries 204. On n'a remarqué aucun remède qui ait fait bien. »
« 1771. Cette année a été extrêmement pluvieuse. On a eu des inondations inouïes pendant l'été même. Presque tous les grains ont été germes et le prix a été fort haut. Les bleds ont été vendus au taux de 20 florins toute l'année. Il a gelé pendant toute la quinzaine de Pâques et le Samedi-Saint l'eau des fonds baptismaux étoit gelée; il falloit « rompre la glace pour la bénédiction.
La maladie des vaches a encore fait beaucoup de ravagea au commencement de l'année. »
« 1775. Mortalitas bestiarum cornutarum incepit hoc mense xbris pro tertia vieo in nostra parochia et grassa-batur quasi morbus pestilentiosus in provincia Flandrica quasi universalis. »
Ces détails statistiques dont je dois l'obligeante communication à mon respectable ami M. le curé Houvenaghel et qui sont textuellement extraits des notes puisées par feu M. le curé Janssen de Pitgam, dans les registres paroissiaux, m'ont paru bons à publier ici, car ils fournissent des données précieuses sur la situation économique des campagnes de la Flandre maritime au siècle dernier.
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LXXXI.
Si la famille Hennequin sort de la maison de Guines, comme son blason le laisse supposer, une autre famille française, celle de Ghaisne de Bourmont, à laquelle appartenait le maréchal, ministre de la guerre en 1830, reconnaît cet estoc d'une façon positive, et porte pour blason : écartelé aux 1 et 4 de Guines, aux 2 et 3 de Coucy, les 1 et 4 quartiers chargés d'un canton de Gand.

LXXXII.
Anne-Louis-Alexandre de Montmorency, grand d'Espagne de la première classe, comte du St-Empire romain, prince de Robecq, marquis de Moerbeke, comte d'Estaires, vicomte d'Aire, baron d'Haveskerke,etc., colonel du régiment de Limousin en 1744, brigadier en 1748, maréchal de camp le 10 février 1759, lieutenant-général des armées du Roi le 25 juillet 1762. Appelé vers 1765 à succéder au chevalier de Mézières dans le commandement général de Dunkerque et de la Flandre maritime, il devint plus tard commandant général des divisions de la Flandre, et il fut ensuite pourvu du commandement général de la Flandre et du Hainaut. Honoré du collier des Ordres du Roi le 4 janvier 1786, M. de Robecq, qui était le plus grand seigneur de la Flandre maritime, se montra toujours, par la noblesse de son caractère, par la libéralité de son esprit, et par l'exquise délicatesse de ses sentiments, au niveau de sa haute position. Je possède de lui un certain nombre de lettres qui témoignent de son profond

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amour pour son pays natal et de son zèle pour le bien public. Il mourut le 12 octobre 1813, et avec lui s'éteignit la branche de Montmorency-Robecq, qui tint une si large place dans les fastes de la province (cf. St-Allais, t. III, p. 300, 301 ; « Calendriers » de Flandre, du Hainaut et du Cambrésis; « Etats militaires » de la France; «Almanachs » royaux, etc. Sur le rôle du prince de Robecq dans l'histoire du pays et particulièrement de Dunkerque, cf. « le Port et le commerce maritime de Dunkerque au xvm" siècle », passim. Dunkerque, 1865. En ce qui concerne sa participation aux assemblées de la noblesse du Présidial de Bailleul en 1789, cf. l'excellent travail de M. Edmond de Coussemaker, Annales du Comité flamand, t. VI, p. 224 et suiv.).

LXXXIII.
Louis-Gabriel Mouton de Harchies, marquis de Harchies et de Vlamertinghe, seigneur de Drincham, etc., alors capitaine au régiment de Bresse. Il devint plus tard chambellan de l'Empereur Napoléon I, et il fut le dernier rejeton mâle de sa famille, n'ayant laissé de sa femme, née comtesse de Plettenberg, qu'une fille, Euphémie, mariée à Anne-Joseph Thibault de Montmorency, dit d'abord le chevalier, puis le comte Thibault de Montmorency, né le 15 mars 1773, et ensuite alliée en secondes noces au neveu de son premier époux, Anne-Louis-Victor-Raoul, baron et duc de Montmorency, décédé il y a quelques années, ancien colonel de cavalerie, et dernier représentant de la branche de Fosseux (cf. Annales du Comité flamand, t. VII; St-Allais, t. III, p. 219; Lachesnaye-Desbois, 3e édit., t. X, col. 282; M. Borel d'Hauterive, « Annuaire » de la noblesse de France, 1856 p. 129 et 217; etc.).
LXXXIV.
Le fils aîné du dernier seigneur de Pitgam, Ange-Philippe-honoré

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comte d'Esterno, s'occupa de littérature, il est l'auteur d'un volume intitulé: «Essais poétiques» publié in-8° à Paris, 1822, sous les initiales H.d'E. Ce recueil, véritable bijou de bibliophile, est imprimé sur papier vélin; il a été tiré en petit nombre, ne porte pas de nom de libraire et n'a pas été mis dans le commerce. Le comte d'Esterno en distribua tous les exemplaires à ses parents et à quelques amis choisis. On voit dans les catalogues des ventes d'Arthur Dinaux (Paris 1864, 1re partie,n°2657, p.262) et du marquis Le Ver (Paris, 1867, n°512), que le comte Honoré d'Esterno, membre de la chambre des députés, est mort en 1823. Le catalogue Le Ver complète ce renseignement en disant que le poète, «parent du duc de Vicence, fit assez de bruit à la cour napoléonienne »
Le marquis de Mornay, fils aîné du premier lit de la comtesse Honoré d'Esterno, homme politique et député sous le règne de Louis-Philippe, épousa la fille du maréchal Soult.
Indépendamment des deux fils cités au, texte, le comte Philippe-Régis d'Esterno eut deux filles de Mlle d'Ecquevilly: l'une est morte religieuse; l'autre s'est mariée en Franche-Comté et a laissé postérité.

LXXXV.
M. le comte Ferdinand d'Esterno s'occupe avec succès d'économie politique et, tout spécialement, des questions qui se rattachent à l'agriculture. Ses travaux se distinguent par un sentiment patriotique très accusé et ont eu un légitime retentissement dans la presse française. Il a répondu de la manière la plus courtoise à la demande de renseignements que j'ai cru pouvoir lui adresser, et je le prie d'agréer ici l'expression de ma vive reconnaissance.

LXXXVI.
« Annuaire » du département du Nord pour 1835. p. 64.

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Les habitants de Pitgam et leurs seigneurs ne furent guère heureux avec les Anglais. Sans rappeler les guerres du XIVe et du XVe siècle, l'invasion de Spencer surtout, sur laquelle je n'ai malheureusement en ce qui me concerne ici aucun détail, mentionnons : Azincourt, les têtes rondes de « mylord » Lockhart et les Anglo-Hanovriens du comte Walmoden.
J'avais espéré trouver quelques détails au sujet de cas derniers dans une relation hanovrienne qui a été traduite il y a quelques années par M. Emile Gassmann (Hazebrouck, 1857), sous le titre de « la Bataille d'Hondschoote », d'après les « Mémoires » de la Société historique du Hanovre; mais mon espoir ne s'est pas réalisé, l'auteur se bornant à dire que « le général de cavalerie commandant l'aile droite du « corps d'observation bloquait la petite ville de Bergues ». L'original allemand, que je n'ai pu me procurer, en disait peut-être davantage, car le travail de M. Gassmann sembla n'être qu'un extrait.
carte postales table histoire Jannin

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